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Santé & Bien être 6 min de lecture

Les écrans avant deux ans pourraient avoir des conséquences durables sur le développement des enfants

Valisoa Rasolofo 29 juin 2026
ecrans-enfants-developpement-couv | Unsplash

Une analyse mondiale sur les effets des écrans sur les jeunes enfants révèle que l’exposition pendant les deux premières années de vie peut entraîner d’importants problèmes développementaux sur le long terme. Alors que les stratégies de prévention se concentrent principalement sur les habitudes numériques des adolescents, les chercheurs s’inquiètent d’un « angle mort » dans les politiques de santé publique et appellent à reconsidérer les recommandations pour les enfants de moins de cinq ans.

L’utilisation d’appareils à écrans numériques est désormais devenue une norme sociale autant chez les adultes que chez les jeunes dans le monde entier. La technologie est devenue tellement généralisée que les utilisateurs se sentent parfois contraints de les utiliser pour accéder à certains services essentiels, non seulement dans le quotidien, mais également dans le cadre du travail.

Compte tenu de leur présence dans quasiment tous les aspects de notre quotidien, les médecins s’inquiètent toujours plus de leurs impacts potentiels sur la santé. Les avantages fonctionnels et l’immersion offerte par les appareils sont par exemple associés à un risque accru de troubles de l’attention chez certains utilisateurs, ainsi qu’à des sentiments de dépendance ou une addiction.

Chez les adultes, des études ont montré que l’utilisation excessive d’écrans peut nuire à la capacité d’apprentissage, à la mémoire et à la santé mentale, et a été associée dans certaines études à un risque accru de déclin cognitif. Chez les enfants, le risque est plutôt neurodéveloppemental, notamment en influençant négativement le développement socio-émotionnel, selon certaines études.

Les travaux portant sur les effets des écrans sur la santé se sont cependant concentrés principalement sur les adultes et les adolescents. Or, les très jeunes enfants sont, eux aussi, exposés quotidiennement aux écrans. Comme les 1001 premiers jours de vie constituent une étape clé du développement, l’exposition aux écrans pourrait avoir une influence considérable.

La récente étude du consortium iADDICT, réunissant quatre grandes universités britanniques, constitue l’analyse la plus complète à ce jour des travaux disponibles sur le sujet. Compte tenu de leurs conclusions, les chercheurs recommandent d’éviter autant que possible d’exposer les enfants de moins de deux ans à un temps d’écran régulier et intentionnel.

« Cette recherche rassemble une base de données probantes internationales concernant l’utilisation des technologies pendant la grossesse et les deux premières années de vie, un sujet qui n’avait pas été bien compris jusqu’à présent », explique dans un communiqué Richard James, expert en comportements addictifs à l’École des sciences du sport, de l’exercice et de la santé de l’Université de Loughborough, qui fait partie d’iADDICT.

« Malgré des recommandations politiques récentes concluant à l’existence de recherches limitées concernant les enfants de moins de deux ans, cette étude a mis en évidence un corpus de preuves substantiel suggérant que l’utilisation des médias numériques – en particulier la télévision, les téléphones portables et les tablettes – est omniprésente durant cette période critique et peut être associée à des effets indésirables potentiels. »

L’étude a été commandée par la 1001 Critical Days Foundation et a rassemblé des données de la littérature scientifique analysant l’influence de l’exposition aux écrans sur les jeunes enfants. La recherche a également invité 174 parents à travers le Royaume-Uni à partager leurs points de vue et leurs préoccupations concernant l’utilisation des écrans par les jeunes enfants.

Un retard de développement mesurable des années plus tard

Les analyses des chercheurs ont montré que les bénéfices observés dans la littérature sont limités, tandis que les risques sur le développement physique, cognitif, social et émotionnel sont significatifs. Le temps passé devant les écrans par les tout-petits est associé à des effets négatifs à long terme sur leur santé et leur qualité de vie.

Parmi les impacts négatifs relevés par les chercheurs figurent l’altération des interactions physiques, des gestuelles et des vocalisations essentielles au développement cognitif, moteur, langagier, social et émotionnel. Le temps d’écran dès le plus jeune âge réduit également l’envie de jeux en plein air ou avec d’autres enfants, impactant négativement le développement physique et social. D’après les chercheurs, les effets cumulés sont associés à un risque accru de retard de développement pouvant être mesuré plusieurs années plus tard.

Entre recommandations sanitaires et réalités du quotidien

Les données de l’étude indiquent que, malgré les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Académie américaine de pédiatrie (AAP) préconisant d’éviter les médias numériques hors visioconférence avant 18 mois, puis un usage très limité et accompagné entre 18 et 24 mois, l’exposition aux écrans chez les jeunes enfants est quasiment devenue une norme culturelle partout dans le monde.

Malgré la connaissance de ces recommandations, les parents ou les personnes s’occupant des enfants ne suivent généralement pas ces recommandations, principalement en raison du mode de vie chargé et exigeant et de la capacité des écrans à distraire et à occuper efficacement les enfants. Les experts s’inquiètent en outre de la propension des jeunes enfants à se tourner vers les appareils à écran pour chercher du réconfort, plutôt que vers leurs parents.

« Le temps passé devant les écrans est profondément ancré dans le quotidien de nombreuses familles. Les aidants familiaux réclament davantage de conseils, mais le soutien professionnel reste limité », explique Carmen Clayton de l’université Leeds Trinity, également membre d’iADDICT.

« Le[s] gouvernement[s] doit[-vent] réfléchir à la manière de mieux dialoguer avec les familles sur la question de l’utilisation problématique des écrans, tout en étant attentif à la crainte d’être jugés que ressentent de nombreux parents lorsqu’ils abordent ces sujets.»

En attendant, les experts recommandent aux parents d’emmener davantage les enfants à l’extérieur pour privilégier les jeux en plein air et les jouets non numériques, ainsi que le contact avec la nature. Cette approche sera à la fois bénéfique pour leur développement et leur santé oculaire. Encourager les interactions avec les autres personnes et les autres enfants est également très utile pour le développement social.

Source : 1001 Critical Days Foundation

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