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Une minuscule pieuvre bleue aux allures d’extraterrestre découverte dans les profondeurs des Galápagos

Valisoa Rasolofo 26 mai 2026
pieuvre-bleue-extraterrestre-galapagos-couv Microeledone galapagensis, la nouvelle espèce de pieuvre découverte dans les grands fonds marins des Galâpagos. | Fondation Charles Darwin

Une nouvelle espèce de pieuvre des profondeurs a été découverte dans les eaux des îles Galápagos, au large des côtes de l’Équateur. Baptisée Microeledone galapagensis, cette petite pieuvre bleue, à peine plus grande qu’une balle de golf, vit à plus de 1 700 mètres de profondeur. Sa découverte témoigne non seulement de la biodiversité exceptionnelle de l’archipel, mais montre également à quel point les écosystèmes océaniques demeurent encore largement méconnus.

Situé à environ 1 100 kilomètres des côtes de l’Équateur, dans le nord-est du Pacifique sud, l’archipel des Galápagos est réputé pour sa biodiversité, qui a contribué aux travaux de Charles Darwin sur l’évolution et la sélection naturelle. Le naturaliste britannique y étudia la diversité des espèces lors de son voyage en 1835, avant de publier, en 1859, De l’origine des espèces, ouvrage fondateur de la théorie de l’évolution.

Aujourd’hui encore, l’archipel continue de fasciner les biologistes du monde entier en raison de son fort taux d’endémisme malgré la taille relativement réduite du territoire. On y recense des centaines d’espèces végétales et animales introuvables ailleurs sur la planète, parmi lesquelles les iguanes terrestres (Conolophus subcristatus) et marins (Amblyrhynchus cristatus), les tortues géantes des Galápagos, les requins (Carcharhinus galapagensis) ou encore les otaries des Galápagos (Zalophus wollebaeki).

Dans un article récemment publié dans la revue Zootaxa, un groupe international de biologistes rapporte la découverte d’une nouvelle espèce de pieuvre aux Galápagos à la suite d’une expédition marine.

« J’ai tout de suite su que c’était quelque chose de vraiment exceptionnel », a déclaré Janet Voight, conservatrice émérite des invertébrés au Field Museum de Chicago et auteure principale de l’étude décrivant la nouvelle espèce. « Je n’avais jamais rien vu de pareil », s’est-elle enthousiasmée.

Un spécimen apperçu à plus de 1 700  m de profondeur

Mis à part les iguanes marins, les eaux des Galápagos abritent des centaines d’espèces, dont près de 300 espèces de poissons. La pieuvre nouvellement découverte a été aperçue pour la première fois en 2015 lors d’une expédition en eaux profondes menée par le navire de recherche E/V Nautilus, près de l’île Darwin, dans l’extrémité nord de l’archipel.

Afin de pouvoir l’observer, l’équipage du navire a utilisé un robot submersible télécommandé, équipé d’une caméra permettant de scanner le fond marin en temps réel. Le robot a repéré la pieuvre alors qu’elle se déplaçait au-dessus du fond marin, à 1 773 mètres de profondeur. Deux autres spécimens ont ensuite été filmés au cours de l’expédition et les chercheurs ont, depuis, collecté des dizaines de spécimens appartenant à cette même espèce afin de les analyser à la Station de recherche Charles Darwin.

Cependant, incertains de l’identification de l’espèce, les chercheurs sur place ont dû envoyer un spécimen conservé dans une solution d’alcool et de formol au laboratoire du Field Museum, à Chicago, pour des analyses plus poussées. Les chercheurs ne souhaitaient toutefois pas disséquer cet unique spécimen de référence destiné aux analyses anatomiques détaillées.

« Lorsqu’on décrit une nouvelle espèce de pieuvre, il faut examiner toutes ses parties, notamment la bouche, le bec et les dents. Et pour cela, il faut disséquer le spécimen. Nous n’avions qu’un seul spécimen, alors je ne voulais pas le disséquer », explique Janet Voight.

La tomographie au rayon X pour les spécimens rares

Pour analyser l’ensemble de l’anatomie de la pieuvre, les chercheurs se sont donc tournés vers la tomographie à rayons X. Cette technique permet d’effectuer des milliers de coupes radiographiques, ensuite compilées numériquement afin de créer un modèle de l’intérieur et de l’extérieur du spécimen.

Elle permet ainsi d’obtenir un aperçu de l’intérieur du spécimen sans avoir besoin de le disséquer. « Comme l’imagerie par tomodensitométrie est non destructive, elle est particulièrement importante pour les spécimens types comme celui-ci », explique Stephanie Smith, responsable du laboratoire de tomographie par rayons X du Field Museum et coauteure de l’étude.

L’équipe a ainsi pu obtenir des détails précis sur les organes internes de la pieuvre, ce qui leur a permis de la classifier comme une nouvelle espèce. « Ce qui m’a vraiment frappé, c’est que le scan de la petite pieuvre a révélé une quantité incroyable d’informations sur ses organes internes. Habituellement, l’imagerie des tissus mous par microtomographie nécessite l’utilisation d’agents de contraste à base de métaux lourds, dont l’emploi serait inapproprié pour un spécimen aussi rare. Cela a rendu la modélisation 3D des organes concernés extrêmement facile », explique Alexander Ziegler, chercheur à l’université de Bonn, en Allemagne, et également coauteur de l’étude.

L’identification taxonomique formelle des espèces est essentielle à leur conservation. Dans le contexte actuel de crise de la biodiversité, de nombreuses espèces encore inconnues, en particulier marines, pourraient disparaître avant même d’avoir été formellement décrites. Cette découverte pourrait également contribuer à une meilleure compréhension de la grande diversité et de l’évolution des pieuvres, qui leur ont permis de coloniser presque tous les habitats marins.

Source : Zootaxa

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