Mike Fincke, l’astronaute de la NASA qui a fait l’objet de la première évacuation médicale de Station spatiale internationale (ISS) en début d’année, a confié ce qui lui est arrivé à bord. Il a affirmé s’être subitement retrouvé incapable de parler, mais se souvenait n’avoir subi aucune douleur. Si les médecins ne savent toujours pas ce qui a pu provoquer ce symptôme, ils soupçonnent qu’il pourrait être lié au temps que l’astronaute a passé dans l’espace.
Les urgences médicales peuvent survenir à tout moment lors des missions à bord des stations spatiales. En 2020, un astronaute à bord de l’ISS a par exemple développé un caillot sanguin au niveau de sa veine jugulaire. De tels cas ont été observés à plusieurs reprises chez les astronautes, en raison des perturbations de la circulation sanguine induites par la microgravité.
La microgravité altère en effet un certain nombre de processus biologiques, car ceux-ci dépendent étroitement de la gravité pour leur bon déroulement. Des observations menées à bord de l’ISS ont montré qu’elle modifie la circulation sanguine en réduisant le volume sanguin circulant. Elle entraîne également une perte de densité osseuse estimée entre 1 et 2 % par mois.
Les évacuations sanitaires d’urgence nécessitant l’interruption d’une mission demeurent toutefois exceptionnelles, l’ISS étant équipée pour prendre en charge la plupart des problèmes médicaux susceptibles de survenir en orbite. En janvier de cette année, la station a pourtant connu sa première évacuation sanitaire d’urgence en vingt-cinq ans d’existence, sur ordre de la NASA.
Si l’identité de l’astronaute concerné a initialement été tenue secrète pour des raisons de confidentialité médicale, Fincke s’est publiquement identifié comme étant cet astronaute le mois dernier. Il a récemment confié à la presse une partie de ce qu’il lui est arrivé, afin de répondre aux spéculations.
« C’était totalement inattendu. C’était incroyablement rapide »
Fincke, 59 ans, colonel à la retraite de l’US Air Force, explique s’être retrouvé incapable de parler pendant une vingtaine de minutes, sans pouvoir en identifier la cause, avant de se sentir de nouveau parfaitement bien, comme si rien ne s’était produit. Il précise n’avoir jamais connu un tel épisode auparavant, ni depuis. L’incident a néanmoins été jugé suffisamment sérieux pour justifier une évacuation sanitaire d’urgence.
« C’était totalement inattendu. C’était incroyablement rapide », a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé à l’Associated Press depuis le centre spatial Johnson, à Houston. « Mes coéquipiers ont immédiatement vu que j’étais en difficulté. En quelques secondes, tout le monde s’est mobilisé », raconte-t-il, évoquant les trois autres membres de son équipage.
L’incident s’est produit le 7 janvier, alors que Fincke dînait avec ses collègues après s’être préparé à une sortie extravéhiculaire prévue le lendemain. Il affirme n’avoir ressenti aucune douleur, mais ses coéquipiers, inquiets face à son état, ont immédiatement réagi en contactant les médecins au sol. Ces derniers ont écarté l’hypothèse d’une crise cardiaque, le patient ayant affirmé n’avoir ressenti aucun symptôme d’étouffement.
Ils envisagent notamment que ce malaise puisse être lié aux 549 jours passés en microgravité au cours de la carrière de l’astronaute. Lors de sa dernière mission, il a séjourné cinq mois et demi à bord de l’ISS. Cette hypothèse reste toutefois à confirmer. La NASA examine actuellement les dossiers médicaux d’autres astronautes afin d’identifier d’éventuels cas similaires.
Fincke a indiqué ne pas pouvoir fournir davantage de détails concernant son état de santé, afin de préserver la confidentialité médicale des astronautes.

L’astronaute de la NASA Mike Fincke aidé à sortir du vaisseau spatial SpaceX Dragon Endeavour à bord du navire de récupération SpaceX SHANNON après que lui, l’astronaute de la NASA Zena Cardman, l’astronaute de la JAXA (Agence d’exploration aérospatiale japonaise) Kimiya Yui et le cosmonaute de Roscosmos Oleg Platonov aient atterri dans l’océan Pacifique au large de San Diego, en Californie, le jeudi 15 janvier 2026. ©
NASA/Bill Ingalls
Quelques jours après l’incident, les quatre membres de l’équipage ont embarqué à bord d’une capsule Crew Dragon de SpaceX et ont amerri le 15 janvier dans l’océan Pacifique, soit plus d’un mois avant la fin prévue de leur mission. L’équipage a été immédiatement transporté à l’hôpital Scripps Memorial de La Jolla, près de San Diego, pour des examens approfondis.
Fincke a déclaré regretter que sa maladie ait dû interrompre la mission en cours et a présenté ses excuses à son équipe. La sortie extravéhiculaire qu’il avait préparée aurait été sa dixième, mais la première pour sa coéquipière Zena Cardman. « J’ai eu beaucoup de chance d’être en excellente santé. C’était donc une surprise pour tout le monde », a-t-il confié, se disant néanmoins déterminé à repartir en mission.




