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Espace & Astrophysique • 5 min de lecture

L’explosion de New Glenn a propagé ses ondes sonores sur plus de 1 600 km

Valisoa Rasolofo • 8 septembre 2026
Capture d'écran d'une vidéo de l'explosion de New Glenn. | Spaceflight Now

L’explosion soudaine de la fusée New Glenn de Blue Origin sur son pas de tir en mai dernier a généré des ondes sonores se propageant jusqu’à plus de 1 600 kilomètres à travers les États-Unis, selon de nouvelles données. Légèrement plus puissante que l’explosion initiale qui avait détruit Tchernobyl en 1986, l’explosion de la fusée a émis des infrasons détectés dans au moins 36 stations d’écoute à travers le pays.

Mesurant près de 98 mètres de haut, New Glenn est le lanceur orbital le plus imposant de Blue Origin. Conçue pour concurrencer la fusée Starship de SpaceX, New Glenn a été choisie par la NASA pour lancer les deux sondes jumelles de la mission Escape and Plasma Acceleration Dynamics Explorers (ESCAPADE), dont le service de lancement a été acheté à Blue Origin.

La fusée sert également de lanceur au Blue Moon de Blue Origin, tandis que la NASA travaille avec Blue Origin et SpaceX sur des versions cargo de leurs atterrisseurs lunaires destinées à acheminer du matériel et des infrastructures dans le cadre de son projet de base lunaire habitée.

New Glenn a effectué trois lancements à ce jour : une première fois en janvier 2025, une deuxième fois en novembre 2025 et une troisième fois le 19 avril 2026. Lors de ce dernier vol, elle a atteint l’espace, mais le satellite de communication BlueBird 7 a été déployé sur une orbite non conforme. Lors de son deuxième lancement, les équipes de Blue Origin sont parvenues à récupérer le premier étage réutilisable de la fusée, devenant ainsi la deuxième entreprise à réussir cette manœuvre après SpaceX.

L’explosion a eu lieu le 28 mai 2026 lors d’un essai statique à feu réel à la base spatiale de Cap Canaveral, en Floride, avant le prochain lancement prévu de New Glenn. Le premier étage de la fusée a violemment explosé au cours de ce test intégré à feu. L’explosion a projeté des débris dans les airs et a provoqué un important nuage de fumée.

Malgré les pertes matérielles et le retard enregistré dans les missions de Blue Origin, des chercheurs y ont vu une occasion d’étudier l’une des explosions avant lancement les plus puissantes jamais enregistrées.

« Les observations à l’échelle d’un lanceur complet utilisant des carburants cryogéniques, notamment l’oxygène liquide et le méthane liquide, restent très limitées », explique dans un communiqué du Seismological Society of America, Elizabeth Silber, l’auteure principale de la récente étude sur l’explosion.

« La plupart des informations disponibles proviennent d’expériences beaucoup plus modestes ou d’essais historiques réalisés avec différents systèmes de propergol. C’était une occasion très rare d’étudier un événement énergétique majeur du monde réel impliquant du méthane liquide comme carburant pour fusée », a-t-elle déclaré.

Une explosion comparable à Tchernobyl

Si aucun mort ni blessé n’a été déploré, des milliers d’habitants ont signalé avoir entendu une forte détonation et ressenti l’onde de choc jusqu’à 217 kilomètres de la base de lancement, selon Live Science.

Pour analyser l’explosion, les chercheurs de la nouvelle étude ont analysé des vidéos horodatées et des signaux infrasonores collectés par 36 microbaromètres à large bande répartis à travers les États-Unis. La détection des infrasons est déjà utilisée pour détecter les explosions de grande puissance et d’autres événements énergétiques comme les éruptions volcaniques.

L’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE) utilise également les infrasons comme l’une de ses principales techniques de surveillance pour détecter les explosions d’essais nucléaires.

D’après les données des chercheurs, l’explosion de New Glenn a été détectée par 36 microbaromètres à large bande, avec des signaux détectés jusqu’à moins de 1 700 kilomètres de la base spatiale de Cap Canaveral. La distance parcourue par les infrasons suggère une explosion dont l’énergie équivalente serait de 0,131 kilotonne de TNT, ce qui est légèrement supérieur à l’énergie de l’explosion initiale qui a détruit le réacteur nucléaire de Tchernobyl en 1986.

Les chercheurs estiment que le rapport entre l’énergie couplée à l’explosion et l’énergie chimique disponible serait d’environ 3 à 4 % dans l’hypothèse de réservoirs pleins, et d’environ 6 % dans le scénario où ils seraient à moitié remplis.

« Lors d’un accident important impliquant un propergol, le carburant et l’oxydant ne se mélangent et ne réagissent pas forcément instantanément. Certains matériaux peuvent contribuer à l’explosion initiale, tandis que d’autres peuvent brûler plus progressivement dans la boule de feu et le panache », explique Silber.

D’après les chercheurs, ces résultats montrent que les infrasons constituent un outil à fort potentiel, mais encore sous-utilisé, et pourraient, à terme, être utilisés pour suivre les accidents d’engins spatiaux et autres explosions de grande puissance. Les résultats de la recherche sont publiés dans la revue The Seismic Record.

Source : The Seismic Record

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