En effectuant des fouilles dans la grotte de Bianfu, au Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, des archéologues ont exhumé des fragments d’os qui auraient appartenu à des Dénisoviens, enrichissant la rare collection de fossiles du groupe. Divers outils rudimentaires ont été mis au jour sur le site, suggérant une capacité d’utilisation comparable à celle des Néandertaliens. Ces découvertes offrent un nouvel éclairage sur l’évolution et les comportements de ce mystérieux groupe d’hominidés.
Les Dénisoviens étaient un groupe d’hominidés anciens ayant vécu en Eurasie, entre environ 400 000 et 30 000 ans avant notre ère. Le groupe a été identifié pour la première fois en 2010, à partir notamment d’une phalange découverte dans la grotte de Denisova et datée d’environ 41 000 ans, dans les montagnes de l’Altaï en Sibérie (Russie).
Les données génomiques indiquent la présence d’ascendance dénisovienne dans les populations actuelles d’Asie du Sud-Est et d’Océanie. Ces données ont notamment conduit les chercheurs à envisager une présence des Dénisoviens dans différentes régions d’Asie, notamment en Chine.
Cependant, seuls quelques rares fossiles ont été identifiés à ce jour comme appartenant à ce groupe, ce qui en fait l’un des groupes d’hominidés les moins connus. Les données fossiles sont pour le moment loin d’être suffisantes pour établir avec précision leur dispersion à travers le continent, leur histoire évolutive, ni même leur apparence physique.
Des équipes codirigées par l’Académie chinoise des sciences rapportent l’identification d’autres fragments de fossiles dénisoviens et d’outils rudimentaires, apportant de nouvelles informations sur l’évolution et le comportement des Dénisoviens. Les résultats ont été publiés le 9 septembre dans deux études distinctes de la revue Nature.
Des outils comparables à ceux des Néandertaliens
Les restes identifiés par l’équipe ont été trouvés dans la grotte de Bianfu, dans la province du Yunnan, située à l’extrémité sud-est du plateau tibétain. Cette région constitue un carrefour entre l’Asie de l’Est, l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est, où les Dénisoviens ont notamment été en contact avec les populations humaines modernes.
En effet, au moins 15 localités d’hominidés et 19 sites paléolithiques avec des fossiles de mammifères associés ont été signalés dans cette province, la grotte de Bianfu étant le plus ancien site paléolithique connu de l’ouest du Yunnan. L’équipe de la première étude y a identifié des fragments d’os du bras et du crâne, ainsi que des dents, qui auraient appartenu à des Dénisoviens.
Plus précisément, les fragments ont été identifiés parmi plus de 60 000 autres, dont sept ont été identifiés comme appartenant à des hominidés et datés d’environ 167 000 à 134 000 ans. Des analyses protéomiques ont révélé la présence d’un profil protéique compatible avec une origine dénisovienne.
« L’analyse protéomique ultérieure a confirmé l’appartenance taxonomique de ces ossements d’hominidés nouvellement identifiés, ainsi que celle de deux dents d’hominidés découvertes lors des fouilles, au groupe des Dénisoviens », écrivent les chercheurs. « Ces découvertes établissent la grotte de Bianfu comme un site dénisovien ayant livré le registre fossile dénisovien le plus riche actuellement connu en dehors de la grotte de Denisova en Sibérie. »
Dans la seconde étude, les ossements de Bianfu ont également été analysés, ainsi que des restes d’animaux et divers outils, dont environ 1 300 artefacts en pierre. La séquence culturelle de la grotte s’étend d’environ 190 000 à 70 000 ans. En analysant les restes d’animaux et les données de pollen, les chercheurs ont constaté que l’environnement dans lequel vivaient les Dénisoviens était probablement constitué d’une forêt ou d’une mosaïque forêt-steppe dominée par les conifères.
Les outils, en os et en pierre, relativement peu modifiés ou travaillés ont également été mis au jour, suggérant une stratégie technologique comparable, par certains aspects, à celles observées chez les Néandertaliens. D’après les chercheurs, ils sont associés à une stratégie de chasse spécialisée visant des proies de taille moyenne à grande.
« La grotte de Bianfu apporte un éclairage inédit sur la biologie, le comportement et l’écologie des Dénisoviens en Asie orientale et témoigne d’un important héritage génétique et culturel dans les populations ultérieures d’Asie du Sud-Est et d’Océanie », concluent les experts.



