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Des peintures rupestres aborigènes suggèrent que le thylacine a survécu bien plus longtemps qu’on le pensait

Certaines représentations pourraient avoir moins de 1 000 ans.

Valisoa Rasolofo 4 avril 2026
peintures-rupestres-thylacine-couv Image de l'une des peintures rupestres représentant un tigre en Tasmanie récemment découvertes. Les chercheurs ont utilisé un logiciel informatique pour ajouter des couleurs et faire ressortir les détails. | Craig Banggar

Des archéologues ont mis au jour des peintures rupestres aborigènes représentant des diables et des tigres de Tasmanie, ou thylacines, dont certaines pourraient avoir moins de 1 000 ans, dans le nord de l’Australie. Alors que l’on pensait que les thylacines ont disparu du continent australien il y a 3 000 ans, ces découvertes suggèrent qu’ils auraient pu subsister jusqu’à une époque bien plus récente.

Décrits scientifiquement pour la première fois en 1808, le diable de Tasmanie (Sarcophilus harrisii) et le tigre de Tasmanie (Thylacinus cynocephalus) auraient disparu du continent australien il y a environ 3 000 ans. Leur disparition est probablement due à plusieurs facteurs, notamment la compétition avec les dingos, introduits en Australie il y a entre 3 500 et 5 000 ans, ainsi que la chasse par les humains.

Si le diable de Tasmanie subsiste encore aujourd’hui sur l’île éponyme, le dernier thylacine connu est mort dans un zoo local en 1936. Certains ont affirmé que les thylacines subsisteraient encore sur l’île de Tasmanie et de récentes modélisations ont suggéré qu’ils auraient pu exister jusque dans les années 1980, sans que cela n’ait jamais été vérifié.

Des archéologues de l’Université Griffith, en Australie, ont identifié des peintures rupestres suggérant que le thylacine a subsisté sur le continent australien jusqu’à une période plus récente qu’on ne le pensait.

« Les artistes qui ont réalisé les peintures les plus récentes ont peut-être vu de véritables thylacines vivants, et certaines de ces créatures ont peut-être survécu plus longtemps en Terre d’Arnhem [la partie nord de l’Australie] », a déclaré Paul Taçon, auteur principal de l’étude et professeur d’anthropologie et d’archéologie, et titulaire de la chaire de recherche sur l’art rupestre à l’Université Griffith, dans un communiqué.

Des peintures rupestres datant de moins de 1 000 ans

La Terre d’Arnhem est une région administrée par les Aborigènes et comptant près de 16 000 habitants, une densité de population relativement faible qui a permis de préserver une grande partie de l’environnement. Les fouilles de l’équipe ont mis au jour une quinzaine de peintures représentant le thylacine et deux le diable de Tasmanie.

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Art rupestre récemment documenté représentant un diable de Tasmanie (à gauche) et un tigre de Tasmanie (à droite). © Université Griffith

D’après les résultats publiés le 30 mars dans la revue Archaeology in Oceania, les peintures appartiennent à différents styles artistiques aborigènes et sont réalisées à l’ocre rouge ou jaune. Certaines remontent à environ 15 000 ans. L’une d’entre elles, représentant le diable de Tasmanie, montre l’animal partiellement recouvert d’une peinture de poisson-chat à queue d’anguille (Tandanus tandanus) et entouré de figures humaines et d’autres animaux.

Mesurant près de 40 cm de long, le dessin montre un animal trapu, à la tête arrondie, avec des moustaches proéminentes et des pattes arrière semblables à celles d’un chien. L’autre peinture du diable de Tasmanie, plus longue — environ 60 cm —, présente une gueule légèrement ouverte laissant apparaître des dents pointues. Un poisson est également peint sur ses pattes.

Les dessins de tigres de Tasmanie, quant à eux, les représentaient avec ou sans leurs rayures caractéristiques. Les oreilles sont arrondies, les museaux allongés, la représentation la plus longue atteignant 1,4 mètre. Certains dessins sont réalisés à l’argile blanche (également appelée kaolin ou argile à pipe), un pigment moins résistant que l’ocre rouge ou jaune.

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Peinture rouge et blanche d’un thylacine, Galerie principale, Colline d’Injalak et version Dstretch (laboratoire). © Paul SC Taçon

Cette moindre résistance suggère que la plupart des peintures à l’argile blanche pourraient être plus récentes, certaines datant possiblement de moins de 1 000 ans. Une hypothèse qui soulève une question : les artistes vivaient-ils à une époque où les thylacines étaient encore présents dans le nord de l’Australie ?

« Il est également possible que les artistes aient été inspirés par des tableaux antérieurs », nuance Paul Taçon. « Quoi qu’il en soit, le thylacine conserve aujourd’hui une importance culturelle, et certains artistes contemporains réalisent des peintures de tigres de Tasmanie sur écorce, papier et toile. »

Une importance culturelle marquée

Avant cette étude, environ 150 peintures rupestres authentifiées de tigres de Tasmanie sur le continent australien et 23 dessins connus de diables de Tasmanie ont été recensées — un écart qui suggère que les thylacines étaient plus répandus et revêtaient une importance culturelle plus marquée. Par ailleurs, certaines peintures montrent ces animaux aux côtés de coiffes cérémonielles semblables à celles utilisées par les communautés aborigènes Djalama lors de rituels contemporains.

Selon les traditions aborigènes, les thylacines étaient les animaux de compagnie du Serpent Arc-en-ciel, une divinité associée à la pluie, et vivaient dans les bassins rocheux. « Le thylacine continue de vivre dans l’ouest de la Terre d’Arnhem, non pas comme un fantôme du passé, mais comme une créature significative qui conserve toute son importance aujourd’hui », conclut Paul Taçon.

Source : Archaeology in Oceania

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