De récentes analyses suggèrent que les chiens ont commencé à développer des cerveaux plus petits il y a au moins 5 000 ans. Cette réduction du volume cérébral par rapport à celui des loups ne signifierait cependant pas une intelligence réduite, mais plutôt une cognition plus développée, qui leur aurait permis de mieux s’adapter à la domestication par les humains. Les résultats offrent un nouvel aperçu de la manière dont les chiens ont évolué au contact de l’homme.
De nombreuses études suggèrent que la réduction du volume cérébral constitue l’un des principaux effets de la domestication sur les animaux. Elle est même considérée par de nombreux chercheurs comme le marqueur le plus fiable de ce processus. Parmi les mammifères domestiqués par l’Homme, le chien (Canis familiaris) est l’un de ceux qui a subi la diminution la plus marquée, avec une réduction estimée entre 20 et 30 % par rapport aux loups (Canis lupus).
Les données suggèrent que cette évolution cérébrale se serait déroulée en deux phases chez le chien. Le cerveau des canidés se serait d’abord rétréci globalement lors de la transition du loup vers le chien. Puis, certaines régions cérébrales spécifiques, impliquées dans l’exécution de tâches complexes en milieu domestique, se seraient étendues.
Cette hypothèse en deux étapes repose cependant principalement sur l’analyse de populations de chiens modernes. Or, les données archéologiques et paléogénétiques indiquent que la relation entre le chien et l’homme remonte à au moins 20 000 ans. Dès lors, la question du moment précis où les chiens ont acquis un cerveau plus petit que celui des loups demeure débattue.
Une étude publiée récemment dans la revue Royal Society Open Science apporte de nouveaux éléments sur la chronologie de ce phénomène. « En utilisant le volume de l’endocrâne comme indicateur de la taille du cerveau, cette étude apporte de premiers indices sur l’évolution à long terme du volume cérébral dans la lignée loup-chien », écrivent les chercheurs.
Des cerveaux 32 % plus petits que celui des loups
Afin de retracer l’évolution du volume cérébral, les chercheurs ont analysé des images tomodensitométriques (scanners CT) de crânes de 22 spécimens de loups et de chiens préhistoriques, datés entre 35 000 et 5 000 ans, qu’ils ont comparées à celles de 59 loups et 104 chiens modernes. Ces derniers incluaient différentes races actuelles, ainsi que des chiens errants et des dingos (Canis lupus dingo).
Les analyses montrent que les races modernes, les dingos, les chiens errants ainsi que les individus datant du Néolithique récent présentaient un cerveau environ 32 % plus petit que celui des loups anciens et modernes. En particulier, les chiens ayant vécu à la fin du Néolithique (il y a environ 5 000 à 4 500 ans) possédaient un volume cérébral jusqu’à 46 % inférieur à celui des loups de la même période — une estimation qui gagnerait toutefois à être précisée quant à sa méthode de calcul —, mais comparable, en volume cérébral, à celui des carlins actuels. Des analyses complémentaires confirment que ces chiens avaient un cerveau nettement plus petit que les loups anciens, même en tenant compte de leur taille corporelle.
En revanche, le cerveau de deux canidés, souvent qualifiés de « proto-chiens », ayant vécu aux côtés des humains entre 35 000 et 15 000 ans, ne semblait pas avoir rétréci par rapport à celui des loups anciens. Au contraire, l’un d’eux présentait même un volume relativement plus important. Selon les chercheurs, cela suggère que la taille du cerveau des chiens pourrait avoir d’abord augmenté au cours des premières phases de domestication, avant de diminuer par la suite.
Les experts insistent toutefois sur un point : cette réduction ne signifie pas que les chiens sont devenus moins intelligents que les loups. « Le mode de vie actuel de nos chiens ne leur donne pas toujours la possibilité d’exprimer pleinement leur intelligence », explique Thomas Cucchi, auteur principal de l’étude menée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au Guardian.
« Mais ils sont extrêmement intelligents, et la domestication ne les a pas rendus stupides ; elle leur a au contraire permis de nous comprendre et de communiquer avec nous. »
La raison pour laquelle la domestication des chiens s’est accompagnée d’une réduction du volume cérébral demeure toutefois incertaine. Certaines études suggèrent que cela pourrait être lié à une réorganisation du cerveau, afin de mieux s’adapter à des environnements transformés, tels que les ressources alimentaires limitées des villages néolithiques — des cerveaux plus petits nécessitant moins d’énergie.
Une diminution de la pression de sélection liée à la prédation, à la recherche de nourriture et aux contraintes de la reproduction a également été avancée, de même que la réduction des défis cognitifs associés à la vie en captivité.




