Pour la toute première fois, des scientifiques ont découvert une série de processus qui se déroulent dans la peau chez les personnes qui souffrent d’eczéma (également connu sous le nom de dermatite atopique). Cela pourrait enfin nous aider à comprendre comment combattre cette maladie chronique.

En 2006 déjà, des chercheurs ont trouvé un lien étroit entre le manque d’une protéine cutanée particulière et le risque de développer un eczéma. Les scientifiques se sont basés sur ces résultats, et à présent, ils sont capables de nous démontrer exactement ce qui se passe dans la peau et ce qui ne fonctionne pas correctement, pour potentiellement aboutir à un traitement efficace contre la maladie.

L’eczéma est une pathologie inflammatoire chronique de la peau. Il s’agit d’une affection cutanée commune, affectant jusqu’à 20% des enfants et jusqu’à 10% des adultes dans le monde entier. Bien qu’il existe beaucoup de crèmes et diverses lotions pour soulager cette maladie, il n’existe aucun traitement efficace pour s’en débarrasser pour de bon.

Au cours de la dernière décennie, les scientifiques ont découvert que l’eczéma est associé à un manque génétique de filaggrine (la protéine d’agrégation des filaments) dans la peau. En effet, cette protéine aide à former les cellules individuelles de la peau et joue un rôle important dans la fonction de barrière cutanée de notre peau.

Si une personne a une mutation génétique empêchant l’approvisionnement adéquat en filaggrine, elle peut alors développer des affections cutanées telles que l’eczéma ou l’ichtyose, (une dystrophie cutanée où les cellules de la peau ne se répandent pas correctement et s’accumulent dans un motif qui ressemble à des écailles de poisson). Cependant, la compréhension du rôle des mutations dans la genèse des anomalies de la barrière cutanée reste partielle et les scientifiques ne savent pas exactement comment l’eczéma se développe lorsque la filaggrine manque.

Mais à présent, des chercheurs de l’Université de Newcastle au Royaume-Uni, en collaboration avec GSK Stiefel, ont réussi à déterminer toute une série de protéines et de voies moléculaires qui contribuent à cette maladie. « Nous avons démontré pour la toute première fois que la seule perte de la protéine de filaggrine suffit à modifier les protéines clés et les voies impliquées dans le déclenchement de l’eczéma », explique le chercheur principal, Nick Reynolds, de l’Université de Newcastle.

Afin de traquer ces mécanismes, l’équipe a utilisé un modèle équivalent de peau humaine vivante tri-dimensionnelle (dite LSE – living skin equivalent), créée en laboratoire. Ils ont ensuite modifié la couche supérieure de cette « peau » de laboratoire afin qu’elle présente une déficience en filaggrine, tout comme chez les personnes concernées par cette mutation génétique. C’est alors qu’ils ont constaté que cette déficience seule, pouvait déclencher de nombreux changements moléculaires chez certains mécanismes importants de la peau. Cela a notamment affecté des éléments comme la structure cellulaire, la fonction de barrière cutanée, et même la manière dont les cellules se sont enflammées et ont répondu au stress.

« …Pour la première fois, nous avons identifié 17 protéines qui sont significativement exprimées de manière différente après l’élimination de la filaggrine dans des cultures LSE » explique l’équipe dans l’étude. Les chercheurs ont ensuite vérifié leurs résultats initiaux en analysant les protéines dans les échantillons de peau réelle, en comparant les résultats entre les personnes souffrant d’eczéma et les sujets sains. Ils ont constaté que plusieurs des protéines qu’ils avaient détectées avaient en effet été modifiées de façon similaire chez les individus souffrant de la maladie : tout comme ce que le modèle avait précédemment démontré en laboratoire.

Bien qu’il ne s’agisse que d’un petit pas en avant, cela représente tout de même un avancement non négligeable, et surtout, une étape importante en termes de compréhension approfondie des conditions comme l’eczéma.

En effet, dès que les scientifiques comprendront avec certitude ce qui se passe dans la peau lors d’un manque génétique de filaggrine, ils pourront commencer à chercher des médicaments visant à empêcher que cela ne se produise. « Ce type de recherche permet aux scientifiques de développer des traitements ciblant la cause réelle de la maladie plutôt que de gérer ses symptômes », explique Nina Goad, de la British Association of Dermatologists.

Sources : Journal of Allergy and Clinical Immunology, NCBI

Une réponse

  1. Belbenoit

    Merci, c’est bien si les dermato cessent les traitements contre pellicules sèches, traitement à base de dérivés pétroliers qui faisaient tomber des cheveux. Durant des années sans doute pas mal de personnes ont essayé des lotions en faisant croire à un truc révolutionnaire. Vivement la réforme des formations en pharmacie-médecine ! Bravo pour cet article.

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