Trust My Science
Société & Comportement (Q-R) 6 min de lecture

Pourquoi certaines personnes font-elles des rêves plus étranges ? Une étude apporte des indices

Valisoa Rasolofo 8 mai 2026
trait-personnalite-reves-couv | Pixabay

Le contenu et les caractéristiques profondes de nos rêves dépendraient d’une combinaison de traits de personnalité et d’expériences de vie partagées, selon une étude. Les rêves auraient par exemple tendance à être plus étranges pour les personnes ayant une forte propension à la rêverie pendant l’éveil. Les événements extérieurs, comme la pandémie de Covid-19, influenceraient aussi le contenu des rêves.

Les rêves sont des expériences universelles qui interrogent les scientifiques depuis des siècles. Ils sont en effet étroitement liés à la vie éveillée tout en étant complètement distincts. Le cerveau peut, pendant le sommeil, générer une grande diversité d’expériences immersives susceptibles d’influencer ensuite les décisions et les comportements à l’état d’éveil.

Les rêves font de ce fait l’objet de recherches neuroscientifiques rigoureuses en tant que modèle d’étude sur l’émergence de la conscience chez l’humain, ainsi que sur les mécanismes profonds du sommeil. En effet, les rêves constituent des expériences conscientes subjectives et surviennent lorsque le cerveau est au moins partiellement déconnecté de la réalité.

Plus précisément, les données d’études dans le domaine suggèrent que les rêves sont caractérisés par une continuité ou une discontinuité avec la vie éveillée. Cela soulève la question de savoir dans quelle mesure les traits comportementaux ou les expériences de vie pourraient influencer le contenu et la valence — c’est-à-dire le ton émotionnel — des rêves, étant donnée la nature subjective de ces expériences.

Des études ont suggéré que certains traits cognitifs, comme la propension à la rêverie, peuvent influencer les caractéristiques des rêves. Certains chercheurs ont même avancé que les rêveries seraient des analogues des rêves à l’état éveillé. Cependant, ces hypothèses, ainsi que les facteurs sociopsychologiques susceptibles de les influencer, ont été peu explorés de manière empirique.

La nouvelle étude de l’IMT School for Advanced Studies Lucca, en Italie, apporte de nouveaux éléments à ces hypothèses, notamment en révélant une association entre les rêves, les traits de personnalité et les expériences vécues. « Nos résultats montrent que les rêves ne sont pas seulement le reflet d’expériences passées, mais un processus dynamique façonné par qui nous sommes et ce que nous vivons », explique Valentina Elce, chercheuse à l’IMT School et auteure principale de l’étude, dans un communiqué.

« En combinant des données à grande échelle avec des méthodes informatiques, nous avons pu mettre au jour des schémas dans le contenu des rêves qui étaient auparavant difficiles à détecter. »

Des rêves modelés par l’esprit et le monde extérieur

Elce et ses collègues ont recruté 287 participants âgés de 18 à 70 ans afin d’analyser leurs caractéristiques psychologiques et cognitives, leurs données sociodémographiques ainsi que leurs habitudes de sommeil. Les participants ont rapporté quotidiennement leurs souvenirs de rêves pendant deux semaines, puis les ont évalués selon une échelle descriptive incluant des éléments tels que l’étrangeté, la vivacité, la valence et le degré de contrôle qu’ils avaient sur le déroulement du rêve. Ils ont également été invités à consigner leurs expériences vécues à l’état d’éveil tout au long de leur journée.

reves-personnalite

Statistiques descriptives du contenu des rapports selon les états de vigilance (éveil et rêve). © Elce, Valentina et al.

Pour analyser les expériences des participants, les chercheurs ont utilisé des algorithmes de traitement automatique du langage naturel (TALN), qui permettraient de caractériser la structure sémantique des récits de rêves, ainsi que les corrélations entre les traits comportementaux et les expériences oniriques, comme des rêves émotionnellement intenses ou étranges.

Les résultats suggèrent que, plutôt que d’être de simples visions mentales aléatoires, les rêves semblent refléter une interaction complexe entre les traits individuels, l’intérêt porté aux rêves, la qualité du sommeil ainsi que des événements sociétaux majeurs comme la pandémie de Covid-19.

Les personnes qui avaient tendance à laisser vagabonder leur esprit pendant leurs heures d’éveil ont par exemple rapporté faire des rêves plus étranges, généralement plus fragmentés et en constante évolution. En revanche, celles qui accordent une grande importance à leurs rêves et croient en leur signification ont tendance à vivre des expériences oniriques plus riches et plus immersives.

« Nos résultats indiquent que l’étrangeté des rêves est associée à une plus grande propension des individus à vagabonder mentalement, ce qui entraîne également de fréquents changements de contexte narratif », écrivent les chercheurs dans leur rapport détaillé dans la revue Communications Psychology. « Ceci concorde avec les théories suggérant que les rêves et la rêverie pourraient partager une base neuronale et cognitive commune. »

Les analyses des chercheurs ont également montré que les rêves rapportés durant la période de confinement liée à la Covid-19 avaient tendance à être émotionnellement plus intenses et à aborder des thèmes tels que la restriction et la limitation. Cette observation s’appuie sur les données analysées dans l’étude et rejoint également des tendances déjà relevées dans des travaux antérieurs sur les rêves durant la pandémie. Avec le temps, à mesure que la crise du Covid passait, ces tendances oniriques se sont elles aussi atténuées.

Après avoir analysé la manière dont les participants décrivaient leurs rêves et leurs expériences quotidiennes, les chercheurs suggèrent que le cerveau humain ne se contente pas de reproduire la vie réelle, mais remodèle également les expériences. Les lieux familiers, comme les lieux de travail ou les écoles, ne sont par exemple pas reproduits à l’identique, mais réinventés à travers des scènes vivantes et immersives. Autrement dit, les rêves reconstruiraient activement la réalité plutôt que de la refléter.

Source : Communications Psychology

Similaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *