Les tardigrades, ces animaux microscopiques proches des arthropodes (leur taille varie entre 0,1mm et 1,5mm), sont extrêmophiles. Cela signifie que leurs conditions de vie normales sont mortelles pour la plupart des autres organismes ! Le tardigrade est en effet le seul animal qui puisse, par exemple, survivre dans l’environnement hostile qu’est l’espace.

Ce dernier peut également résister à des températures proches du zéro absolu ou situées bien au-dessus du point d’ébullition de l’eau. Il peut résister à des pressions exceptionnelles et survivre dans des environnements très chargés en sels ou à l’inverse, qui sont très acides. Il est même capable de survivre dans un milieu radioactif ou anoxique (sans dioxygène) et vivre plus de 10 ans sans eau, ni aucune nourriture… Autrement dit, cette espèce est presque impossible à tuer.

Selon des chercheurs japonais, les tardigrades fabriquent une protéine qui pourrait protéger l’ADN humain des rayons X. « Ce qui est incroyable, c’est que la protéine qui prodigue au tardigrade cette résistance peut être transférée à d’autres cellules animales », explique Takekazu Kunieda, de l’Université de Kyoto, co-auteur de l’étude publiée le 20 septembre 2016 dans la revue Nature Communications. À ce jour, plus de 1000 espèces de ces créatures, surnommées également « oursons d’eau », sont connues et vivent un peu partout sur la planète. Ils se déplacent de manière très lente, d’où leur nom, tardigrade, signifiant littéralement « marcheur lent ».

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Image colorisée d’un tardigrade observé au microscope électronique. Crédits : SPL/EYE OF SCIENCE/BIOSPHOTO

Mais ce n’est pas leur apparence qui intéresse les chercheurs : l’atout majeur du tardigrade réside dans son incroyable capacité d’adaptation, de survie et de résistance aux conditions extrêmes, qui pourraient tuer n’importe quel autre être vivant. De plus, il possède une longévité exceptionnelle pour un animal d’une taille si minuscule : soit une dizaine d’années. En 2007, des milliers de tardigrades ont été embarqués à bord d’un vaisseau spatial et exposés au vide spatial. À leur retour, la plupart n’ont présenté aucune altération biologique et ont même pu se reproduire de manière totalement normale par la suite.

Une protéine comme bouclier

Il existe une espèce de tardigrade particulièrement résistante, appelée Ramazzottius varieornatus. En séquençant l’ADN de cette espèce, Takekazu Kunieda et ses collègues ont pu identifier une protéine qui le protège lorsqu’il est irradié. Selon eux, cette protéine est spécifique aux tardigrades. De plus, ils ont constaté en laboratoire que celle-ci pouvait protéger des cellules humaines des rayons X. « C’est étonnant de voir qu’un seul gène est suffisant pour améliorer, en culture, la tolérance aux rayonnements des cellules humaines », constate Takekazu Kunieda.

En effet, grâce à la protection de la protéine du tardigrade, notre ADN subirait jusqu’à deux fois moins de dommages. « Nous pensons que la protéine pourrait fonctionner comme un bouclier physique et protéger l’ADN humain contre les attaques. », explique-t-il.

Réparer leur propre ADN, un jeu d’enfant pour les tardigrades

Les tardigrades sont vraiment des créatures incroyables. Parmi leurs nombreuses capacités, il y a celle de la résistance à la sécheresse extrême. Même privés d’eau, ces animaux peuvent sans autre se dessécher de manière presque totale et survivre avec uniquement le 1% de l’eau qu’ils contiennent en temps normal. À ce moment-là, leur ADN se démantèle littéralement en de multiples petits fragments et l’animal reste alors dans un état proche de la mort, abaissant son activité vitale à 0,01% dans l’attente de pouvoir se ressourcer. Lors de leur réhydratation, ceux-ci réparent leur propre ADN, ressortant donc totalement indemnes de cette déshydratation extrême.

« Si la tolérance à la dessiccation (un procédé d’élimination de l’eau) peut devenir transférable, ce que j’espère, cela va bouleverser notre façon de préserver les matériaux biologiques (les cellules, les cultures, les viandes, les poissons) », a déclaré Takekazu Kunieda. « Je ne pense pas que cela arrive dans un avenir proche », a-t-il cependant ajouté.

Source : Nature Communications

 

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