Trust My Science
Planète & Environnement 5 min de lecture

Pourquoi El Niño devient-il plus intense ? Les coraux révèlent un phénomène inédit depuis 1 000 ans

Valisoa Rasolofo 2 septembre 2026
el-nino-intensifie-coralliens-couv | Pixabay

Au cours des dernières décennies, les épisodes El Niño ont été plus intenses et les épisodes forts plus fréquents qu’au cours du millénaire préindustriel, selon une étude basée sur les coraux. Ces résultats apportent de nouveaux éléments en faveur de l’hypothèse selon laquelle le réchauffement climatique d’origine anthropique contribue à l’intensification récente de la variabilité de l’ENSO.

El Niño est un phénomène océanographique cyclique se produisant environ tous les deux à sept ans et se manifestant par une hausse des températures océaniques au-dessus de la moyenne dans la partie orientale du Pacifique sud. Il s’agit notamment de la phase chaude de l’oscillation naturelle des températures du Pacifique tropical, appelée El Niño-Oscillation australe (ENSO).

Ce réchauffement modifie les schémas de circulation atmosphérique mondiaux en déplaçant la chaleur vers l’est et en redistribuant l’énergie à travers les différentes régions du globe. Cela influence les conditions météorologiques dans de nombreuses régions du monde, notamment en affectant les régimes de précipitations et de tempêtes et en engendrant des pertes économiques considérables pour certaines régions.

Les conditions El Niño sont apparues dans le Pacifique en juin dernier et les scientifiques craignent que l’épisode à venir pourrait être d’une ampleur sans précédent. Ce constat a relancé le débat sur la question de savoir si le réchauffement climatique d’origine humaine a accentué l’intensité et la fréquence des phénomènes El Niño au fil des siècles.

La recherche de la réponse à cette question est cependant complexe, les modèles climatiques peinant à saisir entièrement les interactions complexes entre les vents et l’eau à l’origine du phénomène. En conséquence, les modèles développés jusqu’ici ont donné des résultats contradictoires.

D’autre part, les données fiables de températures dans les régions reculées du Pacifique tropical sont limitées avant le XXe siècle, ce qui engendre une incertitude quant à la compréhension d’ENSO et d’une potentielle influence du réchauffement climatique d’origine humaine.

Des chercheurs apportent de nouveaux indices en se basant sur l’analyse paléoclimatique des coraux. « Ce système [El Nino] est la principale source d’événements climatiques extrêmes sur notre planète », explique Kim Cobb, climatologue à l’université Brown, qui n’a pas participé à l’étude, à la revue Science. « Et s’il devient lui-même plus extrême, cela a des conséquences très graves pour la société, et c’est une information sur laquelle nous devons agir. »

Un phénomène naturel qui change d’échelle

Les coraux sont particulièrement utiles pour les mesures paléoclimatiques car leur croissance permet d’enregistrer des variations mensuelles de leur environnement, ce qui permet notamment d’identifier des événements relativement ponctuels tels qu’El Niño. Les données suggéraient que le phénomène avait tendance à s’intensifier et à devenir plus fréquent au cours des dernières décennies. Les données basées sur les coraux ne permettaient cependant pas jusqu’ici de localiser les régions du Pacifique où le phénomène est le plus fort.

Les îles Galapagos, en revanche, sont idéalement situées dans l’est du Pacifique pour mesurer le phénomène au cœur du phénomène. Cependant, peu de coraux s’y développent en raison des conditions extrêmes qui règnent dans cette partie de l’océan.

L’équipe de l’étude a néanmoins obtenu des informations sur la découverte d’un récif corallien se développant au niveau d’une région reculée au large de l’archipel. Cela leur a permis d’analyser des échantillons de coraux permettant de reconstituer les conditions du Pacifique sur environ 1 000 ans.

« C’est absolument extraordinaire. On essaie d’obtenir des données de cette région depuis très longtemps », s’est extasié Julien Emile-Geay, paléoclimatologue à l’Université de Californie du Sud, à Los Angeles, qui n’a pas participé à l’étude, à la revue Nature.

L’analyse des chercheurs, détaillée dans la revue Science, indique que la variabilité de l’ENSO dans le Pacifique oriental a augmenté au cours des derniers siècles, par rapport au précédent millénaire, parallèlement à la hausse des températures après la révolution industrielle.

La variabilité de l’ENSO mesurée dans les coraux était supérieure de 36,5 % au cours de la période récente étudiée à celle du millénaire préindustriel, un niveau bien supérieur à tout ce qui a été observé durant les siècles précédents. Elle était également supérieure de 16 % à celle de la période 1851-1982. Cette hausse refléterait une intensification et une augmentation des épisodes El Niño, corroborant ainsi les observations antérieures.

Si l’étude ne prouve pas de manière directe que le réchauffement climatique d’origine anthropique soit la cause de ce phénomène, les chercheurs ont également comparé leurs résultats à des simulations préindustrielles afin d’évaluer les explications naturelles.

Selon eux, l’influence humaine constituerait néanmoins l’explication la plus probable, les changements observés dépassant la variabilité produite dans les simulations par les facteurs naturels considérés. « C’est ce qui a changé au cours de cette période », affirme Julia Cole, paléoclimatologue à l’Université du Michigan et auteure principale de l’étude, à la revue Science. « Si cette conclusion est contestée, j’aimerais connaître l’alternative », conclut-elle.

Source : Science

Similaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *