Une récente étude concernant les soins médicaux aux États-Unis a mis en avant dix procédures et traitements qui ont été surutilisés (ou mal employés) en 2016, dans le but de souligner les différentes possibilités d’amélioration du système médical à l’avenir.

Tandis que les médecins doivent effectuer un travail énorme avec des ressources toujours limitées, il est parfois nécessaire de trouver un équilibre entre le temps passé à administrer les soins, et les coûts. De ce fait, les traitements sont parfois prescrits sans forcément tenir compte du besoin réel du patient. « Trop souvent, les praticiens de la santé ne s’appuient pas sur les dernières données probantes et leurs patients ne reçoivent pas les meilleurs soins. J’espère que cette étude fera passer le mot sur les tests et les traitements les plus surutilisés », explique le chercheur Daniel Morgan de l’University of Maryland’s School of Medicine, aux États-Unis.

L’équipe de recherche s’est concentrée sur des articles publiés dans les archives de PubMed, en utilisant des termes de recherche tels que la surutilisation, le traitement excessif, inapproprié ou encore, carrément inutile. 2252 documents ont été examinés par l’équipe, dont 1224 qui concernaient directement la surutilisation des médicaments. De manière plus spécifique, certains articles rapportaient des « soins dans lesquels les dommages potentiels l’emportent sur les avantages potentiels ». Ceux-ci ont été réduits à 122 documents identifiés comme significatifs. Les chercheurs ont ensuite convenu de leur « top 10 » suivant :

Échocardiographie transoesophagienne

En résumé, cette procédure consiste à prendre des photos de votre cœur à l’aide d’ultrasons, via un tube inséré dans l’œsophage. Un médecin pourrait utiliser cette procédure au lieu de l’électrocardiogramme, mais les recherches suggèrent que tout détail supplémentaire qu’elle pourrait fournir pour le diagnostic, ne compense pas les risques d’être sous sédatifs. En effet, ce type d’échocardiographie nécessite la prise de puissants sédatifs, ce qui peut représenter un réel risque selon l’état de santé générale du patient.

Angiographie par tomographie pulmonaire, assistée par ordinateur

Ce test diagnostique permet d’imager les artères pulmonaires chez les patients présentant des symptômes respiratoires, par le biais d’une tomodensitométrie. Ce processus n’est pas invasif mais il inflige au patient une forte dose de rayonnement.

Tomographie assistée par ordinateur chez des patients qui présentent des symptômes de problèmes respiratoires

Tout type de tomodensitométrie sur un patient présentant des symptômes (non dangereux) de problèmes respiratoires, selon l’étude, n’aide pas vraiment le patient. Mais il y a pire encore : ces scans augmentent les risques de faux positif, lorsque le test indique une pathologie existante.

Échographies et endoprothèses de l’artère carotide

Les ultrasons carotidiens sont effectués pour tester la largeur des artères au niveau du cou, ce qui pourrait aider à indiquer un risque d’accident vasculaire cérébral.

Un diagnostic précoce peut sauver la vie, mais les chercheurs ont constaté que 9 des 10 tests effectués sur des patients asymptomatiques ont entraîné l’insertion d’une endoprothèse (via intervention chirugicale), avec des motifs inappropriés, engendrant de ce fait des risques de complications inutiles.

Une prise en charge radicale du cancer de la prostate

Le cancer de la prostate est une autre maladie qui peut être traitée de manière efficace si elle est diagnostiquée assez tôt. Un simple test sanguin peut être suffisant pour détecter la maladie, mais il reste difficile de savoir s’il s’agit d’une tumeur agressive qui doit être traitée immédiatement, ou s’il s’agit d’une tumeur à croissance plus lente, qui nécessite un traitement moins drastique.

1% des patients ayant subi une ablation de la prostate (risquant de ce fait toutes les complications qui s’en suivent), sont décédés du cancer. Et qu’en est-il de ceux qui ont conservé leur prostate ? Il en résulte à peu près le même pourcentage.

De l’oxygène supplémentaire pour les patients souffrant de maladie pulmonaire obstructive chronique

Fournir plus d’oxygène aux patients atteints de maladies pulmonaires telles que la bronchopneumopathie obstructive chronique (BPCO ou BPOC), n’a absolument pas aidé leurs poumons à mieux fonctionner ni à améliorer leur santé générale. Cela peut même diminuer le taux de conservation du dioxyde de carbone, ce qui est mauvais.

Chirurgie du ménisque

Les lésions ou les déchirures des ménisques peuvent avoir de graves conséquences, beaucoup le savent. Mais le fait d’être confronté à une réparation par chirurgie ou à une ablation n’a démontré que peu d’avantages en comparaison à une réhabilitation physique dite naturelle.

Soutien nutritionnel chez les patients hospitalisés

Bien entendu, la malnutrition n’est pas un élément positif chez les patients (et en général). En revanche, offrir un soutien nutritionnel excessif aux patients gravement malades n’a démontré aucune différence en termes de confort de séjour à l’hôpital, ou de mortalité.

Dans le cas d’organes défaillants ou de complications métaboliques, ce soutien peut comporter des risques qui ne sont pas compensés par les bénéfices.

L’utilisation d’antibiotiques

Une étude datant de 2016 a estimé que 506 ordonnances ont été rédigées de 2010 à 2011 pour 1000 personnes. Mais, seulement 353 d’entre elles pourraient être considérés comme réellement appropriés. Le plan d’action national de la CDC (Centers for Disease Control and Prevention, en français « Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ») aux États-Unis, vise à lutter contre les bactéries résistantes aux antibiotiques et souhaite réduire de 50% l’utilisation inappropriée d’antibiotiques au cours des prochaines années.

L’utilisation de l’imagerie cardiaque

L’imagerie cardiaque chez les patients souffrant de douleurs thoraciques a triplé au cours de la dernière décennie. Mais, sans aucun changement réel pour les patients à faible risque. Cela risque d’entraîner des séjours et des interventions hospitalières plus fréquentes et surtout, inutiles. Mais alors, qelle est la solution à ce problème ? Selon les chercheurs, les médecins devraient partager leur prise de décision avec leurs patients.

Conclusion

En aucun cas le fait que ces procédures et traitements aient été mentionnés dans cet article, ne sous-entends qu’ils sont inutiles ou inefficaces. Nous souhaitons souligner le fait que parfois, un mauvais diagnostic peut mener à un traitement inadapté, qui ne présentera pas d’avantage réel pour le patient. Il est toujours important d’être ouvert, de bien se renseigner et de prendre le temps de parler à son médecin concernant toutes les options possibles, leurs avantages ainsi que leurs inconvénients, avant de prendre une décision quant au traitement à utiliser.

Source : JAMA Internal Medicine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Share
Share