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Technologie • 5 min de lecture

IA : la Chine déploie le premier centre de données sous-marin alimenté à l’éolien au monde

Valisoa Rasolofo • 10 juin 2026
| HiCloud Technology

La Chine vient de mettre en service le premier centre de données sous-marin commercial alimenté par un parc éolien offshore afin de répondre aux besoins croissants de l’IA dans le pays. Disposant d’une capacité de 24 mégawatts, le complexe réduirait de plus d’un cinquième sa consommation électrique par rapport aux centres de données terrestres, grâce au refroidissement naturel assuré par l’eau de mer et à son alimentation par un parc éolien offshore.

Les systèmes d’IA et l’ensemble des infrastructures qui les soutiennent sont toujours plus critiqués pour leur consommation énergétique et leurs impacts environnementaux. Or, les besoins de cette technologie augmentent rapidement à mesure qu’elle se développe et exige davantage de puissance de calcul.

Un récent rapport de Google indique par exemple qu’une requête textuelle médiane sur Gemini consomme 0,24 wattheure d’énergie, émet 0,03 gramme de CO2 et utilise 0,26 millilitre d’eau (soit environ cinq gouttes d’eau). Si ces chiffres paraissent a priori anodins, il faut savoir que les chatbots d’IA traitent des milliards de requêtes par jour.

Un rapport publié ce mois-ci par l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé de l’Université des Nations Unies a averti que l’empreinte hydrique des centres de données d’IA pourrait atteindre 9,3 milliards de litres d’ici 2030, soit l’équivalent des besoins annuels en eau domestique des 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique subsaharienne.

Les centres de données sous-marins permettraient de réduire à la fois leur consommation d’énergie et leur utilisation d’eau douce par rapport aux centres de données terrestres. C’est ce que veulent démontrer HiCloud Technology et China Communications Construction, une entreprise publique chinoise, avec leur premier centre de données sous-marin alimenté par l’énergie éolienne.

Une première capacité de 24 mégawatts

Le centre de données est situé à environ 10 kilomètres au large de la zone spéciale de Lingang, à Shanghai, un site dédié aux projets technologiques et à la production industrielle. Immergé à environ 10 mètres de profondeur, sa construction a nécessité un investissement d’environ 226 millions de dollars, selon un communiqué du gouvernement chinois publié lors de l’achèvement de l’installation l’année dernière.

Il dispose d’une capacité maximale de 24 mégawatts, ce qui est nettement inférieur à celle des centres de données d’IA conventionnels qui, eux, peuvent atteindre plusieurs centaines de mégawatts, voire plus d’un gigawatt pour les plus grands projets. Il s’agirait cependant d’un projet pilote visant à démontrer la faisabilité technique du concept.

D’après le gouvernement chinois, l’ensemble est alimenté par un parc éolien offshore situé à proximité et permettrait de réduire la consommation énergétique de plus d’un cinquième par rapport aux centres de données terrestres. Cette réduction est également rendue possible grâce au refroidissement à l’eau de mer. Entre 25 % et 40 % de la consommation électrique totale de certains centres de données peut être liée aux systèmes de refroidissement nécessaires pour éviter la surchauffe des serveurs.

À noter qu’il ne s’agit pas du premier centre de données sous-marin déployé en Chine. HiCloud a inauguré le premier en 2023 à Hainan, dans le sud du pays. Celui de Shanghai est cependant le premier à être alimenté par l’énergie éolienne offshore.

Microsoft a également lancé un projet pilote de centre de données sous-marin dans la mer des Orcades, en Écosse, en 2018. Deux ans plus tard, l’entreprise annonçait des résultats jugés encourageants. Le projet Natick a toutefois été arrêté à l’issue de sa phase expérimentale.

« Microsoft a été plus précoce dans la validation du concept, tandis que la Chine est allée plus loin dans le déploiement commercial car elle a été capable de réunir plus rapidement la demande du marché, les capacités industrielles, l’ingénierie maritime et le soutien politique dans un projet commercial », explique Hanjiang Dong, de l’Université polytechnique de Hong Kong, au Guardian.

Le développement de l’IA et des infrastructures dédiées figure par ailleurs parmi les principales stratégies économiques de la Chine. Le pays s’est notamment engagé à augmenter significativement l’approvisionnement en énergie verte destiné aux infrastructures d’IA d’ici 2030.

L’installation des centres de données en milieu marin soulève également des préoccupations quant aux risques potentiels pour les écosystèmes. Ces infrastructures pourraient par exemple perturber les sédiments marins, réchauffer localement l’eau de mer ou favoriser la prolifération d’algues toxiques.

Le projet chinois fait l’objet d’un suivi environnemental et plusieurs spécialistes estiment que ses impacts potentiels devraient rester limités. D’après Rick Stafford, biologiste marin à l’Université de Bournemouth : « un centre de données sous-marin est probablement une bonne idée. Bien que le refroidissement par eau de mer entraîne une légère hausse localisée des températures, celle-ci restera limitée. »

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