La première thérapie génique au monde contre la surdité congénitale a été approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) américaine, à la suite d’essais cliniques aux résultats prometteurs. Développée par le laboratoire biotechnologique Regeneron, la thérapie cible les mutations du gène OTOF, qui code pour la protéine permettant aux cellules ciliées de l’oreille interne de percevoir les signaux sonores. Le traitement sera administré gratuitement aux patients aux États-Unis.
La surdité congénitale affecte des milliers d’enfants dans le monde, dont 1,7 nouveau-né sur 1 000 aux États-Unis. Elle est provoquée principalement par des mutations du gène biallélique OTOF, qui code pour l’otoferline, la protéine qui capture le calcium sécrété par les cellules ciliées internes et régule la transmission des signaux sonores depuis ces cellules vers les cellules nerveuses du nerf cochléaire.
On estime que les mutations du gène OTOF sont responsables de 1 à 3 % des cas de surdité congénitale. Les enfants porteurs de ces mutations naissent généralement avec une surdité profonde qui ne s’améliore pas au cours des mois qui suivent leur naissance. Étant donné qu’il n’existait pas jusqu’ici de traitement contre cette forme de surdité, sa prise en charge consiste en un port d’implants cochléaires à vie.
Bien qu’ils compensent relativement les effets de la surdité chez les enfants, ils peuvent provoquer des séquelles telles que la compréhension limitée de la parole. À noter toutefois que les enfants souffrant de déficit d’otoferline présentent des cellules ciliées intactes. L’apport exogène de la protéine par thérapie génique pourrait ainsi restaurer leur audition.
L’équipe de Regeneron a apporté la preuve du concept et constitue désormais le premier laboratoire à obtenir l’approbation de la FDA pour une thérapie génique ciblant OTOF, à la suite d’essais cliniques positifs. « L’approbation d’aujourd’hui [23 avril] représente une étape importante dans le traitement de la surdité génétique », a déclaré le commissaire de la FDA, Marty Makary, dans un communiqué.
« Grâce au programme pilote national de bons prioritaires, l’agence accélère la mise au point de thérapies pour les maladies rares présentant des besoins médicaux non satisfaits, tout en prouvant que nous pouvons examiner avec succès les demandes les plus complexes, telles que les nouvelles thérapies géniques à double vecteur et les produits combinés nécessitant une coordination entre plusieurs bureaux et centres, dans des délais considérablement réduits. »
Une amélioration nette de l’audition après cinq mois
Baptisée Otarmeni, la thérapie développée par Regeneron consiste en une injection unique dans l’oreille interne d’une copie fonctionnelle du gène OTOF, véhiculée par un vecteur viral adéno-associé (AAV). Plus précisément, la thérapie est injectée par voie chirurgicale directement dans la cochlée, à l’aide d’une seringue et d’un cathéter fournis dans un kit d’administration et reliés à une pompe à perfusion.
Le traitement a été administré en premier chez Opal Sandy, une petite fille britannique de 18 mois qui souffrait d’une neuropathie auditive due à une mutation du gène OTOF. La petite fille, devenue la première patiente au monde à recevoir ce type de thérapie pour sa maladie, a retrouvé une audition quasi parfaite 24 semaines après l’administration du traitement.

Conception et mode d’action traitement. © Vassili Valayannopoulos et al.
L’innocuité et l’efficacité clinique de la thérapie ont ensuite été réévaluées chez 20 enfants âgés de 10 mois à 16 ans et présentant une surdité neurosensorielle sévère à profonde associée aux mutations du gène OTOF. Seize d’entre eux ont constaté une amélioration significative de leur audition environ cinq mois après le traitement, tandis que cinq des douze enfants suivis pendant plus de 11 mois ont vu leur audition quasiment redevenue normale.
« C’est miraculeux », a témoigné une mère dont le fils de deux ans a reçu la thérapie génique dans les deux oreilles en mai, à CNN. « On passe du jour au lendemain d’un diagnostic de surdité profonde, où l’on pense que son enfant ne pourra entendre qu’avec des appareils auditifs, à un jour où il entend comme ses amis… C’est tout simplement incroyable. »
Administré gratuitement aux États-Unis
Alors que la plupart des thérapies géniques à dose unique ciblant les maladies rares sont généralement facturées à plusieurs millions de dollars, Regeneron a déclaré qu’il allait l’administrer gratuitement aux patients résidant aux États-Unis. À titre indicatif, l’entreprise pourrait facturer ce traitement jusqu’à 4 millions de dollars l’unité, ce qui reviendrait à un chiffre d’affaires annuel de 200 à 400 millions de dollars.
« Nous voulons donner l’exemple de la façon dont la science, et dans ce cas-ci la biotechnologie, peut vraiment faire un cadeau aux gens – en l’occurrence, le cadeau de l’ouïe », a expliqué George Yancopoulos, cofondateur et président de Regeneron, à CNN.
« Ce n’est pas une somme négligeable, et certains, préoccupés par des détails insignifiants, nous poussaient à agir ainsi. Mais nous sommes convaincus d’être une entreprise très différente », a-t-il ajouté.
Les avancées en matière de thérapie génique ciblant OTOF ont par ailleurs stimulé les investissements dans le domaine. Le géant pharmaceutique Eli Lilly & Co. développe par exemple aussi des thérapies géniques ciblant OTOF qui ont amélioré l’audition pendant plus de deux ans chez les patients, dont des adultes, lors d’un récent essai clinique.
Les scientifiques espèrent à terme pouvoir utiliser ce type de thérapie pour d’autres formes de surdité d’origine génétique à la fois chez les enfants et les adultes. Leur développement se heurtera cependant à de nombreux défis, car il pourrait, par exemple, pour certaines affections, être nécessaire de régénérer les cellules ciliées détruites.



