Six personnes très allergiques aux arachides ont vu leur tolérance à l’allergène s’améliorer après avoir reçu une transplantation fécale, lors d’un petit essai clinique mené sur 15 personnes. Si les patients pouvaient à peine tolérer 100 milligrammes de protéines d’arachide au début du traitement, certains pouvaient tolérer jusqu’à plus de 600 milligrammes après la transplantation. Ces résultats viennent compléter les travaux croissants explorant le rôle du microbiote dans les allergies alimentaires.
Les réactions allergiques sont provoquées par une réaction excessive du système immunitaire à une ou plusieurs substances habituellement inoffensives dites allergènes. Les allergies ont considérablement augmenté au cours des dernières décennies, en particulier dans les pays développés. Actuellement, on estime qu’environ une personne sur trois est allergique à quelque chose.
Les réactions se manifestent soit par des effets respiratoires (rhinite, asthme), intestinaux (diarrhée, douleurs intestinales) et/ou cutanés (urticaire, dermatite atopique), soit par des effets généralisés (anaphylaxie) qui peuvent être fatales si elles ne sont pas prises en charge rapidement.
La prise en charge repose notamment sur l’éviction de l’allergène et, pour les personnes à risque d’anaphylaxie, sur le fait d’avoir de l’adrénaline à disposition pour traiter une réaction sévère.
Des études ont mis au jour une association entre les allergies alimentaires et de faibles concentrations de certaines bactéries intestinales. Des expériences chez la souris ont montré que certaines bactéries pouvaient atténuer les réactions allergiques.
Ces observations ont conduit les chercheurs à suggérer que la transplantation de microbiote fécal (FMT) de personnes non allergiques et disposant d’une grande diversité de bactéries intestinales pourrait atténuer les réactions immunitaires chez les personnes allergiques. Des chercheurs ont exploré l’hypothèse dans un essai clinique préliminaire dont les résultats ont été publiés récemment dans la revue Science Translational Medicine.
« L’allergie alimentaire est le reflet d’un défaut de tolérance orale, le processus par lequel le système immunitaire intestinal apprend à accepter les aliments. Cette étude montre que certaines bactéries peuvent contribuer à rétablir ce processus, en agissant via les métabolites des acides biliaires pour stimuler les cellules immunitaires qui favorisent la tolérance », explique dans un communiqué Talal Chatila, directeur du département d’immunologie translationnelle à l’Hôpital pour enfants de Boston et à l’École de médecine de Harvard, et coauteur de l’étude.
« Comprendre comment ces bactéries rétablissent la tolérance alimentaire chez les personnes allergiques nous permet d’optimiser le traitement et d’obtenir de meilleurs résultats. »
Des bactéries intestinales pour rééduquer l’immunité
Le nouvel essai incluait 15 personnes qui étaient toutes fortement allergiques aux arachides. Ces personnes présentaient des réactions immunitaires dès 100 milligrammes de protéines d’arachide dans leur organisme, soit l’équivalent de moins d’une demi-cacahuète. Pour les traiter, les chercheurs leur ont administré une pilule contenant les bactéries intestinales de volontaires sains et sans allergie aux arachides.
Les 10 premiers participants ont reçu les capsules de FMT sans antibiotiques préalables, tandis que cinq autres ont reçu des antibiotiques avant la FMT. Après quatre mois, six patients présentaient un seuil de réaction plus élevé : l’un pouvait tolérer 300 mg de protéines d’arachide et cinq autres, 600 mg ou plus, soit environ deux cacahuètes et demie.
« Cette étude marquante est la première à démontrer qu’une thérapie fondée sur le microbiome pourrait améliorer la tolérance à certains allergènes alimentaires, tout en révélant comment les bactéries intestinales, leurs métabolites et le système immunitaire interagissent pour influencer la réponse au traitement », explique Rima Rachid, immunologiste à la faculté de médecine de Harvard et co-auteure de l’étude.
Une différence de réponse au traitement selon les sexes
D’après les chercheurs, les autres patients ne présentaient pas d’amélioration de leur allergie, probablement parce que les bactéries n’auraient pas eu suffisamment de temps pour s’établir dans leurs intestins. Une différence selon le sexe a également été observée, cinq des six personnes ayant répondu au traitement étant des hommes.
Les pilules étaient en outre administrées en une seule journée et certaines des personnes qui n’avaient pas répondu au traitement n’avaient pas reçu d’antibiotiques au préalable.
Pour tester leurs hypothèses, les chercheurs ont transplanté des bactéries intestinales issues d’échantillons de selles de participants à des souris. Ils ont constaté que les bactéries provenant de personnes ayant répondu au traitement protégeaient également les souris contre le développement d’une allergie à une protéine d’œuf. En revanche, les souris ayant reçu des bactéries provenant de personnes restées très sensibles ont développé des allergies à cette protéine.
Par ailleurs, le fait que les expériences chez la souris aient porté sur un allergène différent suggère que les mécanismes étudiés pourraient ne pas être propres à l’arachide. Cette hypothèse devra toutefois être vérifiée dans d’autres études.
L’équipe prévoit d’étendre l’essai à une cohorte plus importante et finalise actuellement le recrutement. Ce second essai consistera à augmenter la dose de pilules FMT administrées aux patients (12 fois la dose précédente) en la répartissant sur un mois.
«Nous espérons que la modulation du microbiome permettra, à terme, de ne plus avoir besoin d’un EpiPen [injection d’adrénaline] et de pouvoir consommer une certaine quantité d’arachides », indique Rachid à la revue Nature.




