Un scénario d’émissions élevées de gaz à effet de serre pourrait entraîner, à l’échelle mondiale, plus de quatre heures supplémentaires de chaleur extrême par jour d’ici à la fin du siècle, selon de nouvelles modélisations. Les données horaires mondiales mettent notamment en évidence une tendance selon laquelle les populations, en particulier celles des pays à revenu faible ou intermédiaire, sont de plus en plus exposées aux vagues de chaleur extrêmes — un phénomène qui risque de s’aggraver à mesure que le climat se réchauffe.
La fréquence et l’intensité des vagues de chaleur augmentent considérablement à mesure que le climat se réchauffe et les projections climatiques indiquent que cette tendance se maintiendra ou s’intensifiera au cours des décennies à venir. Les températures trop élevées affectent non seulement directement la santé humaine, mais ont également des effets sur les écosystèmes et provoquent des conséquences socioéconomiques qui peuvent s’étendre sur le long terme.
Les températures anormalement élevées altèrent la thermorégulation du corps humain, entraînant une augmentation des risques de mortalité et de morbidité. Des milliers de décès ont par exemple été enregistrés dans plusieurs pays d’Europe alors que les températures estivales dépassent parfois les 40 °C dans plusieurs régions depuis la mi-juin.
Une hausse des conditions propices aux incendies a également été observée en Europe au cours des dernières années, parallèlement à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur. En 2025, l’Espagne a par exemple subi la saison de feux de forêt la plus destructrice depuis plus de trente ans, avec environ 350 000 ha partis en fumée.
À l’heure actuelle, les vagues de chaleur extrêmes sont généralement estimées à l’échelle journalière, notamment en quantifiant les jours où les températures moyennes, maximales et minimales dépassent un seuil de référence. Cependant, si ces mesures restent utiles pour certaines modélisations climatiques, elles demeurent limitées dans la mesure où elles peuvent masquer les variabilités journalières, en particulier lorsque les vagues de chaleur persistent pendant plusieurs heures ou surviennent en dehors des heures habituelles de pic.
Pour mieux caractériser ces épisodes à l’échelle horaire, une étude publiée le 11 août dans la revue Nature Climate Change compile et analyse des données horaires mondiales pour fournir une estimation plus détaillée de l’occurrence des vagues de chaleur pour les décennies à venir.
« Nous introduisons ici une mesure des vagues de chaleur extrêmes à l’échelle horaire et menons une évaluation mondiale exhaustive à long terme de ces vagues de chaleur estivales (juin, juillet et août pour l’hémisphère Nord, et décembre, janvier et février pour l’hémisphère Sud) de 1981 à la fin du XXIe siècle », écrivent les auteurs.
Des heures de chaleur qui s’accumulent, année après année
Les chercheurs de la nouvelle étude ont analysé les données horaires mondiales concernant des observations météorologiques et des estimations issues de modèles informatiques entre 1981 et 2023. Ces données ont été combinées avec les projections climatiques s’étendant jusqu’à la fin du XXIe siècle.
« En intégrant des données de réanalyse historiques et des projections climatiques futures, nous étudions la manifestation des vagues de chaleur extrêmes au cours des journées, quantifions leur fréquence au cours des journées qui ne sont pas identifiées comme chaudes et évaluons les risques futurs d’exposition des populations à ces vagues de chaleur », expliquent les chercheurs.
L’équipe a également évalué les inégalités d’exposition aux vagues de chaleur entre les différentes régions du monde et les différentes générations. « En quantifiant ces caractéristiques à l’échelle horaire, nous offrons une vision plus fine des impacts des vagues de chaleur extrêmes », indiquent-ils.
Les données indiquent que les terres émergées de la planète ont subi en moyenne près de 269 heures de chaleur extrême chaque été, au cours de la période analysée. Plus précisément, plus de 80 % des terres émergées ont enregistré une augmentation de la chaleur, avec une moyenne de 62 heures supplémentaires de chaleur extrême par décennie entre 1981 et 2023. 28 % de ces épisodes se sont également produits lors de journées qui n’ont pas été identifiées comme des épisodes de chaleur extrême par les mesures basées sur les indicateurs journaliers.
Et dans un scénario d’émissions élevées, les chercheurs estiment que d’ici 2070-2099, chaque journée chaude pourrait compter plus de quatre heures de chaleur supplémentaires par rapport aux niveaux actuels (2001-2023). Les journées non chaudes pourraient en outre connaître trois heures supplémentaires de chaleur extrême, probablement indétectables par les mesures quotidiennes.
Une exposition qui dessine une nouvelle fracture climatique
Les vagues de chaleur observées et projetées se concentrent particulièrement au niveau des pays à revenu faible ou intermédiaire, qui représentent notamment plus des trois quarts de l’exposition à la chaleur, tant actuelle que projetée. Les analyses indiquent également que ces régions sont confrontées aux plus fortes augmentations d’exposition aux vagues de chaleur sur l’ensemble des générations.
La prochaine étape de recherche consistera à décrypter les mécanismes à l’origine des variations des épisodes de chaleur extrêmes à l’échelle horaire. Une meilleure compréhension du phénomène, à l’échelle horaire, permettrait d’améliorer les systèmes d’alerte précoce, les évaluations des risques sanitaires potentiels et l’adaptation au réchauffement climatique, concluent les auteurs de l’étude.



