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Les pays à faible revenu confrontés à une hausse préoccupante de l’obésité depuis 45 ans

Valisoa Rasolofo 13 mai 2026
obesite-pays-faible-revenu-couv | Unsplash

Une enquête à grande échelle portant sur 232 millions de personnes révèle que si le taux d’obésité s’est relativement stabilisé dans les pays à revenu élevé au cours des 45 dernières années, il continue à augmenter, voire s’accélère, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Les tendances se seraient même inversées dans certains pays occidentaux. Ces données montrent des écarts importants dans l’accessibilité à un mode de vie sain selon les pays.

L’obésité constitue un facteur de risque important pour de nombreuses maladies, notamment les maladies cardiovasculaires, hépatiques, respiratoires, métaboliques et musculosquelettiques, certains cancers et troubles neuropsychiatriques, etc. La maladie est devenue si répandue depuis la fin du XXe siècle que le terme « épidémie d’obésité » est utilisé depuis les années 1990 pour décrire son augmentation.

Cependant, la manière dont elle évolue varie considérablement entre les régions et les pays en raison de facteurs tels que les différences d’alimentation et de nutrition, l’accessibilité aux aliments sains, les habitudes alimentaires et les modes de vie, etc. Ces facteurs varient non seulement d’un pays à l’autre, mais également au fil du temps en raison des progrès dans les technologies de production, de transformation et de stockage alimentaires. Ces changements influencent la disponibilité, les coûts et la qualité nutritionnelle des aliments.

Cependant, malgré ces variabilités, les enquêtes mondiales sur l’obésité se sont concentrées principalement sur la comparaison des prévalences sur plusieurs décennies et n’ont pas évalué avec précision l’évolution de la maladie pour chaque population sur des périodes plus courtes et plus détaillées. Or, une compréhension plus fine de ces évolutions peut contribuer à identifier de meilleures stratégies de prévention adaptées à chaque pays.

Une dynamique mondiale de plus en plus fragmentée

La nouvelle enquête de l’Imperial College de Londres met en évidence des différences substantielles dans l’évolution de la prévalence de l’obésité selon les régions et les pays. « Il nous faut maintenant comprendre pourquoi certains pays obtiennent de bien meilleurs résultats que d’autres et tirer les leçons de ces expériences pour enrayer la progression de l’obésité », indique, dans un communiqué, Majid Ezzati, de l’École de santé publique de l’Imperial College de Londres et directeur académique d’Imperial Global Ghana, qui a dirigé l’analyse.

« En définitive, cette analyse montre que la tendance à l’obésité n’est pas inévitable et que les décideurs politiques peuvent intervenir pour stopper, voire inverser, la progression de l’obésité », a-t-il ajouté.

Menée dans le cadre du programme NCD Risk Factor Collaboration, qui regroupe près de 2 000 chercheurs à travers le monde, l’enquête a examiné l’évolution de la prévalence de l’obésité entre 1980 et 2024 dans 200 pays et territoires. Plus précisément, elle s’appuie sur les données de 4 050 études populationnelles ayant mesuré la taille et le poids de 232 millions de personnes, dont 70 millions âgées de 5 à 19 ans et 162 millions âgées de 20 ans et plus.

Pour l’enquête, l’obésité est définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 30 kg/m² chez les adultes et supérieur à deux écarts-types (ET) au-dessus de la médiane des courbes de croissance de référence de l’OMS chez les enfants et les adolescents. Les estimations de l’obésité ont également été ajustées en fonction des différences de répartition de la population par âge, à l’aide d’un processus appelé standardisation par âge.

La vitesse de progression de l’obésité a été évaluée comme la variation annuelle absolue de la prévalence de l’obésité et exprimée en points de pourcentage par an. Cela permet de dresser une meilleure vision des régions où la progression de l’obésité évolue différemment, se stabilise ou s’inverse.

Un ralentissement inédit dans les pays occidentaux

Les résultats, détaillés dans la revue Nature, indiquent une amélioration des tendances d’obésité d’abord chez les enfants et les adolescents, puis chez les adultes une dizaine d’années plus tard, dans les pays à revenu élevé, comme la France, l’Italie et le Portugal. Dans ces pays, la hausse de la maladie a ralenti puis s’est stabilisée à partir des années 2000.

Elle s’est même inversée dans certains pays comme le Danemark (dont le ralentissement a débuté dès les années 1990), l’Islande, la Suisse, la Belgique et l’Allemagne. Certains pays comme l’Australie, la Finlande et la Suède font cependant exception, car l’obésité infantile a progressé de façon constante, voire accélérée.

À noter toutefois que cette stabilisation s’est produite à des niveaux de prévalence nationale très différents selon les pays. Par exemple, en Europe occidentale et au Japon, la croissance de l’obésité s’est stabilisée, voire inversée, lorsque la prévalence de l’obésité infantile était inférieure à 10 % de la population d’âge scolaire (c’est-à-dire lorsque moins d’un enfant sur dix était obèse).

Une fracture sanitaire qui se creuse dans les pays en développement

En revanche, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, l’obésité s’est stabilisée alors que les niveaux étaient beaucoup plus élevés, notamment entre 19 % et 23 % de la population d’âge scolaire (c’est-à-dire lorsqu’un enfant sur quatre était obèse). La même tendance a été observée chez les adultes.

Selon Ezzati, « cette dernière analyse suggère que le taux de croissance de l’obésité ralentit et se stabilise, et pourrait même s’inverser dans de nombreux pays. Cela offre une perspective plus optimiste, laissant entrevoir des progrès, et remet en question l’idée largement répandue d’une épidémie mondiale d’obésité – une vision qui pourrait simplifier à l’excès la diversité de la situation selon les pays. »

L’étude montre une forte disparité dans la progression de l’obésité entre les pays à revenu élevé et ceux à revenu faible ou intermédiaire. La maladie continue d’augmenter, voire s’accélère, dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et dans les pays insulaires du Pacifique et des Caraïbes. Dans certains pays d’Europe centrale, comme la Roumanie ou la République tchèque, ainsi que dans plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Brésil, la prévalence de l’obésité chez les adultes atteint désormais entre 30 % et 40 %.

D’après les chercheurs, ces différences reflètent une inégalité croissante en matière de nutrition et de santé, soulignant ainsi la nécessité de politiques de santé publique plus adaptées, en particulier concernant l’accessibilité aux aliments sains.

« Des progrès réels ont été réalisés en matière d’obésité infantile dans certaines régions d’Europe et dans le monde, mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Les niveaux restent élevés et, à l’échelle mondiale, la situation demeure très inégale, avec une augmentation continue dans certains pays », conclut Jennifer Baker, présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité et du Centre de recherche clinique et de prévention de l’hôpital universitaire de Copenhague.

Source : Nature

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