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Planète & Environnement 5 min de lecture

Les émissions de CO₂ des États-Unis auraient déjà coûté 10 000 milliards de dollars à l’économie mondiale, selon une étude

Des coûts qui  pourraient être décuplés au cours des prochaines décennies.

Valisoa Rasolofo 30 mars 2026
emission-americaines-pertes-economiques-couv | Pixabay

Une récente analyse révèle que les coûts économiques futurs liés aux émissions cumulées de CO2 d’origine anthropique pourraient être jusqu’à dix fois supérieurs à ceux engendrés aujourd’hui par ces émissions. En particulier, les émissions des États-Unis, longtemps premiers émetteurs, ont causé 10 000 milliards de dollars de coûts économiques à l’échelle mondiale depuis 1990 et pourraient en engendrer jusqu’à dix fois plus au cours des prochaines décennies, selon les estimations.

Les nombreuses recherches sur le climat menées ces dernières décennies ont établi que les activités humaines ont profondément altéré l’équilibre climatique de la planète. Ces transformations entraînent de multiples répercussions, notamment une intensification des phénomènes météorologiques extrêmes qui affectent une large part de la population mondiale.

Il apparaît en outre que les populations les plus touchées sont souvent celles qui ne contribuent que marginalement aux émissions de gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement. Ce constat a conduit les gouvernements des pays les plus vulnérables à réclamer des compensations aux États émetteurs pour les pertes et dommages qu’ils n’ont pu éviter.

Cependant, le lien entre les émissions spécifiques de certains pays et les dommages provoqués ailleurs demeure difficile à établir avec précision. Autrement dit, la définition exacte de ces pertes et dommages — pour lesquels les mesures d’adaptation et d’atténuation se révèlent insuffisantes — reste floue. Cette incertitude tient notamment à la multiplicité des sources d’émissions de GES et à la difficulté de les quantifier avec exactitude.

Dans une étude publiée le 25 mars dans la revue Nature, une équipe de l’Université de Stanford propose une approche quantitative visant à relier les émissions de CO2 de chaque pays aux dommages qu’elles engendrent, à l’échelle locale comme mondiale.

« En nous appuyant sur les documents 4 et 9 du GIEC et sur une littérature académique croissante, nous proposons de calculer les pertes et dommages (P&D) comme la valeur actuelle nette des impacts économiques et non économiques attribuables aux émissions de gaz à effet de serre, compte tenu de leurs effets sur le climat, déduction faite de toute mesure d’adaptation mise en œuvre », écrivent les auteurs.

Une responsabilité climatique inégalement répartie

L’approche des chercheurs consiste à établir un lien entre le réchauffement climatique et la production économique, principalement mesurée par le PIB. Les émissions de chaque pays ont ainsi été mises en regard des variations de température observées depuis 1990. Les scientifiques s’appuient également sur un ensemble de modèles climatiques traduisant les variations d’émissions de CO2 en niveaux de réchauffement.

Les pertes et dommages liés aux émissions de CO₂ sont évalués selon trois composantes : les dommages historiques déjà survenus, ceux attendus à l’avenir en raison des émissions passées, et enfin ceux liés aux émissions actuelles ou futures.

Les résultats montrent que même de faibles hausses de température peuvent peser sur la productivité économique. « Comme le montrent les données historiques, la croissance ralentit », explique Marshall Burke, chercheur en sciences de l’environnement à Stanford et principal auteur de l’étude, auprès de Down to Earth.

« Si ces effets s’accumulent sur 30 ans, le changement devient considérable. Et des populations qui n’ont presque rien fait pour provoquer le problème en subissent les conséquences, ce qui est profondément injuste », souligne-t-il.

Les États-Unis, longtemps premier émetteur de CO2, auraient causé 10 000 milliards de dollars de pertes économiques à l’échelle mondiale entre 1990 et 2020. Près de 30 % de ces pertes — soit environ 2 970 milliards de dollars — ont été enregistrées sur leur propre territoire, tandis qu’environ 14 % (1 390 milliards de dollars) ont touché l’Union européenne.

Les dommages causés par les émissions américaines s’élèveraient à 500 milliards de dollars pour l’Inde et à environ 330 milliards pour le Brésil. « Ce sont des montants considérables », observe Marshall Burke, rappelant la « lourde responsabilité » des États-Unis, dont les émissions ont affecté bien au-delà de leurs frontières.

La Chine arrive en deuxième position avec 8 700 milliards de dollars de dommages causés dans le monde depuis 1990, suivie par l’Union européenne avec environ 6 400 milliards de dollars.

Des coûts appelés à s’accumuler avec le temps

Selon les chercheurs, les émissions de CO2 et leurs effets économiques continuent de croître au fil des décennies. Une tonne de CO2 émise en 1990 aurait ainsi généré environ 180 dollars de pertes économiques mondiales en 2020, et pourrait entraîner environ 1 840 dollars supplémentaires d’ici 2100. Ces estimations suggèrent que les impacts futurs des émissions cumulées pourraient être multipliés par dix.

Toutefois, les auteurs tiennent à préciser que ces estimations n’indiquent pas nécessairement ce que doivent les pays émetteurs de CO₂ aux régions affectées, une question relevant aussi de considérations morales et juridiques. Ces quantifications pourraient néanmoins contribuer à mieux orienter les politiques publiques et à responsabiliser les principaux émetteurs afin de limiter les dommages futurs.

Source : Nature

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