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Objectif Lune : la NASA détaille les prochaines étapes de sa future base habitée

Valisoa Rasolofo 29 mai 2026
nasa-base-lunaire-couv Illustration artistique des astronautes, des habitats, des rovers, des systèmes d'alimentation électrique et des opérations de transport de marchandises nécessaires au maintien d'activités humaines durables sur une future base lunaire. | NASA

La NASA vient de dévoiler les prochaines étapes de son projet de construction d’une base lunaire habitée pour un budget totalisant 20 milliards de dollars. Si l’agence prévoit déjà trois missions non habitées avant la fin de cette année pour préparer l’établissement d’une présence humaine durable dès 2032, les observateurs restent sceptiques quant à la réalisation de ce calendrier ambitieux.

La NASA projette d’établir une base lunaire permanente habitée depuis les années 1950. Les missions avec équipage ont cependant été suspendues pendant des décennies après les missions Apollo et n’ont été réenvisagées qu’avec le programme Artemis, lancé en 2019. L’agence a réaffirmé son ambition de retourner sur la Lune avec le lancement réussi d’Artemis 2, le 1er avril, le premier vol habité vers la Lune depuis l’ère Apollo.

Ce lancement semble avoir relancé les ambitions de la NASA, notamment en annonçant les prochaines étapes du programme Artemis et la construction d’une base lunaire habitée. « L’Amérique retourne sur la Lune, et cette fois pour y rester », a déclaré Jared Isaacman, administrateur de la NASA, lors de la conférence de presse concernant l’annonce.

Une vaste ville lunaire tentaculaire

Pour la construction de l’avant-poste lunaire près du pôle sud de la Lune, la NASA a annoncé une première phase en trois étapes, composée chacune d’un lancement sans équipage visant à transporter des charges utiles destinées à tester différents rovers et autres instruments qui y seront déployés.

Plus précisément, le premier lancement, baptisé base lunaire I et prévu dès l’automne 2026, aura pour objectif d’acheminer des instruments permettant d’étudier l’interaction des propulseurs avec la surface lunaire, ainsi que des dispositifs permettant un suivi plus précis des objets lunaires par les engins spatiaux en orbite.

Le second lancement, base lunaire II, prévu plus tard la même année, transportera des rovers lunaires et d’autres systèmes de mobilité pour se déplacer à la surface de la Lune. Le troisième lancement, base lunaire III, également prévu pour la même année, transportera d’autres charges utiles de la NASA et de plusieurs autres agences spatiales, dont l’objectif principal sera d’étudier comment la surface lunaire évolue au fil du temps et comment différents matériaux résistent à ses conditions extrêmes.

Ces trois lancements seront suivis de la seconde phase du projet d’établissement de la base lunaire, qui passera à la phase de construction proprement dite. Prévue entre 2029 et 2032, cette seconde phase visera à assurer la transition vers une infrastructure semi-permanente et une première forme d’habitat permanent et fonctionnel. La troisième phase, prévue à partir de 2032, visera quant à elle à intensifier les opérations afin d’établir une présence humaine durable sur la Lune.

D’après les plans de la NASA, la base lunaire pourrait à terme ressembler à une grande ville tentaculaire s’étendant sur des centaines de kilomètres carrés. « Nous envisageons une base lunaire s’étendant sur des centaines de kilomètres carrés, dotée de différentes infrastructures, le tout contribuant à l’objectif d’une présence lunaire permanente », a expliqué lors de la conférence Carlos García-Galán, responsable du programme de la base lunaire.

« La base lunaire sera le premier avant-poste américain et humain sur un autre corps céleste », a ajouté Isaacman dans un communiqué de la NASA.

Une pression sur les prestataires à motivation géopolitique ?

Des experts ont cependant exprimé leur scepticisme quant à la capacité de la NASA et de ses prestataires à tenir ce calendrier. Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, a été sélectionnée pour utiliser son atterrisseur Blue Moon Mark 1 Endurance afin de transporter les charges utiles de la première phase du projet, mais l’engin n’a pas encore effectué de tests dans l’espace.

De leur côté, Astrobotic et Intuitive Machines, tous deux également sélectionnés pour envoyer des charges utiles sur la Lune, ont enregistré des échecs lors de leurs précédentes missions de livraison lunaire, ce qui pourrait provoquer davantage de retards pour le projet.

Il est en outre important de noter que malgré la réussite d’Artemis II, le programme a non seulement subi un retard dans son calendrier (initialement prévu pour 2024), mais également dépassé son budget.

D’un autre côté, la NASA subit une forte pression géopolitique de la part de la Chine, ce qui pourrait expliquer la pression qu’elle exerce de plus en plus sur ses prestataires. Il faut noter que la Chine continue de multiplier rapidement les avancées vers ses propres objectifs d’exploration lunaire et son ambition d’envoyer des astronautes sur la Lune d’ici 2030.

« Je ne serais pas du tout surpris si la Chine y parvenait en premier », a déclaré Simeon Barber, scientifique lunaire à l’Open University, à la BBC News. « J’ai l’impression que la NASA se sent obligée de commencer à annoncer qu’elle a des projets. Je pense donc qu’il y a une forte motivation politique derrière tout cela », souligne-t-il.

La NASA maintient toutefois ses objectifs. « Nous construisons la base lunaire pour tout ce que nous apprendrons, les innovations qui amélioreront la vie sur Terre, l’inspiration de la prochaine génération d’explorateurs et la maîtrise des compétences nécessaires à notre prochaine destination… Mars », a déclaré Isaacman dans une publication sur X.

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