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Médecine & Bio 6 min de lecture

Un 8e cas de rémission au VIH/SIDA grâce à une greffe de cellules souches entre frère et soeur

La transplantation a permis d'arrêter les antirétroviraux 24 mois plus tard.

Valisoa Rasolofo 13 avril 2026
cas-remission-vih-sida-couv | Unsplash

Un homme de 63 ans devient le huitième cas connu de rémission durable du VIH/sida à la suite d’une transplantation de cellules souches provenant d’un frère ou d’une sœur porteur d’une mutation génétique conférant une résistance au virus. Réalisée initialement pour traiter un cancer du sang, la transplantation a ensuite permis de suspendre le traitement antirétroviral vingt-quatre mois plus tard.

Affectant des millions de personnes à travers le monde (40,8 millions de personnes vivant avec le VIH en 2024), le VIH/sida demeure un enjeu majeur de santé publique. Les traitements antirétroviraux, aujourd’hui la prise en charge de référence, permettent de contrôler efficacement l’infection et d’assurer une qualité de vie satisfaisante. Leur portée reste toutefois limitée : ils ne sont pas accessibles à tous et, en cas d’interruption, une rechute peut survenir rapidement, parfois en quelques semaines.

Cette reprise de l’infection s’explique par la persistance du virus dans des réservoirs cellulaires répartis dans l’organisme, qui permettent sa réactivation dès l’arrêt du traitement, y compris après de longues périodes de contrôle.

Les provirus sont des fragments d’ADN viral intégrés au génome des cellules hôtes, qui se répliquent passivement lors de la division cellulaire sans détruire ces dernières. Si les antirétroviraux réduisent la charge virale à des niveaux indétectables, ces provirus persistent au fil des générations cellulaires.

Les recherches se concentrent désormais sur des stratégies véritablement curatives, permettant aux personnes séropositives d’interrompre leur traitement antirétroviral tout en maintenant une vie en bonne santé sur le long terme. Pourtant, malgré plus de quarante années d’efforts scientifiques, aucun traitement offrant une rémission durable n’existe à ce jour.

De rares cas de rémission observés après une transplantation de cellules souches hématopoïétiques allogéniques nourrissent néanmoins l’espoir. Cette approche a notamment permis de réduire de manière significative les réservoirs viraux persistants chez certains patients. Les cellules transplantées portent la mutation CCR5 Δ32/Δ32, qui inactive un récepteur essentiel utilisé par le VIH pour pénétrer dans les cellules.

Une étude publiée le 13 avril dans la revue Nature Microbiology rapporte le huitième cas de rémission documenté après une transplantation de cellules souches portant cette mutation. « Nous rapportons ici le cas d’un homme de 63 ans en rémission du VIH sans traitement, cinq ans après une greffe de cellules souches hématopoïétiques allogéniques provenant d’un donneur, frère ou sœur, porteur de la mutation CCR5Δ32/Δ32, réalisée pour traiter un syndrome myélodysplasique », écrivent les auteurs.

Arrêt des traitements antirétroviraux après 24 mois

Les cas de rémission du VIH/sida décrits à ce jour sont tous survenus à la suite d’une transplantation de cellules souches portant la mutation CCR5Δ32/Δ32. Cette dernière semble conférer une résistance prolongée au virus en empêchant l’expression du corécepteur CCR5, indispensable à la fixation du VIH sur le récepteur CD4+ des cellules hôtes. Les greffons provenaient de donneurs homozygotes, possédant deux copies du gène muté.

Longtemps, les chercheurs ont estimé qu’une telle mutation à l’état homozygote était indispensable pour obtenir une rémission durable sans traitement. Pourtant, certains patients ont présenté une rémission après une greffe de cellules souches CCR5Δ32 hétérozygotes (donc porteurs d’une seule copie de la mutation).

Ces observations suggèrent que d’autres mécanismes, au-delà de l’absence d’expression du CCR5, pourraient jouer un rôle déterminant dans l’élimination du virus. L’équipe à l’origine de la nouvelle étude propose une analyse approfondie d’un cas de rémission associé à la mutation CCR5Δ32, afin de mieux comprendre les processus en jeu.

Le patient, diagnostiqué porteur du VIH-1 de sous-type B en 2006 à l’âge de 44 ans, a reçu en 2020 une greffe de cellules souches d’un frère ou d’une sœur porteur de la mutation CCR5 Δ32/Δ32 pour traiter un syndrome myélodysplasique.

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Évolution clinique et traitements administrés au patient d’Oslo depuis le diagnostic du VIH jusqu’à 48 mois après la greffe de cellules souches hématopoïétiques. © Anders Eivind Myhre et al.

« Une caractérisation clinique approfondie, incluant des analyses virologiques et immunologiques de prélèvements de sang périphérique, d’intestin et de moelle osseuse, a révélé un chimérisme complet du donneur », précisent les chercheurs. Autrement dit, une large part des cellules du donneur a remplacé celles de l’hôte et s’est durablement implantée dans l’organisme.

Le patient a pu interrompre son traitement antirétroviral vingt-quatre mois après la transplantation. Les cellules du donneur ont progressivement remplacé les cellules immunitaires présentes dans le sang, la moelle osseuse et les tissus intestinaux. Deux ans après la greffe, les analyses n’ont révélé aucune trace d’ADN proviral du VIH dans le sang ni dans les tissus intestinaux.

Par ailleurs, l’examen de plus de 65 millions de lymphocytes T CD4⁺ n’a mis en évidence aucun matériel viral capable de se répliquer. Aucune réponse immunitaire spécifique au VIH n’a été détectée. Bien que le patient demeure positif pour la protéine virale Env, ses taux d’anticorps anti-VIH ont globalement diminué au cours des quatre années ayant suivi la transplantation.

Ces résultats suggèrent que les cellules de donneur résistantes pourraient initier un remplacement complet du système immunitaire dans différents compartiments de l’organisme et potentiellement éliminer les réservoirs viraux.

Les auteurs appellent toutefois à la prudence : il demeure impossible de déterminer précisément la contribution de chaque facteur, ces observations reposant sur un cas unique. Ils soulignent également que la transplantation de cellules souches ne constitue pas une option généralisable pour l’ensemble des personnes vivant avec le VIH. L’étude de ces cas rares pourrait néanmoins permettre d’identifier les facteurs associés à une rémission prolongée et orienter les recherches futures.

Source: Nature Microbiology

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