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AnimauxNature 5 min de lecture

Ces poissons minuscules de moins de 5 cm défient la gravité en escaladant une chute de 15 mètres

Ils utilisent leurs nageoires munies de crochets pour nager à contre-courant et verticalement.

Valisoa Rasolofo 2 avril 2026
poissons-escaladent-chute-couv Spécimens de Parakneria thysi traversant le deuxième niveau des chutes Luvilombo. © Pacifique Kiwele

Des biologistes ont documenté pour la première fois la capacité remarquable du Parakneria thysi, un minuscule poisson d’eau douce mesurant moins de cinq centimètres, à escalader une cascade en République démocratique du Congo (RDC). Ils utilisent leurs nageoires dotées de petits crochets pour se faufiler par milliers à contre-courant et mettent presque dix heures pour franchir une cascade quasi verticale et haute de 15 mètres.

Les chutes d’eau constituent des obstacles majeurs pour la plupart des poissons, même pour ceux disposant de capacités d’adaptation spécifiquement dédiées à ce type de déplacement, telles que la résistance aux courants forts.

Il est néanmoins observé chez plusieurs espèces de poissons très éloignées à travers le monde, telles que le poisson-chat rayé (Rhyacoglanis paranensis) d’Amérique du Sud, le poisson des cavernes (Cryptotora thamicola) en Thaïlande et la perche grimpeuse (Anabas testudineus) en Asie du Sud-Est.

Afin de pouvoir nager verticalement et à contre-courant sur les parois rocheuses des cascades, ces poissons disposent généralement de nageoires avec de puissants muscles ou recouvertes d’épines ou munies de crochets. Certains utilisent également des systèmes de succion leur permettant de s’accrocher aux rochers humides.

Le phénomène est cependant très peu documenté chez les poissons d’eau douce africains, la plupart des rapports étant essentiellement anecdotiques et parfois considérés comme douteux. Certains de ces rapports ont par exemple fait état d’espèces de poissons-chats de la famille des Mochokidae pouvant se déplacer sur des surfaces verticales humides en utilisant leur bouche comme ventouse.

Dans une étude publiée le 2 avril dans la revue Scientific Reports, une équipe internationale codirigée par l’Université de Lubumbashi, en RDC, rapporte l’existence de cette capacité de nage verticale chez une espèce du genre Parakneria (appelée localement « Mikinkidi »), qui regroupe une quinzaine d’espèces exclusivement africaines.

« La capacité des escargots de rive à escalader des chutes d’eau est connue de manière anecdotique depuis plus de 50 ans. Ce comportement est documenté ici pour la première fois, à l’aide de preuves filmées et photographiques, chez Parakneria thysi escaladant les chutes de Luvilombo sur la rivière Luvilombo (cours inférieur de la Lufira) », écrivent les chercheurs dans leur rapport.

cascade luvilumbo

Les chutes de Luvilombo durant la période de migration massive de spécimens de Parakneria thysi. © Pacifique Kiwele

Neuf heures et quarante-cinq minutes pour franchir une hauteur de 15 mètres

L’équipe de l’étude a effectué quatre séances d’observation de migrations de P. thysi entre 2018 et 2020, le long des parois verticales des chutes de Luvilombo, dans la province du Katanga. Cette migration concernait des milliers d’individus mesurant entre 37 et 48 millimètres de long et se produisait vers la fin des saisons des pluies (entre avril et mai) pendant les années de fortes précipitations.

Les poissons utilisaient leurs nageoires pectorales et pelviennes pour se hisser sur les parois de la chute d’eau. Les deux paires de nageoires possèdent, sur leur face ventrale, des coussinets présentant de petites excroissances semblables à des crochets, facilitant probablement l’escalade.

poisson-escalade

(a) Photographie de la vue latérale d’un spécimen vivant provenant de la rivière Luvilombo. (b) Situation géographique des chutes de Luvilombo sur la rivière Luvilombo. (c) Photographie de la chute de Luvilombo. (d) Profil schématique des chutes de Luvilombo. 1, 2 et 3 représentent les trois paliers principaux identifiés sur ces chutes, d’une hauteur respective d’environ 8,5 m, 4,5 m et 2,5 m. © Pacifique Kiwele Mutambala et al.

« De plus, leur ceinture pectorale/pelvienne et les rayons de leurs nageoires semblent également bien adaptés à cette capacité. Ils se propulsent verticalement par des mouvements latéraux de la partie postérieure du corps, comme lorsqu’ils nagent », indiquent les chercheurs.

D’après l’équipe, les poissons mettent environ neuf heures et quarante-cinq minutes pour atteindre le sommet des chutes de Luvilombo, soit une hauteur de 15 mètres. Ce temps incluerait environ quinze minutes de déplacement, trente minutes de courtes pauses et neuf périodes de repos d’une heure, une répartition qui distingue des arrêts brefs de phases de récupération plus prolongées (en s’accrochant par exemple à la végétation recouvrant les roches en cours de route). Ils peuvent toutefois tomber au cours de l’ascension s’ils sont frappés par des jets d’eau, notamment lorsqu’ils grimpent la tête en bas pour contourner des obstacles.

Ce comportement migratoire pourrait avoir pour objectif de recoloniser les sites en amont de la rivière après avoir été entraînés plus bas par les fortes pluies, ou bien de se déplacer vers des zones où la concurrence alimentaire est plus faible et où les prédateurs, comme le poisson-chat argenté (Schilbe intermedius), sont moins nombreux.

Les chercheurs soulignent en outre les menaces anthropiques pesant sur l’espèce. Ceux qui attendent de remonter la chute d’eau risquent par exemple d’être capturés par des pêcheurs qui utilisent des moustiquaires comme filets, une pratique techniquement interdite dans la plupart des pays, y compris la RDC.

La biodiversité de Luvilombo pourrait aussi être menacée si son cours est détourné en amont des chutes pendant la saison sèche pour l’irrigation des cultures. Bien qu’exceptionnelles, ces pratiques peuvent, selon les chercheurs, assécher complètement les zones en aval. Afin de pallier les pertes de biodiversité, les chercheurs recommandent une protection globale de l’écosystème.

Vidéo de présentation de l’étude montrant les poissons nageant verticalement : 

Source : Scientific Reports

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