Une nouvelle épidémie d’Ebola aurait circulé sans être détectée pendant des semaines, voire des mois, en République démocratique du Congo (RDC), selon les autorités sanitaires. Provoquée par le virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe à ce jour ni vaccin ni traitement spécifique, la maladie a déjà causé plus de 80 décès, dont plusieurs professionnels de santé. Alors que le pays est confronté à des conflits armés et à d’autres épidémies, l’OMS a déclaré l’épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).
La maladie à virus Ebola est provoquée par un groupe de virus appartenant au genre Orthoebolavirus. On a identifié à ce jour six espèces distinctes, dont trois sont connues pour provoquer d’importantes épidémies : le virus Ebola (EBOV), ou virus Ebola Zaïre, responsable de la maladie à virus Ebola (MVE), le virus Soudan (SUDV), responsable de la maladie à virus Soudan (SVD), et le virus Bundibugyo (BDBV), responsable de la maladie à virus Bundibugyo (BVD).
Il s’agit d’une maladie zoonotique qui se transmet à l’être humain par contact étroit avec les fluides et autres sécrétions d’animaux infectés (chauves-souris, gorilles, porcs-épics, etc.), ou par contact direct avec des personnes contaminées ou des surfaces infectées. Le temps d’incubation varie de deux à vingt et un jours avant l’apparition des symptômes.
Bien que la maladie soit qualifiée de fièvre hémorragique, les saignements demeurent relativement moins fréquents et surviennent généralement aux stades avancés. Les premiers symptômes incluent de la fièvre, de la fatigue, des douleurs musculaires et des maux de tête, qui peuvent être confondus avec ceux de la grippe.
Ils sont ensuite suivis de vomissements, de diarrhées, de douleurs abdominales, d’éruptions cutanées et de signes d’insuffisance rénale et hépatique. Les patients les plus gravement affectés peuvent présenter des hémorragies internes et externes, notamment la présence de sang dans les selles ou les vomissements, ainsi que des saignements des gencives ou vaginaux.
Une flambée épidémique aggravée par les déplacements de population
Aux dernières informations disponibles, au moins huit cas ont été confirmés en laboratoire en RDC, tandis que plus de 246 cas suspects ont été recensés, selon les données communiquées par l’OMS au 16 mai. Des cas importés depuis la RDC ont également été signalés dans des pays voisins, notamment en Ouganda, en raison des déplacements fréquents de personnes infectées. Les deux pays ont officiellement déclaré la semaine dernière des foyers épidémiques liés au virus Bundibugyo.
Compte tenu du risque élevé de propagation transfrontalière, « le Directeur général de l’OMS considère que l’événement répond aux critères de la définition d’une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) », indique un récent communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
D’après le rapport de l’OMS, l’épidémie a été signalée pour la première fois dans la province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, chez un professionnel de santé qui a présenté de la fièvre, des vomissements et des saignements le 24 avril, avant de décéder quelques jours plus tard.
L’épidémie s’est ensuite propagée rapidement dans les provinces voisines ainsi qu’en Ouganda. Les deux cas signalés dans le pays concernaient des personnes infectées ayant voyagé depuis la RDC. Signalés à vingt-quatre heures d’intervalle, les 15 et 16 mai, ces deux patients n’avaient aucun lien de parenté. Tous deux ont été admis en soins intensifs à Kampala, mais l’une d’elles est décédée.
Un système de santé fragilisé par les conflits
Le nombre réel de cas reste toutefois probablement sous-estimé, en raison à la fois du temps d’incubation du virus et de l’instabilité persistante dans le pays, qui complique la prise en charge des patients ainsi que la détection des cas précoces et suspects.
Les conflits qui ravagent actuellement la RDC ont probablement contribué à la propagation de la maladie. « Il s’agit d’une population très mobile qui tente d’échapper au conflit », explique ainsi Siouxsie Wiles, microbiologiste à l’Université d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, dans les colonnes de la revue Nature.
Par ailleurs, au moins quatre décès de personnels soignants issus du même hôpital ont été signalés, laissant penser que le virus circule également en milieu hospitalier. Une situation qui fragilise davantage encore le système sanitaire du pays, déjà confronté à d’autres épidémies, comme le mpox, et favorise la propagation de l’épidémie.
Un laboratoire en RDC a confirmé, le 15 mai, que la nouvelle épidémie est attribuée au virus Bundibugyo (BDBV), responsable de la maladie à virus Bundibugyo (BVD), dont le taux de mortalité historique se situe entre 30 % et 50 %.
Avant cette flambée, seules deux autres épidémies dues à cette espèce avaient été recensées : la première, signalée en 2007 dans le district de Bundibugyo, en Ouganda ; la seconde, en 2012, en RDC.
Il n’existe actuellement ni traitement ni vaccin spécifique contre cette espèce virale. La plupart des tests de diagnostic précoce et des vaccins ciblent en effet le virus Ebola Zaïre, plus répandu. Certains vaccins contre le virus Bundibugyo sont toutefois en cours de développement, mais demeurent encore au stade préclinique.
En attendant la mise en place de mesures plus adaptées, l’OMS appelle à renforcer la coopération internationale afin d’évaluer plus précisément l’ampleur de l’épidémie, de coordonner les efforts de surveillance et de prévention, et de consolider les capacités de réponse sanitaire.




