Deux nouvelles études fournissent de nouvelles preuves supplémentaires, selon lesquelles des pesticides extrêmement populaires, appelés néonicotinoïdes, sont extrêmement dangereux pour la survie des pollinisateurs.

Les scientifiques ont longtemps soupçonné que les pesticides pouvaient affecter les abeilles, mais cela reste un sujet délicat à étudier en laboratoire, car les abeilles peuvent y recevoir des doses trop élevées (ou trop faibles) de pesticides. Certaines de ces recherches étaient donc fortement remises en cause car elles utilisaient des doses jugées irréalistes. Mais à présent, des scientifiques ont réussi à mener des recherches plus approfondies sur le terrain, en Europe et au Canada. Malheureusement, les résultats sont tout sauf encourageants.

En effet, les néonicotinoïdes sont une classe de produits toxiques employés comme insecticides, les plus largement utilisés à travers le monde, et attaquent le système nerveux central des insectes. Inventés dans les années 1980, les néonicotinoïdes sont rapidement devenus très populaires pour les traitements des cultures, car ils sont systémiques, ce qui signifie qu’ils circulent littéralement dans toute la plante et permettent de tuer les insectes dès qu’ils se régalent de la culture.

Les néonicotinoïdes sont interdits en France depuis 2016 mais leurs dangers ne sont pas pour autant éradiqués, et font toujours débat dans le reste du monde. Au Canada, par exemple, il existe trois types de néonicotinoïdes (l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame), qui restent approuvés pour l’agriculture. Et comme ils s’attardent dans le système de la plante, une faible application, parfois juste sur les graines, peut être suffisante pour offrir une protection à long terme. Mais ces propriétés dites attrayantes pour les agriculteurs, sont ce qui rend les néonicotinoïdes si dangereux pour le bien-être des abeilles. Car un insecticide systémique peut facilement se propager jusqu’au nectar et le pollen d’une plante à fleurs.

Pour mesurer le dommage potentiel de ces insecticides, une équipe de chercheurs européens a établi 33 sites de culture de colza à travers l’Allemagne, la Hongrie et le Royaume-Uni. Ceux-ci ont été répartis au hasard pour être traités, soit avec l’un des deux nicotinoïdes choisis, soit avec aucun produit.

L’équipe a analysé des abeilles européennes (des abeilles à miel), ainsi que deux autres espèces d’abeilles sauvages (des bourdons, et des abeilles solitaires). Bien que les résultats diffèrent entre les emplacements et les espèces, dans l’ensemble, les scientifiques ont découvert que les ruches d’abeilles européennes étaient moins susceptibles de survivre durant l’hiver, alors que les abeilles sauvages se reproduisaient moins.

Les scientifiques expliquent donc que ce ne sont pas les pesticides qui tuent directement les abeilles, mais au lieu de cela, il semble qu’une exposition même à faible dose les rend plus vulnérables. Une faible exposition suffit pour ralentir la croissance d’une colonie, diminuer le nombre de naissances de raines, et perturber les capacités de navigation des abeilles. Tous ces éléments sont de plus accentués lorsqu’il existe d’autres facteurs environnementaux, ou des maladies qui affectent déjà la ruche.

Il faut savoir que cette étude massive a été largement financée par l’industrie des pesticides elle-même. En effet, les sociétés Bayer Crop Science et Syngenta ont proposé 3 millions de dollars pour l’étude, et les deux entreprises ont même suggéré, après avoir constaté les conclusions des scientifiques, qu’il serait préférable de limiter l’utilisation des néonicotinoïdes.

Ces résultats sont donc importants et pourront peut-être mener à l’interdiction temporaire ou à long terme de ces produits dans le domaine de l’agriculture. Mais les chercheurs soulignent que : « Nos résultats suggèrent que même si leur utilisation venait à être restreinte (…), l’exposition continue aux résidus de néonicotinoïdes résultant de leur utilisation répandue antérieure pourrait avoir une incidence négative sur la survie de l’abeille sauvage dans les paysages agricoles », expliquent-ils dans l’étude.

Et malheureusement, ce n’est pas tout. Une autre étude de terrain menée par des chercheurs au Canada a également été publiée dans Science, et dénonce aussi les effets négatifs de ce produit sur les abeilles. L’équipe a étudié des abeilles qui vivaient à proximité des champs de maïs, traités au néonicotinoïde, ou loin de l’agriculture. Les résultats ont démontré que les abeilles chroniquement exposées avaient une espérance de vie bien plus courte et des conditions d’hygiène plus faibles dans la ruche, que celles qui vivaient loin de l’agriculture traitée aux nénicotinoïdes.

De plus, les chercheurs ont également découvert que les abeilles récoltaient du pollen contaminé par les pesticides, mais que ce pollen contaminé ne provenait même pas des cultures traitées qui étaient analysées lors de l’étude (le pollen provenait donc d’autres cultures contaminées…). « Cela indique que les néonicotinoïdes, qui sont solubles dans l’eau, se répandent dans les champs agricoles, où ils sont absorbés par d’autres plantes qui sont très attrayantes pour les abeilles », explique Nadia Tsvetkov, membre de l’équipe de recherche.

Il faut également savoir que les populations d’abeilles sont en plein déclin depuis quelques années. Pourtant ces insectes jouent un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité terrestre. En effet, environ 80% des plantes exploitées commercialement à travers le monde, ont besoin de pollinisateurs pour pouvoir se reproduire.

Les recherches effectuées par ces deux équipes permettent donc de démontrer que l’utilisation de ces pesticides contribue réellement au déclin mondial de l’abeille et de manière bien plus radicale que nous ne le pensions auparavant. « Nous sommes arrivés à un point où il n’est tout simplement plus possible de continuer à nier que ces choses peuvent nuire aux abeilles (…) », a conclu Dave Glouson, un chercheur spécialisé dans l’étude des abeilles, de l’Université de Sussex, en Angleterre.

Les études ont étés publiées dans la revue Science.

Sources : Science, Science

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