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NaturePlanète & Environnement 6 min de lecture

Contre toute attente, le réchauffement climatique provoquerait plus d’extinctions locales dans les régions tempérées que dans les tropiques

Valisoa Rasolofo 22 juin 2026
extinction-especes-temperees-couv La salamandre tachetée européenne (Salamandra salamandra), une des espèces tempérées incluses dans l'étude qui a subi des extinctions locales liées au climat. | John Wiens

Une enquête portant sur plus de 5 100 espèces animales et végétales à travers le monde révèle que, contrairement à ce que l’on pensait, les espèces des zones tempérées sont plus vulnérables aux extinctions locales dues au réchauffement climatique que celles des zones tropicales. Cela s’expliquerait par le fait que les régions tempérées se réchauffent plus rapidement que les tropiques et que les espèces de ces régions peinent à s’y adapter.

Les scientifiques s’accordent depuis des années sur le fait que nous sommes confrontés à la sixième extinction de masse. Contrairement aux précédentes, l’extinction actuelle est principalement attribuée à la prolifération d’une seule espèce : l’Homme. L’activité humaine et la croissance démographique ont profondément transformé l’environnement, soit en modifiant les écosystèmes, soit en les détruisant complètement.

Cela a anéanti des milliers d’espèces en seulement quelques siècles, avec des conséquences catastrophiques pour la biosphère. À l’avenir, le réchauffement climatique d’origine anthropique pourrait entraîner des pertes encore plus importantes. Pendant des décennies, on pensait que ces pertes affecteraient surtout les espèces tropicales.

En effet, leur physiologie a évolué dans des conditions de températures relativement stables tout au long de l’année, tandis que les espèces des régions tempérées ont évolué de manière à tolérer d’importantes variations saisonnières. De récentes études ont cependant suggéré que les espèces tempérées sont plus vulnérables au réchauffement climatique qu’on ne le pensait.

Les données disponibles ne permettaient cependant jusqu’à présent pas d’étayer cette hypothèse avec précision. Une étude parue récemment dans la revue Nature Climate Change confirme la vulnérabilité des espèces tempérées au réchauffement climatique en rassemblant les données de milliers d’espèces à travers le globe.

« Pendant des décennies, les scientifiques ont généralement cru que les espèces des régions tempérées étaient moins vulnérables au changement climatique », explique dans un communiqué Gopal Murali, auteur principal de l’article et ancien chercheur postdoctoral à l’Université d’Arizona. « Nos résultats nous ont surpris, car ils ont démontré le contraire. »

Un ancien paradigme scientifique remis en question

L’équipe de Murali a rassemblé les données récentes d’extinctions locales liées au réchauffement climatique concernant 5 100 espèces végétales et animales, issues d’études sur la biodiversité menées sur près de 40 000 sites à travers le monde. Ces espèces comprenaient des centaines d’espèces de papillons, de coléoptères, de poissons et d’oiseaux, de nombreux mammifères, ainsi que des grenouilles, des salamandres et des lézards, et près de 3 000 espèces de plantes.

Il s’agit, selon les auteurs, de la plus vaste analyse des extinctions locales liées au climat réalisée à ce jour. Les résultats montrent que, parmi les espèces étudiées, 49 % des espèces tempérées ont connu une extinction locale dans les zones les plus chaudes de leur aire de répartition, contre seulement 33 % des espèces tropicales. Cette tendance aurait été observée dans de nombreux groupes d’organismes, notamment les insectes, les vertébrés, les plantes ainsi que les espèces marines et d’eau douce.

« J’ai en fait publié une étude portant sur 976 espèces en 2016, utilisant le même type de données, qui montrait un schéma exactement inverse, avec une extinction locale plus importante chez les espèces tropicales. C’est en partie ce qui explique notre surprise », indique John Wiens, coauteur principal de l’article et professeur au département d’écologie et de biologie évolutive de la faculté des sciences de l’université d’Arizona.

À noter que les extinctions locales ne signifient pas nécessairement que l’espèce a complètement disparu, mais montrent plutôt que certaines populations ne peuvent survivre aux changements environnementaux. Des pertes similaires à l’échelle de l’ensemble de l’aire de répartition d’une espèce peuvent conduire à l’extinction de l’espèce tout entière.

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Ce genévrier alligator (Juniperus deppeana) mort, provenant des environs de Bisbee, en Arizona, est l’une des espèces tempérées incluses dans l’étude qui ont subi des extinctions locales liées au climat. © John Wiens

Un réchauffement plus rapide que la capacité d’adaptation

Afin de comprendre les raisons de cette tendance, les chercheurs ont analysé différents facteurs climatiques tels que les tendances de réchauffement à long terme, les variations des précipitations, les sécheresses et les vagues de chaleur. Ils ont également exclu les sites susceptibles d’avoir été affectés par des facteurs de stress non climatiques, tels que la déforestation.

D’après leurs analyses, la plus grande vulnérabilité des espèces tempérées s’expliquerait par le fait que ces régions se réchauffent plus rapidement que les tropiques. Une hausse d’environ 3,3 degrés Fahrenheit aurait été observée dans les régions tropicales sur une période de 25 ans, contre environ 6 degrés Fahrenheit dans les régions tempérées, soit près du double.

Ces données ne signifient toutefois pas que les extinctions locales sont moins importantes qu’on le pensait dans les régions tropicales, précisent les chercheurs. Elles montreraient plutôt que celles observées dans les zones tempérées sont encore plus importantes. D’autre part, les résultats suggèrent que les espèces tempérées sont également plus sensibles à la hausse des températures que les espèces tropicales.

Par ailleurs, même si l’on pourrait penser que les espèces peuvent migrer vers des régions plus fraîches pour pallier les effets du réchauffement, les données de l’étude indiquent que plus de 70 % d’entre elles ne le font pas. « En réalité, la survie de la majorité des espèces dépend en grande partie de la capacité des populations locales à survivre sur place et à éviter ces extinctions locales », explique Wiens.

En effet, de nombreuses espèces pourraient s’avérer incapables de se déplacer vers des zones plus favorables à leur survie, notamment en raison de la fragmentation de leurs habitats par des routes ou d’autres infrastructures, sans compter les plantes qui, elles, ne peuvent pas se déplacer du tout.

Ces observations pourraient avoir des conséquences importantes pour les stratégies de conservation. Les résultats reposent en effet sur des changements biologiques réels plutôt que sur des projections d’impacts futurs, souligne l’équipe.

« On pense souvent que le changement climatique n’affectera les espèces que dans le futur », a déclaré Murali. « Mais pour les espèces tropicales comme pour les espèces tempérées, nous en constatons déjà les effets. Les tendances que nous avons observées montrent que la biodiversité est déjà en train de changer, et nous nous efforçons encore de comprendre ces mécanismes. »

Source : Nature Climate Change

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