La Grande Barrière de corail en Australie a connu un événement de blanchissement conséquent pour une deuxième année consécutive. Selon les scientifiques, elle est à présent en « phase terminale ».

Après un événement supplémentaire de blanchissement de masse des coraux, les scientifiques admettent que la Grande barrière de corail ne s’en remettra jamais, elle est considérée comme étant en « phase terminale ».

En effet, après un été australien particulièrement chaud, les dernières études révèlent que les deux tiers de la Grande barrière de corail ont été endommagés par un sévère blanchissement des coraux : moins de 12 mois après que 93 % d’entre eux aient connu un blanchissement en 2016 (le plus grave épisode de blanchissement jamais enregistré). Mais cette année, le dommage s’étend également plus au sud.

Sur les 2300 kilomètres sur lesquels s’étend la Grande barrière, 1500 kilomètres sont à présent blanchis. Selon les résultats des récentes enquêtes, nous ne pouvons plus blâmer un événement de type El Niño.

Les chercheurs estiment que même pour un corail de croissance rapide, il faudrait environ une décennie pour s’en remettre mais cela nécessiterait une année ou deux sans aucun blanchissement afin de donner l’occasion aux coraux de repousser.

« C’est la quatrième fois que la Grande barrière de corail a gravement blanchi – en 1998, 2002, 2016 et maintenant en 2017. Les coraux blanchis ne sont pas nécessairement morts, mais dans la région centrale, nous prévoyons des niveaux très élevés de perte de corail », explique l’un des chercheurs, James Kerry, du James Cook University’s ARC Center of Excellence for Coral Reef Studies. « Il faut au moins une décennie pour un rétablissement complet, même pour des coraux à croissance rapide, de sorte que des événements de blanchiment de masse à 12 mois d’intervalle n’offrent aucune perspective de récupération pour les récifs endommagés en 2016 », ajoute-t-il.

Les coraux de la Grande barrière qui ont subi un blanchissement pour la seconde année consécutive n’ont donc plus aucune chance de s’en remettre.

Il faut savoir que ces coraux abritent des algues symbiotiques microscopiques qui vivent dans leurs tissus : les zooxanthelles. Ces algues, en échange d’un abri et d’une exposition lumineuse suffisante, fournissent à leur hôte de l’oxygène, ainsi que des restes de nutriments produits n’ayant pas été consommés, dont le corail se nourrit. Or le corail, en situation de stress, peut expulser ses zooxanthelles et c’est précisément ce qui se passe lorsque les températures de l’eau sont trop chaudes pour ce dernier : celui-ci se stresse et éjecte les algues symbiotiques. Sans ces algues, le corail blanchit, commence à mourir de faim et peut dépérir.

Dans les images ci-dessous tirées de la dernière enquête aérienne, vous pouvez voir à quoi cela ressemble :



Cette année, les seules nouvelles positives de l’enquête concernant les récifs sont les suivantes : il s’agit d’un tiers situé en zone centrale (plutôt que le tiers fragile du nord) qui a été le plus affecté cette année. Le tiers situé plus au sud, semble relativement indemne.

Pourtant, l’expert de la qualité de l’eau, Jon Brodie, de l’Université James Cook, a déclaré que le corail était en « phase terminale ». « Nous avons abandonné », explique Brodie en se référant à l’inaction du gouvernement australien quant à cette problématique. « Ma vie a été consacrée à la gestion de la qualité de l’eau, et nous avons échoué ».

« J’ai montré les résultats des relevés aériens du blanchissement sur la Grande barrière de corail à mes étudiants, puis nous avons pleuré », a déclaré le chercheur principal, Terry Hughes, après les résultats de l’année dernière.

Dans la dernière étude, Hughes et son équipe ont mené des enquêtes aériennes sur plus de 8000 kilomètres, couvrant près de 800 récifs coralliens individuels. Vous pouvez constater la dévastation de cette année (à droite), par rapport à l’année dernière sur les cartes ci-dessous. Les dégâts de l’année 2017 s’étendant sur plus de 500 kilomètres vers le sud.

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Les résultats de cette année sont particulièrement catastrophiques car, couplés au blanchissement de masse, le cyclone Debbie a également frappé une section de la Grande barrière de corail au mois de mars, causant des dégâts sur une distance estimée de 100 kilomètres. Ce cyclone a frappé une partie du récif qui avait jusqu’ici largement échappé au pire du blanchissement. Bien que le cyclone ait apporté de l’eau plus fraîche dans la zone, l’équipe a expliqué que les avantages de cette situation étaient négligeables par rapport aux dégâts qu’elle provoquait.

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Crédits : Bette Willis/ARC Center of Excellence for Coral Reef Studies

Il est donc temps de se concentrer sur ce qui peut être fait pour protéger les sections restantes du récif, afin d’éviter que cela ne se produise dans d’autres récifs coralliens à travers le monde.

« De toute évidence, le récif est confronté à de multiples impacts », explique Hughes. « Sans aucun doute, le réchauffement climatique représente l’impact le plus pressant. À mesure que les températures continuent d’augmenter, les coraux connaîtront de plus en plus de ces événements : 1 °C de réchauffement a déjà causé quatre événements au cours des 19 dernières années », ajoute-t-il. « Nous devons réduire les émissions de carbone, et la brèche permettant de le faire se ferme rapidement », conclut-il.

Les résultats de la dernière enquête doivent encore être publiés, mais les données de l’événement de blanchissement de masse de 2016 ont été publiées dans la revue Nature.

Source : James Cook UniversityNature

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