De nouvelles données du rover Perseverance provenant du cratère martien Jezero indiquent que ses argilites contiennent du carbone macromoléculaire, une forme complexe de carbone constituant un composé clé de la vie. Ces molécules ont été découvertes à proximité d’autres biosignatures potentielles, ce qui constituerait la plus forte concentration de molécules organiques jamais enregistrée sur la planète. Cette découverte apporte de nouveaux éléments qui pourraient renforcer l’hypothèse d’une ancienne vie microbienne qui aurait pu coloniser la surface martienne.
Perseverance explore le cratère Jezero depuis 2021 pour caractériser sa géologie et détecter des biosignatures potentielles. En particulier, la détection de carbone organique sur Mars est essentielle pour déterminer si elle a, par le passé, pu abriter la vie. Jezero possède un très haut potentiel pour cela, car les relevés géologiques suggèrent qu’il abritait autrefois un lac, alimenté en eau et en sédiments par des rivières.
Si la vie avait pu exister sur la planète, il est possible que ses traces subsistent au niveau de ces sites montrant une ancienne présence d’eau. De récentes études suggèrent que le cratère pourrait abriter des fossiles d’anciens microorganismes, l’affleurement de Bright Angel, une zone de Jezero, contenant par exemple des argiles et d’autres minéraux réputés pour préserver les fossiles sur Terre.
Un fragment de roche découvert à Bright Angel présentait d’ailleurs des motifs ressemblant à ceux laissés par les microorganismes fossilisés sur Terre. Si ces motifs ont pu avoir été créés de manière non biologique, ils ont tout de même suscité un vif intérêt pour la poursuite de l’exploration de Jezero.
L’étude publiée le 24 juin dans la revue Science Advances rapporte de nouveaux résultats concernant des biosignatures potentielles dans Jezero. « Les mesures effectuées sur deux mudstones révèlent la présence de centaines de composés organiques, ce qui constitue la détection organique la plus robuste jamais réalisée dans le cratère Jezero et, à notre connaissance, la seule détection de carbone macromoléculaire à la surface d’une roche naturelle sur Mars », écrivent les chercheurs.
La détection organique la plus robuste à ce jour
La nouvelle étude s’appuie sur les précédents travaux indiquant la présence de molécules carbonées complexes dans et autour de l’affleurement de Bright Angel. Les chercheurs ont utilisé l’instrument Scanning Habitable Environments with Raman and Luminescence for Organics and Chemicals (SHERLOC) de Perseverance pour cartographier la distribution du carbone dans les roches et les sédiments de l’affleurement. Les résultats ont ensuite été comparés à ceux recueillis par le rover Curiosity de la NASA dans le cratère Gale, situé à environ 3 700 kilomètres de là.
Le croisement des données de l’une des roches analysées par le rover indique une combinaison de composés organiques et de minéraux secondaires carbonatés et sulfatés. Une autre roche présentait une combinaison de composés organiques avec une matrice principale dominée par les silicates.
La présence et la distribution de ces molécules sont compatibles avec l’hypothèse que l’eau était particulièrement répandue dans la région, il y a des milliards d’années. D’après l’équipe, le carbone n’était également pas trop altéré, suggérant qu’il a été exposé relativement récemment à l’échelle géologique. Il est cependant, pour le moment, impossible de déterminer si ces molécules carbonées sont d’origine biotique ou non.
« La présence de carbone macromoléculaire sur Mars ne prouve pas l’existence de la vie sur cette planète », explique Ashley Murphy, chercheuse à l’Institut des sciences planétaires de Tucson, aux États-Unis, et auteure principale de la nouvelle étude, à Live Science. Ces molécules pourraient indiquer la présence de microorganismes fossilisés, mais elles pourraient aussi s’être formées par le biais de processus non biologiques tels que des impacts de météorites ou le lessivage par l’eau.
Une découverte prometteuse, mais encore sans preuve d’une origine biologique
« Bien que les analyses Raman in situ ne permettent pas de déterminer l’origine abiotique ou biotique de ces composés organiques, leur association avec des minéraux de dépôt et de diagenèse, ainsi que leur détection à la surface martienne, suggèrent que les composés organiques observés de manière omniprésente à l’affleurement de Bright Angel pourraient être résistants aux radiations et à l’oxydation, ou avoir été exposés relativement récemment », écrivent les chercheurs dans leur document.
Seule une analyse en laboratoire sur Terre permettrait de déterminer l’origine de ces carbones complexes, une perspective qui pourrait soit prendre plusieurs décennies, soit ne pas se réaliser du tout en raison des coupes budgétaires imposées à la NASA et d’autres grands instituts scientifiques américains par l’administration Trump.
À l’heure actuelle, le projet de la NASA de ramener des échantillons de Mars sur Terre est suspendu et profondément remis en question dans le contexte budgétaire actuel. Si ça se trouve, la Chine pourrait finalement être la première à ramener des échantillons martiens sur Terre avec sa mission Tianwen-3, dont le lancement est prévu pour 2028.




