La Chine a officiellement dépassé les États-Unis en matière d’investissement total dans la recherche et développement (R&D), selon le dernier rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Si elle demeure encore en retrait en matière d’intensité de la R&D par rapport à certaines économies avancées, elle a toutefois nettement réduit cet écart, porté par un bond en avant des investissements marqué en 2024, et poursuit depuis une progression soutenue.
La R&D constitue un levier public essentiel pour l’économie, générant des retours sur investissement importants. Elle s’impose ainsi comme l’un des piliers des stratégies nationales dans les économies avancées, à l’image du Royaume-Uni, du Japon ou encore de la Corée du Sud.
La Chine a enregistré des avancées significatives dans ce domaine au cours de la dernière décennie et est depuis quelques années considérée comme une superpuissance scientifique. Son programme spatial en offre une illustration frappante, avec des missions pionnières telles que l’exploration de la face cachée de la Lune et le rapatriement des premiers échantillons issus de cette région longtemps convoitée par les agences spatiales du monde entier.
Un récent rapport suggère même qu’elle pourrait, à terme, supplanter les États-Unis et s’imposer comme première puissance spatiale. Les chercheurs chinois consolident également leur position dans le champ scientifique : les institutions du pays dominent désormais le classement Nature Index des publications, avec l’Académie chinoise des sciences en tête au niveau mondial. La Chine dépasse par ailleurs plusieurs pays occidentaux sur certains indicateurs, notamment en nombre de chercheurs en intelligence artificielle et en volume de production scientifique.
Le pays s’affirme aussi comme un acteur majeur dans la recherche sur les technologies quantiques. Il a ainsi mis en place un prototype de réseau de communication quantique reliant Pékin, Shanghai, d’autres villes chinoises, ainsi que l’Afrique du Sud par satellite.
Le tokamak supraconducteur expérimental avancé (EAST), situé à Hefei, figure parmi les dispositifs de recherche sur la fusion nucléaire les plus importants au monde et a établi à plusieurs reprises des records de maintien du plasma sur de longues durées. Un autre exemple notable : le mois dernier, la Chine a approuvé la première interface cerveau-ordinateur commerciale au monde.
Longtemps anticipée, la possibilité pour la Chine de dépasser les États-Unis — référence historique en matière de R&D — se confirme désormais sur le terrain des investissements.
« Après des années de spéculation au sein de la communauté des politiques scientifiques, une nouvelle évaluation montre que c’est enfin arrivé : la Chine a officiellement dépassé les États-Unis en termes d’investissement total dans la recherche et le développement (R&D) », a écrit, dans un billet de blog consacré au rapport de l’OCDE, Matt Hourihan, vice-président associé chargé des relations gouvernementales et des politiques publiques à l’Association of American Universities (AAU).
Une croissance de 14 % par an depuis 2004 des investissements
D’après le rapport de l’OCDE, le bond en avant de la Chine s’est produit en 2024, lorsqu’elle a investi 1 030 milliards de dollars (en valeur actuelle) dans la R&D, toutes sources confondues, contre 1 010 milliards de dollars pour les États-Unis. Depuis 2004, les investissements chinois dans la R&D ont augmenté de plus de 14 % par an, soit plus du double de ceux des États-Unis sur la même période.

Les dépenses intérieures brutes de recherche et développement (DIRD) de la Chine, ajustées en fonction de la parité de pouvoir d’achat, ont dépassé celles des États-Unis pour la première fois en 2024. Les données sont présentées en dollars américains constants de 2020 afin de tenir compte de l’inflation. © OCDE
Sous l’effet de ces investissements massifs, l’intensité de la R&D en Chine a également progressé de manière significative. Elle représente désormais 2,7 % du PIB du pays, « ce qui signifie qu’elle a rattrapé les autres économies avancées de l’OCDE sur cet indicateur (même si elle reste en deçà des pays les plus performants, tels que les États-Unis, l’Allemagne, la Suisse, le Japon et la Corée du Sud) », selon l’AAU.
Cette dynamique illustre l’importance accordée à la recherche et à l’innovation dans les plans quinquennaux chinois. Tandis que Pékin annonce une nouvelle hausse de ses investissements, les États-Unis devraient présenter leur projet de budget pour l’exercice 2027, lequel prévoirait déjà, selon certaines rumeurs, de nouvelles coupes significatives dans le financement de la recherche, toujours selon l’AAU.

Dépenses intérieures brutes de R&D par pays en pourcentage du PIB. © OCDE
%, 2024 ou dernière année disponible
Le projet de budget pour l’exercice 2026 prévoyait déjà des réductions marquées des financements scientifiques, mais le Congrès en avait largement rejeté les principales dispositions. Celui-ci a également apporté un autre appui important à la recherche en s’opposant aux coupes budgétaires proposées par l’administration Trump pour la NASA.
L’agence a par ailleurs engagé d’importants ajustements afin de rattraper son retard dans ses programmes spatiaux, notamment avec la suspension du programme Gateway, pour se concentrer sur l’objectif d’une base lunaire habitée à l’horizon 2030.
Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a lui-même reconnu que la première base lunaire habitée constituerait un enjeu stratégique entre grandes puissances et qu’en cas d’échec, les États-Unis risqueraient de céder l’initiative à la Chine. « L’avenir dira si ces nouvelles données sur les investissements inciteront le Congrès à prendre des mesures similaires pour la science lors de l’exercice 2027 », conclut l’AAU dans son communiqué.




