Le télescope Euclid de l’Agence spatiale européenne (ESA) a capturé en lumière visible l’image la plus grande et la plus détaillée à ce jour du cœur de la Voie lactée, offrant un spectacle éblouissant de plus de 60 millions d’étoiles brillant comme des diamants. L’image rassemble une mosaïque de neuf pointages couvrant chacun une région du ciel plus grande que le disque lunaire et capturés pendant 26 heures de temps cumulé d’observation.
Entré en service en 2023 après un investissement d’un milliard d’euros, le télescope Euclid a pour objectif de produire la carte 3D la plus précise de l’Univers et de contribuer à la compréhension de la matière et de l’énergie noire, qui représenteraient environ 95 % du contenu de l’Univers. Il est donc conçu pour pouvoir observer des milliards de galaxies lointaines à la fois.
Sa caméra à lumière visible est suffisamment sensible pour distinguer les étoiles individuelles dans des régions très denses telles que notre bulbe galactique. À titre de comparaison, sa caméra dispose d’une résolution comparable à celle de la caméra à grand champ du télescope spatial Hubble, mais peut couvrir en quelques heures une région 270 fois plus grande que celle que ce dernier pourrait capturer.
Euclid a capturé l’image de notre bulbe galactique le 23 mars 2025, au terme de 26 heures de temps cumulé d’observation, montrant dans toute leur splendeur plus de 60 millions d’étoiles, ainsi que des nébuleuses et des amas d’étoiles. Pour capturer les neuf mosaïques composant l’image, l’observatoire Keck, à Hawaï, l’un des plus grands au monde, aurait besoin d’environ 2 000 heures.
Ces nouvelles données contribueront significativement à l’étude des exoplanètes, car le bulbe galactique constitue la zone d’étude idéale à cet effet grâce à la technique des microlentilles gravitationnelles. « Il [le télescope Euclid] n’a jamais été construit dans cette optique, mais il s’est avéré être un outil exceptionnel pour ces travaux », explique Eamonn Kerins, astrophysicien au Jodrell Bank Centre for Astrophysics de l’Université de Manchester, au Guardian.
« Ces données marquent le début d’une nouvelle ère de découverte d’exoplanètes, où nous passons de la connaissance d’environ 6 000 exoplanètes à la découverte de plus de 100 000 à travers la galaxie », ajoute-t-il.

La vision d’Euclid du bulbe de notre galaxie offrant une vue ultra-large du bulbe comprenant des étoiles, mais aussi des régions sombres de nuages moléculaires. © ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA, CFHT, traitement d’image par J.-C. Cuillandre et E. Bertin (CEA Paris-Saclay)
Le bulbe galactique, un laboratoire pour la chasse aux exoplanètes
La microlentille gravitationnelle est un phénomène reposant sur l’alignement de deux étoiles par rapport au point d’observation du télescope. Lorsque l’une passe devant l’autre, celle située au premier plan agit comme une loupe déviant et amplifiant la lumière (et ainsi l’image) de celle en arrière-plan. Lorsqu’une planète orbite autour de l’étoile au premier plan, sa force gravitationnelle modifie également la lumière de l’étoile, une variation de luminosité que nos télescopes peuvent ensuite détecter, dans certains cas.
Euclid s’appuie sur ce phénomène (à l’échelle galactique) pour détecter des objets massifs et lointains tels que les amas de galaxies et les nouvelles images du bulbe de notre galaxie permettraient de détecter les variations de lumière provoquées par des milliers d’exoplanètes.
« Pour détecter les microlentilles gravitationnelles, il faut observer des régions du ciel riches en étoiles, comme celles proches du centre de notre galaxie », explique dans un communiqué de l’ESA Jean-Philippe Beaulieu, de l’Institut d’astrophysique de Paris et de l’Université de Tasmanie, qui a créé le programme d’étude du bulbe galactique d’Euclid.
« Au cours des vingt dernières années, près de 300 exoplanètes ont été découvertes grâce à cette technique, toutes observées depuis des télescopes terrestres et toutes situées en direction du centre de notre galaxie. Cette image d’Euclid comprend 51 systèmes planétaires connus et facilitera l’étude de nombreux autres systèmes qui seront découverts », ajoute-t-il.

Infographie expliquant l’étude du bulbe galactique d’Euclide. © Images Euclid : ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA, CFHT, traitement d’images par J.-C. Cuillandre et E. Bertin (CEA Paris-Saclay) ; Impressions d’artiste de la Voie lactée : ESA/Gaia/DPAC, Stefan Payne-Wardenaar
À noter toutefois que le télescope n’a pour le moment pas encore permis de découvrir de nouvelles exoplanètes, car il faut au moins 20 jours d’observation pour étudier une microlentille gravitationnelle et détecter les fluctuations de luminosité provoquées par une exoplanète potentielle. Les images d’Euclid permettraient néanmoins de déterminer la masse d’exoplanètes déjà connues et d’identifier les étoiles susceptibles d’en abriter d’autres.
L’image capturée par Euclid constitue par ailleurs la région que le télescope spatial Nancy Grace Roman prévoit d’étudier pour la recherche de nouvelles exoplanètes. « En 24 heures, Euclid a déjà capturé les étoiles impliquées dans tous les futurs événements de microlentille que le télescope spatial Roman détectera, mais avant que les étoiles et les planètes impliquées ne soient alignées », explique Natalia Rektsini de l’Institut d’Astrophysique de Paris, qui a dirigé la publication des données du relevé du bulbe galactique d’Euclid, dans le communiqué.
« Cela signifie que toute personne détectant un événement de microlentille gravitationnelle dans la même région, par exemple avec Roman, pourra désormais utiliser les données d’Euclid comme référence temporelle et observer l’aspect des étoiles avant leur superposition », conclut-elle.
Vidéo de présentation de la nouvelle réalisation d’Euclid :


