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Santé & Bien être 5 min de lecture

Faire aimer les légumes aux enfants débute in utero, selon une étude

Valisoa Rasolofo 22 mai 2026
enfants-manger-legumes-couv | Unsplash

Les enfants sont moins susceptibles de réagir négativement à l’odeur d’un légume lorsqu’ils y sont exposés de manière répétée avant même leur naissance, selon une étude. Dans cette expérience, les enfants dont les mères avaient consommé des carottes ou du chou frisé pendant leur grossesse étaient plus susceptibles d’apprécier ces aliments plusieurs années plus tard. Ces observations suggèrent une stratégie simple et potentiellement efficace pour encourager les enfants à adopter une alimentation plus saine.

Des études suggèrent que la perception des saveurs et des odeurs débute in utero dès le deuxième trimestre de grossesse. Vers la fin de la grossesse, les systèmes chimiosensoriels sont suffisamment développés pour réagir à certains composés chimiques, permettant au foetus de percevoir certaines saveurs auxquelles la mère est exposée par son alimentation, via le liquide amniotique.

L’exposition prénatale influence les sensibilités et les préférences gustatives et olfactives après la naissance, ce qui façonne ensuite l’apprentissage gustatif et les préférences alimentaires de l’enfant au fil de sa croissance. Autrement dit, les saveurs transmises par l’alimentation maternelle peuvent intervenir dans le processus d’apprentissage des saveurs dès le stade in utero.

Des expériences ont par exemple montré qu’à l’âge de 8 mois, les nourrissons dont les mères avaient consommé en quantité suffisante des légumes verts, du fromage ou du poisson durant leur grossesse manifestaient une plus grande appréciation de ces aliments lorsqu’on leur présentait les odeurs de ces aliments après la naissance.

Ces effets semblent persister sur le long terme : des enfants âgés de 8 à 9 ans dont les mères avaient consommé de l’ail durant leur grossesse manifestaient une préférence pour les plats aromatisés à l’ail.

Ces travaux se sont toutefois principalement concentrés sur la composition aromatique de l’alimentation maternelle et son influence sur les réactions des enfants à différentes saveurs après la naissance. Peu d’études ont exploré de manière expérimentale les effets de l’exposition prénatale à des saveurs variées sur les différentes étapes du développement de l’enfant, de la période foetale à la période néonatale puis jusqu’à la petite enfance.

Une étude récemment publiée dans Developmental Psychobiology éclaire cette relation en mettant en évidence la persistance des souvenirs gustatifs et olfactifs de la période foetale jusqu’à la petite enfance. Les résultats pourraient aider à concevoir de nouvelles approches visant à améliorer l’acceptation des légumes chez les jeunes enfants.

Des préférences alimentaires qui persistent jusqu’à l’enfance

Dans de précédents travaux, les chercheurs ont montré que les enfants manifestaient des comportements de préférence envers les arômes auxquels ils avaient été exposés in utero. Les expériences d’exposition in utero consistaient à administrer, en fin de grossesse, des gélules de poudre de carotte ou de chou frisé aux mères.

Les légumes ont été administrés sous forme de gélules après que certaines mères ont rechigné à les consommer crus ou sous forme de jus. Les réactions faciales des enfants à l’odeur de ces légumes ont été enregistrées par échographie avant la naissance, puis quelques semaines après l’accouchement.

« Ce que nous constatons au fil du temps, c’est que les enfants préfèrent toujours les légumes auxquels ils ont été exposés lorsqu’ils étaient dans le ventre de leur mère », explique, dans un communiqué de l’Université d’Aston, Nadja Reissland, de l’Université de Durham, auteure principale de l’étude.

« Nous pouvons donc supposer que l’exposition à une saveur particulière en fin de grossesse peut entraîner une mémorisation durable du goût ou de l’odeur chez l’enfant, susceptible d’influencer ses préférences alimentaires des années après la naissance. »

Pour explorer cette hypothèse, la nouvelle étude a mené des expériences comparatives afin de déterminer si ces effets persistent jusqu’à la petite enfance. Les chercheurs ont examiné les réactions faciales des enfants lorsqu’ils ont eu trois ans, en plaçant sous leur nez des cotons-tiges imbibés de poudre de carotte ou de chou frisé. Ces réactions ont ensuite été comparées à celles observées avant leur naissance (à 32 et 36 semaines de gestation), puis lorsqu’ils étaient nouveau-nés, à l’âge de trois semaines.

enfants-legumes

Un enfant en bas âge exposé in utero au chou frisé et un nourrisson à la carotte. Tous deux réagissent avec joie (en haut) à l’odeur du légume qui leur a été donné avant la naissance, mais avec dégoût (en bas) à celle du légume auquel ils n’avaient pas été exposés. © Université de Durham

À l’âge de trois ans, les enfants manifestaient effectivement moins de réactions négatives à l’odeur de carotte ou de chou frisé lorsque leurs mères y avaient été exposées pendant leur grossesse. Selon Jacqueline Blissett, de l’Université d’Aston, coauteure de l’étude, « ces résultats confirment l’intérêt de l’exposition prénatale pour améliorer l’acceptation par les enfants de légumes souvent peu appréciés. »

Les chercheurs précisent toutefois que ces résultats restent limités, l’étude n’ayant porté que sur un faible échantillon de mères et d’enfants. « Nous avons vraiment besoin de mener une étude beaucoup plus vaste et, si nous en avions les fonds, nous le ferions », a indiqué Nadja Reissland au Guardian.

Ces approches pourraient contribuer à améliorer les habitudes alimentaires dès le plus jeune âge.

Source : Developmental Psychobiology

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