Une nouvelle espèce de requin-marcheur a été découverte au large du sud-est de la Papouasie–Nouvelle-Guinée. Baptisé requin-marcheur de Dudgeon ou Hemiscyllium dudgeonae, ce requin nocturne est endémique à la minuscule zone où il a été retrouvé, une zone benthique peu profonde qui chevauche l’aire de répartition d’autres espèces de requins-marcheurs. Cette aire de répartition très restreinte pourrait rendre l’espèce particulièrement vulnérable.
Les requins-marcheurs, ou requins-épaulettes, du genre Hemiscyllium, sont célèbres pour leurs quatre nageoires qu’ils utilisent comme des membres afin de se déplacer au ras des fonds marins ou sur les plateaux récifaux à marée basse. Ils regroupent une dizaine d’espèces dont la description taxonomique repose principalement sur des motifs de coloration distinctifs et des marqueurs génétiques spécifiques.
Généralement nocturnes, il s’agit de petits requins benthiques mesurant en moyenne de 70 à 80 centimètres de long et se nourrissant d’invertébrés. Leurs aires de répartition se situent principalement dans les récifs coralliens peu profonds (moins de 10 mètres de profondeur), les herbiers marins et les mangroves d’Australie et de Papouasie–Nouvelle-Guinée.
Mis à part cette endémicité à une région marine spécifique, ces requins occupent également des territoires extrêmement restreints, allant de quelques centaines de mètres carrés à quelques kilomètres carrés seulement, en raison de leur mobilité limitée et de leur mode de vie benthique.
Cela en fait des espèces menacées par la perte de leurs habitats et d’autres pressions environnementales. À cela s’ajoute leur mode de reproduction : elles déposent leurs œufs directement sur le fond marin, les rendant facilement accessibles aux prédateurs.
H. dudgeonae a été aperçu pour la première fois en mars 2025 dans les eaux peu profondes de la baie de Milne, située à l’extrême sud-est de la Papouasie–Nouvelle-Guinée et ouverte sur la mer des Salomon. Une équipe de l’Université de la Sunshine Coast (UniSC), en Australie, y réalisait alors des relevés de terrain.
L’espèce doit son nom à Christine Dudgeon, coauteur de l’étude décrivant l’espèce et écologiste à l’UniSC. Elle est connue pour ses travaux sur les élasmobranches (requins et raies), qu’elle étudie depuis plus de vingt ans. L’espèce est également nommée localement kadedekedewa, terme signifiant littéralement « requin-chien » ou « requin paresseux » en référence à sa démarche lente sur ses quatre nageoires.

Christine Dudgeon avec le requin qui porte son nom. © Nesha Ichida
Des taches distinctes rappelant le code Morse
L’objectif de l’équipe de Dudgeon était de recenser les requins-marcheurs de Papouasie–Nouvelle-Guinée et de l’extrême nord de l’Australie, ceux de la Grande Barrière de corail étant déjà relativement bien étudiés. Pour ce faire, les chercheurs ont réalisé des plongées sous-marines, des plongées en apnée et des marches sur les récifs dans le cadre de 70 études menées sur 35 sites répartis dans 15 localités.
Lorsque l’équipe a capturé le premier spécimen de H. dudgeonae, elle a remarqué de petits traits blancs et des points plus ou moins régulièrement espacés parcourant le corps de l’animal. Ce motif diffère des taches léopard habituellement observées chez les autres espèces.
« J’ai tout de suite remarqué que la coloration était différente de toutes les autres espèces avec lesquelles j’avais travaillé auparavant », a déclaré dans un billet de blog Jess Blakeway, doctorante à l’UniSC et auteure principale de l’étude publiée dans le Journal of the Ocean Science Foundation, dont une version a été déposée sur la plateforme Zenodo.
« Celui-ci comporte de nombreux points et traits qui m’ont fait penser au braille ou au code Morse », a-t-elle expliqué au New Scientist. Les chercheurs ont ensuite placé le spécimen dans un bac d’eau de mer fraîche afin d’en prendre les mesures et de prélever des échantillons de sang et de tissus, tout en recherchant d’autres individus.
Les chercheurs ont identifié 11 autres individus présentant le même motif au cours des deux nuits suivantes et prélevé des échantillons sur neuf d’entre eux avant de les relâcher, tandis que trois spécimens ont été conservés pour des analyses complémentaires. Les analyses génétiques ont confirmé qu’il s’agissait bien d’une espèce distincte, ce qui en fait, selon les auteurs, la première espèce du genre décrite depuis 2013.
Un habitat très restreint menacé par la pêche
Alors que l’on pensait jusqu’à présent que les aires de répartition des espèces étaient nettement séparées par des limites naturelles telles que des rivières ou des zones d’eaux profondes, l’équipe de Dudgeon a remarqué que celle de H. dudgeonae chevauchait celles d’autres espèces du genre, comme H. michaeli, même si les espèces ne coexistent pas.
Cette observation a conduit les chercheurs à revoir leur compréhension de la répartition des requins-marcheurs. Elle met également en évidence la vulnérabilité potentielle de la nouvelle espèce et de ses cousins requins-marcheurs, leur aire de répartition étant non seulement très restreinte, mais également menacée par les activités de pêche et le réchauffement climatique.
« Cette nouvelle espèce est la dixième du groupe d’espèces de Papouasie–Nouvelle-Guinée. Cinq d’entre elles sont déjà classées comme menacées d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN, selon le critère B (relatif à leur aire de répartition géographique restreinte) — un critère qui ne concerne que 3 % de tous les requins », souligne Jess Blakeway dans le billet de blog de l’UniSC.
L’équipe prévoit de poursuivre ses recherches afin d’aider l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à évaluer l’espèce comme vulnérable ou menacée d’extinction.




