T Coronae Borealis (T CrB), un système stellaire binaire incluant une nova récurrente, pourrait voir sa luminosité augmenter brusquement et devenir visible à l’œil nu si l’éruption se produit dans les prochains jours. La naine blanche du système absorbe la matière de sa compagne géante rouge, l’accumulant jusqu’à exploser périodiquement en nova environ tous les 80 ans, un phénomène extrêmement rare qui n’a été recensé que dans moins de dix systèmes stellaires dans la Voie Lactée.
Contrairement aux novae classiques, qui ne connaissent généralement qu’une seule éruption observée, les novas récurrentes sont des explosions stellaires périodiques se manifestant généralement sur un intervalle de plusieurs dizaines d’années. Elles se produisent dans les systèmes binaires composés d’une première étoile qui dispose encore de son enveloppe externe (généralement une géante rouge) et d’une seconde étoile, une naine blanche, qui absorbe une partie de la matière enveloppant sa compagne.
La matière ne se dépose pas directement à la surface de la naine blanche, mais s’accumule d’abord sous la forme d’un disque d’accrétion. Elle retombe ensuite progressivement à sa surface, augmentant graduellement la pression et la température de la matière environnante. En atteignant plusieurs millions de degrés, des réactions de fusion nucléaire s’amorcent jusqu’à déclencher une explosion thermonucléaire détectable dans toutes les longueurs d’onde.
Cette explosion éjecte la matière accumulée par la naine blanche à une vitesse avoisinant les 1 000 kilomètres par seconde, contribuant ainsi à enrichir le milieu interstellaire d’importantes quantités de gaz, principalement de l’hydrogène. La naine blanche revient ensuite à son état initial et recommence son cycle d’accrétion de matière.
Une explosion cyclique parmi les plus rares de la galaxie
T CrB est situé à environ 3 000 années-lumière de la Terre dans la constellation de la Couronne boréale. Les estimations basées sur huit siècles d’observation indiquent qu’il achève un cycle environ tous les 80 ans. La dernière éruption remonte à 1946, ce qui a incité certains astronomes à déduire que la prochaine aurait dû avoir lieu en février 2024.
Cependant, l’explosion ne s’est pas produite au moment prévu. « Le problème avec T Cor Bor, c’est que malgré le fait que nous ayons étudié le système pendant une très longue période, il reste encore beaucoup d’incertitudes concernant la physique du système », explique Brian Kloppenborg, astrophysicien et directeur exécutif de l’Association américaine des observateurs d’étoiles variables (AAVSO), à CBC News.
« Nous pensions connaître le taux d’accrétion. Nous pensions savoir quelle quantité de matière tombait sur l’étoile, mais malheureusement, nous nous sommes légèrement trompés », indique-t-il. Une phase d’accalmie se produit généralement dix ans avant l’éruption et une baisse de la luminosité en 2014 a conduit à la prédiction de 2024.
D’après les dernières analyses de la dynamique du système, la nova pourrait entrer en éruption prochainement. Une note de recherche, publiée par l’American Astronomical Society en octobre 2024, a examiné les dates d’éruption et en a identifié plusieurs : le 12 août 2024, le 27 mars 2025, le 10 novembre 2025 et le 25 juin 2026.
Si elle se produit cette semaine, sa luminosité passerait brusquement d’une magnitude de 10 à une magnitude de 2. La magnitude est l’échelle de luminosité habituellement utilisée par les astronomes et plus elle est élevée, moins l’objet est brillant. En guise de référence, l’œil humain peut distinguer des objets d’une magnitude maximale de 6 depuis un bon site d’observation sous un ciel parfaitement noir.
En temps normal, T CrB est trop faible pour être visible à l’œil nu ; lors de l’éruption, elle apparaîtra près du demi-cercle d’étoiles de la constellation de la Couronne boréale, près des constellations du Bouvier et d’Hercule. Il s’agira de la deuxième étoile à gauche de l’étoile Epsilon Coronae Borealis, de magnitude 4,28. L’éclat maximal devrait durer quelques jours, avant de décroître progressivement, selon la NASA.



