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Des miroirs géants pour éclairer la Terre depuis l’espace : les États-Unis donnent leur feu vert malgré les critiques

Valisoa Rasolofo 21 juillet 2026
projet-miroir-geant-etats-unis-couv | Unsplash

Un réseau géant de miroirs spatiaux destiné à réfléchir la lumière du Soleil vers la Terre vient d’être approuvé par la Commission fédérale des communications des États-Unis (FCC), dans le but d’exploiter l’énergie solaire à la demande. La start-up à l’origine du projet ambitionne de déployer 50 000 miroirs en orbite d’ici 2035, avec pour objectif affiché d’atteindre une luminosité équivalente à celle du zénith dans certaines régions et n’importe quand. Le projet a été approuvé malgré la ferme opposition des astronomes et des inquiétudes soulevées en matière de sécurité et de santé publique.

Les projets spatiaux en orbite terrestre basse deviennent toujours plus extravagants. Si seuls quelques centaines de satellites occupaient cet espace, il y a seulement quelques années, on y compte désormais plusieurs milliers de satellites, le réseau Starlink de SpaceX comprenant à lui seul plus de 10 000 satellites opérationnels.

En février, SpaceX a déposé une demande pour déployer un million de satellites supplémentaires destinés à des centres de données d’IA en orbite. Il s’agit toutefois d’un projet proposé et non d’un programme déjà validé. Cela représente 40 fois plus de satellites que le nombre total jamais déployé, le tout destiné à une technologie qui n’a encore jamais été testée dans l’espace.

Pour attirer les investisseurs, les entreprises comme SpaceX proposent des services jusque-là inhabituels, comme la publicité spatiale, des hôtels pour milliardaires, des pluies de météores artificielles, des inhumations spatiales pour les cendres des défunts, etc. Les projets deviennent si extravagants que la FCC a publié récemment un document intitulé « Abondance de spectre pour des applications spatiales insolites ».

« Ce qui relevait autrefois de la science-fiction est aujourd’hui transformé par des entreprises américaines qui modernisent, déplacent et entretiennent des satellites ; fabriquent des produits pharmaceutiques dans l’espace ; construisent des vaisseaux spatiaux habitables privés ; et mènent des missions robotiques privées à la surface de la Lune », peut-on lire dans ce document.

Le projet de miroirs spatiaux de la start-up Reflect Orbital est le dernier en date à avoir été approuvé par la FCC, suscitant toujours plus d’inquiétudes du côté des astronomes et d’autres scientifiques, ainsi que du public.

« Ce projet soulève de nombreux problèmes, notamment en ce qui concerne les impacts que ces satellites auront sur la santé et la sécurité humaines, ainsi que sur l’astronomie et l’environnement terrestre bas », expliquent dans un article d’opinion paru dans The Conversation, Samantha Lawler, professeur agrégé d’astronomie à l’Université de Regina et Aaron Boley, professeur de physique et d’astronomie à l’Université de la Colombie-Britannique.

Un démonstrateur avant un déploiement à grande échelle

Suite à l’approbation de la FCC, Reflect Orbital prévoit d’abord de lancer un premier satellite appelé Eärendil-1, d’ici la fin de l’année à 625 kilomètres d’altitude. De la taille d’un mini-réfrigérateur, ce satellite déploiera un miroir de la taille d’un court de tennis, mais 28 fois plus fin qu’un cheveu. Le miroir sera ensuite orienté de manière à réfléchir et à concentrer la lumière du Soleil vers plusieurs sites d’essai.

Le premier miroir éclairera une zone d’environ 24 kilomètres carrés à la surface de la Terre et nécessitera un réalignement toutes les quatre minutes. La lumière pourra également être éteinte à la demande. « Ce premier satellite servira de banc d’essai et nous permettra de démontrer comment nous pouvons contribuer positivement au monde sans projeter de lumière là où personne ne le souhaite », explique Ben Nowack, cofondateur et PDG de Reflect Orbital, à la revue Nature.

D’autre part, l’équipe a déjà développé des centaines de prototypes de miroirs, avec pour objectif à terme 50 000 miroirs en orbite d’ici 2035 qui fourniraient de l’énergie solaire à la demande, même la nuit. Ces satellites seront, selon l’entreprise, utilisés pour l’agriculture, les interventions d’urgence et d’autres secteurs industriels.

Le déploiement de ces satellites nécessitera une coordination minutieuse avec les autres entreprises et agences spatiales, ainsi qu’avec les observatoires astronomiques terrestres. À l’heure actuelle, toute entreprise souhaitant lancer un satellite en orbite terrestre basse doit déjà se coordonner directement avec SpaceX au risque de collision avec ses satellites Starlink. Les lancements d’Artemis I en 2022 et d’Artemis II en 2026 comportaient d’ailleurs déjà de petites fenêtres de tir « évitantes » dans leur calendrier de lancement afin d’éviter les satellites Starlink.

« La coordination est une bonne chose. L’imposer sous prétexte qu’une entreprise occupe de facto l’orbite terrestre basse ne l’est pas », soulignent Lawler et Boley. « En effet, le Traité de l’espace extra-atmosphérique de 1967, signé par plus de 100 pays, dont les États-Unis, la Chine et la Russie, stipule que « l’espace extra-atmosphérique ne peut faire l’objet d’une appropriation nationale par revendication de souveraineté, par utilisation ou par occupation ». »

Alors que certains juristes estiment que cette concentration de satellites soulève des questions au regard de l’esprit du Traité de l’espace extra-atmosphérique, le déploiement de projets de grande envergure comme celui de Reflect Orbital pourrait accentuer ces difficultés.

Des préoccupations scientifiques et réglementaires persistantes

D’autre part, ces projets vont à l’encontre des avis et des recommandations des astronomes. Un récent rapport a souligné que les mégaconstellations de satellites pourraient rendre inutilisables la majorité des images des télescopes spatiaux d’ici 2030, en raison des traînées lumineuses qu’ils laissent sur les images.

D’après Lawler et Boley, non seulement la FCC a accepté la demande de SpaceX pour le déploiement d’un million de satellites, mais elle l’a fait avec une rapidité inédite. Les scientifiques n’ont alors disposé que 30 jours pour modéliser les effets sur leurs travaux avec des informations incomplètes sur les masses, les tailles, les compositions et les distributions orbitales.

Selon certains chercheurs, les flashs émis par les miroirs lorsqu’ils doivent être réalignés pourraient aussi perturber les pilotes d’avion et de vaisseaux spatiaux. Créer, dans la zone ciblée par le faisceau, une luminosité équivalente à celle émise par le Soleil lorsqu’il est au zénith pourrait aussi perturber les rythmes circadiens des plantes, des animaux et des humains.

En réponse à ces préoccupations, la FCC a indiqué que « les risques de préjudice mentionnés dans le dossier concernant le réflecteur solaire de Reflect Orbital ne sont pas liés au rôle de la Commission dans l’autorisation de l’utilisation du spectre radiofréquence. » De son côté, Reflect Orbital a assuré que le contrôle précis des faisceaux des miroirs afin d’éviter toute lumière parasite constitue une priorité depuis le début de la mission.

Ces réponses ne dissipent toutefois pas les inquiétudes exprimées par les chercheurs concernant les risques potentiels de ces projets. « Bien que nombre de ces projets prétendent résoudre les problèmes environnementaux en créant de l’énergie propre ou en la captant dans l’espace, ils constituent en réalité une forme d’écoblanchiment », concluent le duo d’experts.

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