Dans le vide de l’espace interstellaire, bien au-delà de la ceinture de Kuiper, la sonde Voyager 1 poursuit son voyage, s’éloignant chaque seconde un peu plus de la Terre. Actuellement, la sonde se situe à plus de 20 milliards de kilomètres de notre planète, soit environ 140 fois la distance entre le Soleil et la Terre. Jamais l’humanité n’avait envoyé un objet aussi loin dans l’espace.

Pourtant, malgré cette distance absolument colossale, nous pouvons toujours communiquer avec la sonde Voyager 1. En effet, mercredi dernier, le 29 novembre 2017, des scientifiques de la NASA ont envoyé des instructions à la sonde pour activer des propulseurs de secours, qui étaient restés éteints depuis 37 ans.

Il a fallu à l’équipe 19 heures et 35 minutes pour finalement avoir un retour du vaisseau spatial. « L’équipe de Voyager était de plus en plus excitée à chaque étape du test du propulseur. L’état d’esprit était un mélange de soulagement et de joie, après avoir vu ces propulseurs prendre le relais comme si le temps ne s’était pas écoulé », explique l’ingénieur en propulsion Todd Barber, du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA.


Il faut savoir que depuis plus de 40 ans, soit depuis le lancement de Voyager 1, le 5 septembre 1977, le contrôle d’attitude de la sonde est géré par les propulseurs principaux.

Comme c’est le vide intersidéral qui règne dans l’espace, l’engin n’a pas besoin de propulsion. Cependant, il a besoin de rester orienté d’une manière très précise pour que son antenne à gain élevé pointe en direction de la Terre, afin que nous puissions continuer à communiquer avec la sonde. Et c’est précisément ce que font les propulseurs : ils fonctionnent en impulsions millisecondes, que la NASA appelle « soufflées », pour garder la sonde Voyager 1 dans une position toujours correcte.

Fatalement, au cours des décennies ces propulseurs se sont graduellement dégradés, au point qu’ils nécessitent à présent de plus en plus de soufflées afin d’obtenir les mêmes réglages d’attitude et la même précision. C’est pourquoi, lorsque vous envoyez un engin dans l’espace (et qu’il est techniquement impossible d’aller réparer quoi que ce soit sur ce dernier), il est judicieux d’inclure des systèmes de sécurité auxiliaires : dans le cas de Voyager 1, il s’agit de propulseurs supplémentaires qui peuvent être utilisés pour des manoeuvres de correction de trajectoire (TCM – trajectory correction manœuvres).

Mais comme les propulseurs TCM étaient en veille depuis 1980, l’équipe de la mission devait s’assurer qu’ils étaient toujours fonctionnels. « L’équipe de Voyager a récupéré des données datant de plusieurs décennies et a testé le logiciel codé dans un langage assembleur obsolète, s’assurant que nous pouvions tester les propulseurs en toute sécurité », a déclaré Chris Jones, ingénieur en chef du JPL de la NASA.

Les propulseurs TCM sont identiques en taille et en fonctionnalité aux propulseurs de contrôle d’attitude, mais ils sont placés à l’arrière du vaisseau spatial et ont été utilisés de manière très différente des propulseurs de contrôle d’attitude. En effet, plutôt que d’effectuer de courtes soufflées, ils peuvent être déployés dans un mode de propulsion continu. La dernière fois que les scientifiques en ont fait usage, c’était le 8 novembre 1980, dans le but de maintenir une trajectoire correcte, tandis que Voyager 1 passait près de Saturne.

À la grande joie de l’équipe, non seulement les propulseurs TCM sont toujours fonctionnels pour effectuer le contrôle d’attitude de la sonde, mais ils sont également en excellent état. « Avec ces propulseurs qui sont toujours fonctionnels après 37 ans d’inactivité, nous serons en mesure de prolonger la vie de la sonde Voyager 1 de deux à trois ans », a déclaré Suzanne Dodd, responsable du projet Voyager.

Les propulseurs de la sonde Voyager 1 sont alimentés par de l’hydrazine et il y en a suffisamment à son bord pour que la sonde reste opérationnelle jusqu’en 2040 environ. Cependant, il est très probable que nous perdions le contact avec la sonde bien plus tôt, car ses instruments scientifiques sont alimentés au plutonium, qui devrait arrêter de produire de l’électricité autour de 2023.

En attendant, fort de ce test réussi, l’équipe a l’intention d’effectuer des essais analogues sur Voyager 2, qui devrait entrer dans l’espace interstellaire au cours des prochaines années.

Sources : JPL/NASA, JPL/Voyager

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