Un patient de 66 ans atteint d’insuffisance rénale terminale a vécu 271 jours sans dialyse grâce à un rein de porc génétiquement modifié, avant de recevoir une transplantation rénale humaine. Il s’agit du plus long fonctionnement rapporté d’un rein de porc transplanté chez un humain vivant, et de la première xénogreffe rénale porcine à avoir servi de « pont » vers une transplantation humaine réussie. Ces résultats suggèrent que la xénogreffe porcine pourrait constituer une alternative transitoire pour certains patients en attente d’une transplantation rénale humaine.
La transplantation rénale offre généralement de meilleures perspectives de survie et de qualité de vie que la dialyse chez les patients atteints d’insuffisance rénale terminale. Si les patients peuvent survivre grâce à la dialyse et à des traitements spécifiques, la transplantation reste, chez les patients éligibles, généralement associée à de meilleures perspectives de survie et de qualité de vie que la dialyse.
L’approche est cependant limitée par une pénurie d’organes : la demande dépasse largement l’offre, non seulement pour les dons de reins, mais également pour les dons d’organes en général. Une partie des patients décèdent ainsi avant de pouvoir bénéficier d’une transplantation. Rien qu’aux États-Unis, par exemple, plus de 100 000 patients sont en attente d’un don d’organe.
Pour pallier cette pénurie d’organes, la transplantation d’organes de porcs est explorée depuis plusieurs décennies, notamment en raison de leurs fonctions physiologiques et de leur taille compatible avec l’organisme humain. Des avancées ont été réalisées dans ce domaine, en particulier grâce aux techniques d’édition génétique permettant de supprimer les gènes associés au rejet de greffe hyperaigu ou d’insérer des gènes humains afin d’améliorer la compatibilité des xénogreffes.
Des essais précliniques et cliniques ont permis de transplanter des cœurs, des reins, un poumon et un foie de porc chez des sujets vivants ou en état de mort cérébrale. La première transplantation de reins de porcs chez un humain vivant a cependant échoué après 52 jours, le patient décédant à la suite de problèmes cardiaques sans lien avec la transplantation.
L’un des objectifs des xénotransplantations porcines est de servir de solution transitoire en attendant une transplantation humaine. L’étude du Mass General Brigham est la première à démontrer une survie de plus de deux mois chez un patient ayant reçu une xénogreffe rénale porcine.
« La pénurie d’organes représente la plus grande crise actuelle en matière de transplantation. Nous savons que la transplantation est le meilleur traitement pour les patients atteints d’insuffisance rénale terminale, mais nous ne disposons tout simplement pas d’un nombre suffisant d’organes humains pour réaliser des transplantations en temps opportun », explique dans un communiqué Leonardo Riella, auteur principal de l’étude et membre du Centre des sciences de la transplantation et du service de néphrologie du Mass General Brigham.
« Nous envisageons que la xénogreffe puisse contribuer à combler ce manque : dans un premier temps, comme solution transitoire permettant aux patients de se sevrer de la dialyse en attendant un rein de donneur humain ; et potentiellement, une fois son innocuité et sa durabilité à long terme établies, comme traitement définitif à part entière. »
Une survie améliorée par la xénotransplantation
Tim Andrews, le patient ayant bénéficié de la xénotransplantation de rein de porc, souffrait d’une insuffisance rénale terminale due à un diabète de type 2. Il n’avait que 9 % de chances de recevoir un rein humain dans les cinq ans et un risque de plus de 40 % de décéder pendant cette durée d’attente ou d’être retiré de la liste d’attente pour les dons d’organes.
Afin de lui fournir un rein, une truie nommée Wilma a subi 69 modifications génétiques, certaines visant à contrer les virus susceptibles de présenter un risque pour l’homme, tandis que d’autres visaient à améliorer la compatibilité de l’organe avec l’organisme humain, réduisant ainsi les risques de rejet immunitaire.
D’après les résultats détaillés dans la revue The Lancet, le rein a fonctionné immédiatement après la transplantation. Un léger épisode de rejet immunitaire à médiation cellulaire T a été observé, mais a été résolu rapidement par traitement immunosuppresseur. Aucune transmission d’agent pathogène porcin n’a non plus été détectée et Andrews a pu se passer de dialyse pendant 271 jours.
Toutefois, après environ six mois, l’immunosuppression a dû être réduite en raison d’une infection. Des lésions vasculaires et une inflammation sont ensuite apparues au niveau du rein transplanté, évoluant vers une défaillance de l’organe. Le rein a été retiré après neuf mois, après une défaillance de l’organe, et le patient a dû reprendre la dialyse.
La plus longue survie sans dialyse avec un rein de porc
Il s’agit néanmoins, selon les chercheurs, de la plus longue survie sans dialyse après la transplantation d’un rein de porc chez un humain vivant. Quelques mois plus tard, le patient a reçu un rein provenant d’un donneur humain décédé, qui a fonctionné avec succès au cours des six mois suivants. Aucun nouvel anticorps dirigé contre les tissus du donneur n’a notamment été détecté, ce qui suggère que la xénotransplantation n’a pas compromis le succès de la transplantation rénale humaine.
Ces résultats proviennent toutefois d’un cas isolé et ont nécessité une sélection rigoureuse de patients et des soins spécialisés difficilement disponibles dans tous les hôpitaux. Évaluer l’efficacité réelle de la procédure nécessitera davantage de travaux sur une cohorte plus large de patients.




