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Archéologie & Paléontologie 6 min de lecture

Mal identifié pendant 40 ans, ce fossile serait en réalité le premier dinosaure découvert en Antarctique

Valisoa Rasolofo 2 juillet 2026
premier-dinosaure-antarctique-couv Représentation artistique de la vie d'un sauropode antarctique. | Andrew McAfee, Musée d'histoire naturelle Carnegie

Un fragment de vertèbre fossilisé découvert en Antarctique en 1985 s’avère être le premier os de sauropode jamais retrouvé sur le continent, selon une récente étude. Alors que le fragment avait été identifié par erreur comme appartenant à un reptile marin, des analyses approfondies ont montré qu’il appartiendrait plutôt à un titanosaure et constituerait désormais le premier fossile de dinosaure découvert en Antarctique.

L’Antarctique était encore relié ou très proche de l’extrémité méridionale de l’Amérique du Sud, à la fin du Crétacé, il y a 66 millions d’années, et foisonnait alors de vie. Les températures n’y étaient pas encore aussi extrêmes qu’aujourd’hui, permettant la survie de forêts tempérées luxuriantes et d’une faune diversifiée. Les concentrations atmosphériques de CO₂ étaient nettement plus élevées qu’aujourd’hui, notamment en raison d’un volcanisme global intense.

Même si la durée des jours variait considérablement au cours de l’année en raison de sa situation très australe, plongeant le continent dans la pénombre durant les mois d’hiver, la vie y était florissante. La flore était dominée par les fougères, les palmiers et les conifères, semblables aux forêts que l’on retrouve aujourd’hui sur l’île de Tasmanie.

La faune, quant à elle, était composée d’une diversité de dinosaures tels que les petits herbivores comme le Morrosaurus, des ankylosaures cuirassés, tels que l’Antarctopelta, ainsi que des prédateurs bipèdes, comme l’Imperobator.

Malgré cette diversité, très peu de fossiles de dinosaures ont été découverts en Antarctique et le continent reste celui avec le plus faible nombre de dinosaures identifiés, son immense couverture de glace rendant les recherches paléontologiques difficiles. On n’en dénombre jusqu’ici qu’environ six espèces différentes, mais le nombre réel est probablement plus élevé.

L’os de sauropode identifié récemment par une équipe du Musée d’histoire naturelle de Londres serait non seulement le deuxième du genre découvert en Antarctique, mais il s’agit seulement du deuxième os de sauropode identifié sur le continent, tout en étant le premier découvert chronologiquement, puisqu’il a été exhumé dès 1985.

« Croyez-le ou non, c’est le premier fragment de dinosaure jamais découvert en Antarctique », explique dans un billet de blog Paul Barrett, l’un des chercheurs spécialisés en dinosaures et en sauropodes du musée, qui a participé à l’identification du fossile. « Il est passé inaperçu, probablement à cause d’une erreur d’identification due aux conditions de terrain difficiles, mais il s’agit d’un sauropode et c’est seulement le deuxième os de sauropode découvert sur tout le continent. »

Une vertèbre oubliée pendant près de quarante ans

Le fossile a été exhumé en 1985 lors d’une expédition britannique en Antarctique dans la formation de Santa Marta, sur l’île James Ross, située au sud-est de la péninsule Antarctique, la partie du continent qui s’étend vers l’Amérique du Sud. Lors des fouilles, le fossile, un fragment de vertèbre, a été trouvé parmi de nombreux fossiles de reptiles marins dans une couche de roche datant d’environ 82 millions d’années. Cela a conduit à une confusion initiale, l’os ayant été identifié comme appartenant à un reptile marin.

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Le carnet de terrain géologique de 1985 appartenant au Dr Mike Thomson, du British Antarctic Survey, à côté de la toute première vertèbre fossile de dinosaure qu’il a découverte en Antarctique. © British Antarctic Survey

Les analyses supplémentaires de Barrett et ses collègues ont identifié l’os comme appartenant au groupe des Titanosauria, qui comprend les plus grands dinosaures ayant jamais foulé la Terre, pouvant atteindre notamment plus de 15 tonnes. Le sauropode à qui appartenait la vertèbre mesurerait entre 6 et 7 mètres de long, mais les chercheurs n’ont pas pu déterminer s’il s’agissait d’un juvénile ou d’un adulte à partir d’un seul échantillon d’os.

Il présente en outre de fortes similitudes avec un dinosaure d’Amérique du Sud appelé Muyelensaurus, mais il est impossible de déterminer s’il s’agit de la même espèce ou d’un proche parent, d’après l’étude publiée dans la revue Acta Palaeontologica Polonica.

Ce qui est néanmoins certain, c’est sa datation. « Il provient très précisément d’une période du Crétacé supérieur appelée Campanien, et plus précisément de la partie inférieure de cette période », explique Barrett dans le billet de blog du musée. « Sa datation est très précise car il provient de roches marines. La vertèbre a été trouvée à proximité de fragments d’ammonite ; il s’agit donc d’un animal qui aurait dérivé en mer après sa mort, peut-être emporté par une rivière. »

Un indice sur les routes migratoires des titanosaurs

L’identification formelle du dinosaure auquel appartenait la vertèbre apporte également de nouveaux indices quant à la compréhension de la dispersion des dinosaures à travers les continents de l’hémisphère sud. En effet, si des sauropodes ont été découverts en Australie, aucun titanosaure n’y a encore été découvert, à ce jour, alors même que certains d’entre eux ont été exhumés en Nouvelle-Zélande.

Il faut savoir que l’Australie et la Nouvelle-Zélande étaient, à l’époque, éloignées l’une de l’autre, la Nouvelle-Zélande ayant notamment été plus proche de l’Antarctique en raison du mouvement des continents. « La confirmation de la présence de ces animaux en Antarctique laisse penser qu’ils ont ensuite migré vers ces régions qui étaient reliées entre elles », explique Barrett dans un communiqué du British Antarctic Survey.

« Il y avait donc une région à l’extrémité ouest de l’Antarctique, où se trouvaient la pointe sud de l’Amérique du Sud, la péninsule antarctique et l’ancien continent de Zealandia, le tout dans la même zone générale. » Davantage de fossiles seront toutefois nécessaires pour confirmer ces hypothèses et identifier avec plus de précision l’espèce de titanosaure qui évoluait en Antarctique.

Source : Acta Palaeontologica Polonica

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