Un ancien ingénieur de SpaceX a obtenu un financement de 22 millions de dollars pour convertir des moteurs de fusées en turbines destinées aux centrales géothermiques. Malgré son énorme potentiel, les investissements dans ce secteur restent notamment freinés par une pénurie de turbines compatibles. En comblant ce manque, l’expert estime qu’il serait possible de produire plusieurs gigawatts par an d’ici quatre à cinq ans.
La géothermie possède le deuxième plus grand potentiel technique de production d’électricité après l’énergie solaire, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ce potentiel augmente également avec la profondeur et la température associée. On estime que le potentiel technique de production d’électricité de l’énergie géothermique à 5 000 mètres de profondeur est de 42 térawatts sur 20 ans. Ce chiffre dépasserait les 550 térawatts entre 5 000 et 8 000 mètres de profondeur.
Ce potentiel élevé suggère qu’une amélioration progressive des technologies pourrait contribuer à répondre à une partie des besoins énergétiques croissants dans le monde, en particulier dans le secteur technologique. La géothermie permettrait par exemple d’alimenter en énergie près de deux tiers des nouveaux centres de données d’ici 2030, selon un récent rapport.
Un potentiel considérable freiné par des goulets d’étranglement industriels
Cependant, comparés à d’autres secteurs énergétiques tels que le photovoltaïque ou le nucléaire, les investissements dans le domaine sont entravés par différents facteurs, tels que les coûts initiaux du forage, les contraintes géographiques et le besoin de turbines hautement spécialisées.
En effet, si le secteur de l’énergie souffre globalement d’une pénurie de turbines spécialisées, celles destinées à la géothermie constituent particulièrement un motif de découragement pour les investisseurs. L’assemblage de ces équipements peut notamment s’étirer sur plusieurs mois, voire plusieurs années, ce qui incite les fournisseurs à demander d’importants frais de réservation, sans compter la hausse de leurs prix. En conséquence, les coûts de développement des centrales géothermiques pourraient atteindre 6 050 dollars par kilowatt.
Spencer Jackson, un ancien ingénieur de SpaceX, a cofondé Critical Energy et ambitionne de combler cette pénurie en convertissant des moteurs de fusées en turbines modulaires adaptées aux centrales géothermiques. « Nous recherchons la voie la plus rapide pour atteindre une production d’électricité de plusieurs gigawatts, facilement raccordable au réseau », explique-t-il à TechCrunch. « Notre objectif à long terme est d’atteindre 300 gigawatts par an en 2045. »
Plusieurs gigawatts par an d’ici 4-5 ans
Jackson prévoit de s’appuyer sur son expérience chez SpaceX, notamment sur ses travaux sur les fusées Falcon Heavy et Starship, ainsi que sur les moteurs Raptor, pour concevoir des turbines modulaires destinées aux centrales géothermiques. Il prévoit d’accélérer la production en collaborant avec des ateliers d’usinage pour produire les turbomachines et d’autres composants similaires à ceux des moteurs de fusée.
L’entreprise prévoit pour le moment d’acheter certaines pièces auprès d’autres fournisseurs, mais compte, à terme, internaliser leur production à l’instar de Tesla et de SpaceX. « Il est encore beaucoup plus rapide et économique de procéder autrement, c’est-à-dire de les construire en usine », explique Jackson.
Critical Energy a obtenu un financement d’amorçage de 19 millions de dollars pour construire son premier projet de turbine géothermique d’une capacité de 2,5 mégawatts. Ce projet devrait être achevé d’ici 2027 et sera installé sur un site géothermique existant, similaire à ceux d’Islande ou du nord de la Californie.
Les fonds ont été obtenus lors de tours de table menés par de grands fonds d’investissement tels que Susa Ventures et Upfront Ventures. La startup a également obtenu un prêt de 3 millions de dollars auprès de Silicon Valley Bank, portant le financement total initial à 22 millions de dollars.
La prochaine étape de l’entreprise sera un module plus grand, d’une capacité de 5 mégawatts, destiné aux entreprises de géothermie améliorée comme Fervo Energy, qui effectuent des forages profonds. L’entreprise estime qu’elle pourrait produire des turbines représentant une capacité cumulée de plusieurs gigawatts d’ici le début des années 2030.
De leur côté, les secteurs de la fission et de la fusion nucléaires, qui ont bénéficié d’investissements massifs au cours des dernières années, prévoient de nouvelles avancées commerciales d’ici 2030. Entre-temps, l’énergie géothermique pourrait déjà fournir une capacité supplémentaire équivalente à au moins un gigawatt par an. « La géothermie va les devancer. Et de loin », a affirmé Jackson à TechCrunch. « D’ici quatre ou cinq ans, j’espère que nous produirons plusieurs gigawatts par an. »
D’autre part, une fois la technologie plus mature, les compagnies pétrolières et gazières pourraient y investir massivement, selon l’ingénieur. Cela accélérerait considérablement les avancées dans le domaine, car ces entreprises disposent déjà d’une capacité de forage éprouvée.




