Les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique ont perdu environ 12,5 milliards de tonnes de glace depuis 1979. Cette perte de masse a contribué à une hausse du niveau moyen de la mer telle que, pour chaque centimètre d’élévation, environ 3 millions de personnes supplémentaires sont exposées à des inondations annuelles. Ces données mettent en évidence l’accélération des effets du réchauffement climatique et apportent des éléments pour mieux comprendre l’évolution future des calottes glaciaires.
Depuis les années 1990, le rythme de perte de masse des calottes glaciaires antarctique et groenlandaise s’est accéléré. On estime que la perte de masse de ces calottes contribue à près d’un quart de l’élévation du niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale. Cette fonte devrait encore s’accentuer au cours des décennies et siècles à venir selon les modèles climatiques.
Cependant, des lacunes subsistent quant à la quantification précise du bilan de masse des calottes glaciaires ou de leur taux de variation. Or, cette quantification est essentielle à l’évaluation des effets sur l’élévation du niveau de la mer et des impacts associés pour les populations côtières du monde entier.
Cela s’explique en partie par des lacunes, notamment un manque de synchronisation entre les données satellitaires. Par exemple, la collaboration internationale de scientifiques polaires, pilotée par l’Agence spatiale européenne (ESA), n’avait jusqu’ici étudié la fonte des calottes glaciaires qu’à partir des données satellitaires disponibles depuis les années 1990. Les chercheurs ne disposaient donc pas de données quant à l’état des calottes avant cette date.
Dans un rapport publié le 16 septembre dans la revue Scientific Data, la coalition établit un nouveau bilan de la vitesse de fonte des calottes antarctique et groenlandaise en intégrant des données satellitaires de la NASA datant des années 1970.
« Les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique contribuent fortement à l’élévation du niveau moyen des mers et devraient continuer à le faire. Cependant, elles représentent également la principale source d’incertitude dans les projections de cette élévation, ce qui rend cruciales des estimations fiables des variations de masse observées », expliquent les auteurs du rapport.
Ces données complémentaires ont permis d’obtenir un aperçu plus complet de leur évolution au fil des décennies et de la manière dont elles pourraient affecter le niveau des océans dans les années à venir.
Un demi-siècle de mesures pour reconstituer la perte de glace
L’équipe a comparé et combiné 42 estimations indépendantes issues d’observations satellitaires pour suivre l’évolution des calottes de l’Antarctique et du Groenland.
D’après les chercheurs, environ 11 309 milliards de tonnes de glace des deux calottes ont été perdues depuis 1979, ce qui représenterait suffisamment de glace pour en ensevelir tous les États-Unis continentaux sous une couche de 1,5 mètre. Cette perte de glace a contribué à une hausse du niveau moyen mondial de la mer d’environ 3,1 centimètres depuis 1979.
Cette hausse peut sembler limitée en valeur absolue, mais pour chaque centimètre d’augmentation du niveau de la mer, environ 3 millions de personnes supplémentaires sont exposées à des inondations annuelles, souligne Ines Otosaka, auteure principale de l’étude et experte en glaciologie à l’université de Northumbria en Angleterre.
Environ 84 % de la perte de masse serait liée à la dynamique des glaces, contre 16 % aux variations du bilan de masse de surface. « Il existe une tendance claire à la diminution de la masse des calottes glaciaires, et cette diminution s’accentue de décennie en décennie, surtout si l’on considère la glace qui se déverse dans l’océan. Et il est évident qu’il existe un lien avec le changement climatique », explique Otosaka, à l’Associated Press.
Un ralentissement temporaire qui ne change pas la tendance
Entre 2020 et 2023, le rythme des pertes de masse a temporairement diminué, notamment en raison de variations météorologiques et des importantes chutes de neige en Antarctique oriental, qui ont légèrement compensé les pertes de masse de l’ensemble de la calotte antarctique. Cependant, ce ralentissement ne serait que temporaire et reflèterait davantage des variations météorologiques à court terme. Les données analysées par l’étude s’arrêtent d’ailleurs à 2023.
« Cette interruption de trois ans n’était qu’un simple accroc dans les statistiques », explique Eric Rignot, glaciologue à l’Université de Californie à Irvine et co-auteur de l’étude. « La hausse continue est due au climat et la menace est on ne peut plus claire », ajoute-t-il.
Par ailleurs, les données indiquent que la perte de masse des calottes glaciaires a accusé près d’une décennie de retard par rapport à la hausse des températures. Cela suggère que cette accélération actuelle de la perte de masse pourrait encore se poursuivre pendant des décennies, même si le réchauffement climatique venait à être limité.



