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Médecine & Bio 5 min de lecture

Une seule greffe de cellules souches et plus de 15 ans de rémission pour deux patients atteints d’une maladie auto-immune agressive

Valisoa Rasolofo 19 juin 2026
remission-15-ans-auto-immunes-couv | Unplash

Deux patients atteints de neuromyélite optique (NMO), une maladie auto-immune agressive affectant la moelle épinière et le nerf optique, ont obtenu une rémission de plus de 15 ans après une greffe de cellules souches. Les cellules transplantées provenaient de donneurs et ont permis aux patients d’améliorer significativement leur état neurologique et de retrouver la mobilité de leurs membres. Ils n’ont depuis lors plus besoin de médicaments pour gérer les symptômes de leur maladie.

La NMO se caractérise par la production d’anticorps auto-immuns par les cellules immunitaires B. Ces anticorps sont dirigés principalement contre la protéine aquaporine-4 présente sur les astrocytes de la moelle épinière et du nerf optique, provoquant de violentes crises invalidantes qui peuvent s’étendre sur plusieurs jours, voire plusieurs mois. Ces crises se manifestent par des douleurs oculaires, une perte de vision, des vomissements et une faiblesse ou une paralysie des membres.

La prise en charge actuelle consiste principalement en la gestion des symptômes et la prise d’immunosuppresseurs pour atténuer les crises. Cependant, malgré la récente approbation de médicaments immunosuppresseurs de dernière génération, certains patients subissent des rechutes fréquentes de leurs crises, sans compter que ces médicaments doivent être pris à vie.

Ces limites mettent en évidence la nécessité de développer des traitements capables d’induire une rémission durable. Dans cette perspective, une équipe de l’IRCCS Institut scientifique San Raffaele, en Italie, a testé la transplantation de cellules souches hématopoïétiques allogéniques, des cellules souches prélevées à partir du sang d’un donneur, sur deux patients atteints de NMO.

« Après plus de 15 ans de suivi, les deux patients sont restés sans rechute et sans immunosuppression continue, avec une meilleure qualité de vie et la disparition définitive au cours du suivi des anticorps responsables de la maladie », écrivent les chercheurs dans leur rapport publié dans la revue Med.

Une reprogrammation profonde du système immunitaire

La transplantation de cellules souches hématopoïétiques allogéniques est déjà utilisée pour la prise en charge de certains cancers, la drépanocytose et d’autres maladies hématologiques. Bien que l’identification de donneurs compatibles constitue une limite non négligeable, l’approche présente certaines caractéristiques pratiques. Par exemple, elle prélève les cellules souches directement dans le sang, donc nettement moins invasive que l’approche conventionnelle qui consiste à les prélever dans la moelle osseuse.

Pour évaluer l’approche, les chercheurs ont sélectionné un homme et une femme souffrant de NMO. L’homme a obtenu un don de cellules souches de sa sœur en 2009, tandis que la femme en a reçu d’un donneur non apparenté l’année suivante. Les deux ont reçu une perfusion unique de cellules souches puis ont été suivis pendant plus d’une décennie par le biais d’évaluations cliniques, d’imagerie et d’évaluations immunologiques répétées.

Avant la transplantation, les deux patients ont reçu de la fludarabine et du tréosulfan, des traitements chimiothérapeutiques, combinés à un médicament à base d’anticorps monoclonal. Les médicaments combinés visaient à éliminer leurs lymphocytes B auto-réactifs dirigés contre leur moelle épinière et leur nerf optique.

Un traitement supplémentaire à base d’anticorps et d’immunosuppresseurs a également été administré afin d’empêcher les cellules du donneur d’attaquer les cellules saines du receveur (réaction du greffon contre l’hôte), une complication fréquente après une greffe de cellules souches qui peut être fatale pour le patient.

Résultat : après 15 ans, les deux patients ne produisaient plus d’anticorps liés à la NMO et leur système immunitaire a repris une fonction quasi normale. L’état neurologique de l’homme s’est suffisamment amélioré pour reprendre une vie normale et avoir des enfants. La femme, quant à elle, a retrouvé une meilleure mobilité de ses bras et n’a plus besoin de médicaments pour atténuer ses symptômes.

À noter que les traitements habituels à base de cellules souches hématopoïétiques consistent à réinitialiser le système immunitaire en utilisant les propres cellules souches du patient. Cependant, cela pourrait être moins efficace chez les patients atteints de maladies auto-immunes car des lymphocytes B auto-immuns pourraient subsister, a souligné Jiao Jiao Li, ingénieure biomédicale à l’Université de Technologie de Sydney, qui n’a pas participé à la recherche, à Nature.

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Résumé graphique de l’étude. © Orofino et al.

Des résultats spectaculaires qui appellent encore à la prudence

Il faut toutefois noter que le traitement comporte plusieurs limites, dont des effets secondaires tels que l’adénopathie, une défaillance immunitaire qui a nécessité un traitement, et un cancer de la vessie. Mais l’apparition de cancers secondaires constituerait une complication bien connue, bien que relativement rare, après une transplantation de cellules souches, et les chercheurs estiment que les avantages et la qualité de vie obtenue peuvent compenser les risques.

« Je ne pense pas que l’on puisse parler de remède miracle, mais il a permis de résoudre le problème que la maladie a causé pendant cette très longue période », ajoute Li. Les transplantations de cellules souches sont d’ailleurs connues pour leurs risques, les infections post-traitement constituant par exemple la deuxième cause de décès associée aux greffes allogéniques, selon Nature.

Pour pallier ces risques, l’équipe recommande de réserver l’approche uniquement aux jeunes patients qui ne présentent aucune amélioration de leurs symptômes malgré un traitement standard, ou à ceux souffrant de maladies auto-immunes concomitantes. Davantage d’essais sur des cohortes plus larges seront également nécessaires pour évaluer avec précision l’efficacité et l’innocuité de la thérapie.

Source : Med

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