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Planète & Environnement 5 min de lecture

Des marées noires menacent le golfe Persique après les frappes visant des installations pétrolières

Valisoa Rasolofo 29 avril 2026
marees-noires-golfe-persique-couv Les marées noires sont visibles depuis l'espace dans le golfe Persique en raison des frappes aériennes iraniennes et israélo-américaines dans la région. | Copernicus Sentinel-2/ESA

Des images satellites capturées au cours du mois d’avril révèlent d’importantes marées noires qui envahissent le golfe Persique. Ces marées noires semblent directement liées aux frappes aériennes iraniennes et américano-israéliennes qui ont ciblé des installations pétrolières et des pétroliers dans toute la région. Ces épanchements de pétrole pourraient avoir des conséquences dévastatrices sur l’écosystème marin du golfe et les millions de personnes qui en dépendent.

Les marées noires constituent une menace importante à la fois écologique et socio-économique. Elles impactent la vie marine de manière directe en recouvrant les animaux de substances visqueuses imprégnées de pétrole brut. Les animaux comme les oiseaux et les mammifères marins s’y enlisent et risquent la noyade, ou perdent la perméabilité de leur plumage ou de leur fourrure et peuvent mourir d’hypothermie ou d’asphyxie.

Le pétrole provoque aussi des empoisonnements lorsqu’il est ingéré par les animaux essayant de se nettoyer. Les nappes d’hydrocarbures étouffent en outre les herbiers marins et les mangroves, empêchant la photosynthèse et provoquant leur dépérissement. Sur le long terme, ces substances infiltrent les sédiments et contaminent les fonds marins qui abritent de nombreux organismes vivants.

Ces impacts provoquent des effets en cascade sur l’ensemble de l’écosystème marin, notamment en impactant la chaîne alimentaire et en provoquant des mortalités massives. La marée noire provoquée par la guerre du Golfe de 1991 et attribuée au déversement de 6 à 8 millions de barils de pétrole brut dans le golfe Persique par les forces irakiennes, a par exemple blessé ou tué environ 114 000 animaux, selon les estimations, dont des oiseaux, des tortues, des dauphins et des baleines.

Un écosystème d’exception fragilisé par des pollutions répétées

Le golfe Persique abrite en effet une biodiversité riche et des écosystèmes complexes et fragiles tels que les mangroves et les récifs coralliens. Le golfe est l’un des rares habitats naturels des dugongs (Dugong dugong) et l’un des rares habitats de la baleine à bosse de la mer d’Arabie (Megaptera novaeangliae). On y trouve aussi des espèces migratrices comme le requin-baleine (Rhincodon typus), les tortues vertes (Chelonia mydas) et les tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata).

Les marées noires qui contaminent actuellement le golfe Persique ont été capturées par le satellite Copernicus Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne (ESA). L’une des images, prise le 10 avril, montre le pétrole se déversant dans les eaux au large de l’île iranienne de Lavan et se dirigeant dangereusement vers l’île de Shidvar, une réserve naturelle surnommée les « Maldives iraniennes ».

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Des satellites ont capturé des images de déversements de pétrole près de l’île iranienne de Qeshm les 18 mars, 2 avril et 7 avril 2026. © Copernicus Sentinel-2/ESA

Une autre image, capturée le 6 avril, montrant une nappe de pétrole se déversant depuis le port koweïtien de Shuaiba, situé à environ 50 kilomètres au sud de Koweït City. Cette date correspond avec le moment où l’Iran a déclaré avoir ciblé des installations énergétiques et pétrochimiques dans les pays du Golfe le 5 avril. Les 18 mars, 2 avril et 7 avril, d’importantes marées noires ont également contaminé le détroit d’Ormuz, au large de l’île iranienne de Qeshm, qui abrite des infrastructures militaires et civiles essentielles.

Ces marées risquent non seulement d’impacter la vie marine du golfe, mais également les systèmes de filtration des usines de dessalement, qui fournissent de l’eau potable à près de 100 millions de personnes dans la région, selon CNN. Les nappes de pétrole s’étendent également sur plus de 8 kilomètres au large de l’île de Qeshm, ce qui peut impacter les ressources halieutiques dont dépendent des milliers de riverains pour leurs revenus et leur alimentation.

Des infrastructures stratégiques aux équilibres vitaux menacés

Mais l’une des principales préoccupations environnementales serait la marée noire provenant de l’île de Lavan en raison de sa proximité avec l’île de Shidvar. Cette île corallienne abrite de nombreuses colonies d’oiseaux marins et constitue un site de ponte pour les tortues marines. Or, d’après un expert interrogé par CNN, au moins cinq sites sur l’île de Lavan ont été touchés par les forces américano-israéliennes, dont une raffinerie de pétrole.

« En raison du conflit, il est peu probable que les marées noires existantes soient nettoyées à temps pour éviter les pires conséquences », estime Nina Noelle, porte-parole de Greenpeace Allemagne, à CNN.

Par ailleurs, si l’ampleur exacte des impacts de ces marées noires est pour le moment incertaine, d’autres pourraient encore survenir si les acteurs du conflit qui secoue la région persistent à cibler les pétroliers. À l’heure actuelle, des dizaines de pétroliers, chargés au total d’environ 20 milliards de litres de pétrole brut sont encore bloqués dans le golfe Persique, dans l’attente de pouvoir franchir le détroit d’Ormuz et pourraient potentiellement constituer des cibles faciles.

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