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AnimauxNature 5 min de lecture

Longtemps considérée comme anormale, la masturbation chez les oiseaux serait en réalité un comportement naturel et sain

Valisoa Rasolofo 4 juin 2026
masturbation-oiseaux-naturel-couv | Pixabay

Alors qu’on pensait qu’il s’agissait d’un comportement problématique lié au stress de la captivité, la masturbation chez les oiseaux serait plutôt un comportement tout à fait normal et sain, selon une récente enquête. Les comportements masturbatoires seraient notamment observés plus fréquemment chez les oiseaux sauvages, suggérant qu’ils font partie de leur répertoire comportemental naturel et que tenter de les décourager pourrait causer plus de dommages que de bénéfices.

Les comportements non reproductifs, tels que l’accouplement pendant la gestation ou entre individus du même sexe et la masturbation, sont fréquents dans le règne animal. Chez les oiseaux, la masturbation se produit par exemple par frottement du cloaque (l’orifice servant à la fois à la reproduction, à la défécation et à la miction) contre un objet et s’accompagne de vocalisations et de battements d’ailes spécifiques.

Compte tenu de la fréquence de ces comportements chez les animaux, des débats évolutionnistes ont émergé quant à la raison pour laquelle ils se manifestent alors qu’ils ne semblent, a priori, pas représenter d’avantage évolutif. Diverses théories ont été avancées telles que celles de l’exutoire sexuel : la masturbation serait un sous-produit des mécanismes neuroendocriniens induisant une excitation sexuelle accrue.

D’autres théories avancent qu’il pourrait s’agir d’un comportement adaptatif visant par exemple à renouveler le sperme et à disposer de sperme de meilleure qualité pour augmenter les chances de fécondation lorsque l’occasion de s’accoupler se présente. Cela n’explique cependant pas la présence de comportements de masturbation chez les femelles.

Compte tenu de ces incertitudes, certains éleveurs et vétérinaires ont pensé pendant longtemps que la masturbation pourrait être une réponse au stress lié à la captivité et au contact limité avec d’autres individus, en particulier chez les oiseaux. En conséquence, les vétérinaires conseillent souvent aux éleveurs et propriétaires d’oiseaux de décourager ces comportements quitte à recourir à des mesures drastiques telles que la castration et les traitements hormonaux.

Une étude parue récemment dans la revue Ecology and Evolution remet cependant cette idée en question, notamment en suggérant que la masturbation figure parmi les comportements sexuels naturels chez les oiseaux, y compris ceux à l’état sauvage.

« Le fait que la masturbation semble encore plus fréquente chez les oiseaux sauvages que chez ceux en captivité a des implications majeures pour leur bien-être – d’autant plus que les pratiques d’élevage traditionnelles conseillent souvent aux éleveurs de décourager ou de punir ce comportement, allant parfois jusqu’à recourir à la chirurgie et aux traitements hormonaux », explique Matilda Brindle, biologiste évolutionniste à l’Université d’Oxford et co-auteure de l’étude, dans un communiqué.

« La masturbation n’est pas une conséquence pathologique ou anormale de la captivité ; elle fait partie intégrante d’une sexualité saine », affirme-t-elle.

Plus fréquente chez les oiseaux à l’état sauvage

Pour effectuer leur analyse, Brindle et ses collègues ont compilé des données provenant de la littérature scientifique et de témoignages d’éleveurs et de propriétaires d’oiseaux. Les données de ces derniers ont été recueillies par le biais d’enquêtes et forums en ligne. Au total, les chercheurs ont rassemblé des données portant sur 120 espèces d’oiseaux appartenant à 22 grands groupes, en captivité et à l’état sauvage.

En décryptant la fréquence et les origines évolutives potentielles de la masturbation chez les oiseaux, les chercheurs ont constaté qu’elle est plus répandue qu’on ne le supposait chez de nombreuses espèces (perroquets, canards, dindes, poulets, etc.) et était inscrite dans un répertoire plus large de comportements sexuels. Les données ont notamment révélé qu’elle est plus fréquente chez les oiseaux vivant en milieux sauvages et chez ceux élevés par leurs parents, suggérant qu’elle est naturelle et pourrait avoir une origine évolutive ancienne.

« Malgré les idées reçues selon lesquelles la masturbation chez les oiseaux captifs comme les perroquets serait due à leur vie souvent solitaire, notre étude révèle qu’elle est naturelle, saine et répandue chez diverses espèces d’oiseaux, même dans des environnements différents », explique Chloe Heys, maître de conférences à l’École de pharmacie et de sciences biomédicales de l’Université du Lancashire et auteure principale de l’étude.

Bien que les mâles se masturbent plus fréquemment que les femelles, le comportement est bien présent chez les deux sexes : 55 % des observations chez les mâles, contre 36 % chez les femelles. D’autre part, le comportement a été observé presque aussi fréquemment chez les jeunes que chez les adultes (100 % et 97 % respectivement).

« Ces recherches viennent s’ajouter à un corpus de travaux de plus en plus important qui souligne que les comportements sexuels non reproductifs se produisent dans tout le règne animal, et pas seulement chez l’homme », indique Brindle.

Ces résultats pourraient avoir des implications pour les efforts d’amélioration du bien-être animal et pourraient également contribuer à l’efficacité des programmes de reproduction et des efforts de conservation des espèces menacées.

Source : Ecology and Evolution

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