La fusée Starship V3 de SpaceX a été lancée avec succès pour son premier vol d’essai et a rempli une partie importante de ses objectifs de mission malgré plusieurs anomalies moteur. Après la remise à niveau du premier étage de la fusée, du propulseur Super Heavy et de l’ensemble de moteurs, les simulateurs de satellites ont été déployés durant le vol comme prévu, dans le cadre de l’objectif à court terme de l’entreprise visant à faciliter l’extension de son réseau Starlink.
Le 22 mai 2026 à 17 h 30 (heure du Texas), la fusée Starship a décollé depuis le site Starbase de SpaceX, au Texas. Il s’agissait du douzième lancement d’essai de Starship et du premier pour les versions V3 de Starship et du lanceur Super Heavy.
Ce vol constituait également le premier essai en conditions réelles des moteurs Raptor 3, ainsi que le premier vol de Starship à déployer des satellites Starlink modifiés capables de capturer des images en direct dans l’espace.
Une refonte technique pensée pour la réutilisation
Starship V3 se distingue de ses prédécesseurs d’abord par sa hauteur, portée à 124 mètres contre 123 mètres pour la V2. Ce gain s’accompagne de plusieurs refontes majeures de son architecture interne, notamment avec les moteurs Raptor V3 alimentés au méthane, capables de générer une poussée au décollage de 230 à 260 tonnes chacun.
Au total, le lanceur Super Heavy peut désormais produire une poussée d’environ 8 165 tonnes au décollage, soit plus du double de celle de la fusée Saturn V des missions Apollo ou du Space Launch System de la NASA. Un anneau de séparation à étage chaud, placé entre le premier et le deuxième étage, a également été intégré afin de faciliter la réutilisation du lanceur.
Les quatre ailes de stabilisation du Super Heavy ont été remplacées par trois ailettes à grille plus lourdes et plus espacées afin d’améliorer son contrôle et sa durabilité. L’installation de « bras » plus courts au niveau de la tour de lancement devrait également faciliter la récupération du lanceur. Le système de déploiement de satellites a aussi été amélioré afin de pouvoir larguer jusqu’à 60 satellites Starlink V3 par mission.
Plusieurs anomalies moteurs mais maîtrisées
Lors du lancement de vendredi, les 33 moteurs Raptor V3 du Super Heavy se sont allumés pour propulser la fusée au-dessus du golfe du Mexique. Toutefois, après la séparation des étages, plusieurs moteurs du lanceur se sont arrêtés plus tôt que prévu lors de la phase de retour (« boostback burn »), contraignant le premier étage à effectuer une rentrée atmosphérique incontrôlée. Si SpaceX avait initialement prévu un amerrissage contrôlé, l’entreprise n’avait toutefois pas prévu de récupérer le lanceur ; sa perte reste donc mineure pour la mission, a précisé la société.
Puis, lors de la seconde phase du lancement, seuls cinq des six moteurs du deuxième étage sont restés allumés. « Je ne parlerais pas d’insertion orbitale nominale, mais… c’est dans les limites acceptables », a déclaré Dan Huot, commentateur chez SpaceX, à Universe Today.
Une fois en vol, les ingénieurs de SpaceX ont dû renoncer à tenter de rallumer l’un des moteurs. Toutefois, « lors de sa poussée d’ascension vers l’espace, Starship a perdu l’un de ses moteurs à vide Raptor 3, mais a démontré sa capacité à fonctionner sans moteur et a atteint la trajectoire visée pour ce vol d’essai », indique l’entreprise dans un communiqué.
De plus, SpaceX a mené à bien son objectif de déployer 20 simulateurs de satellites, ainsi que deux satellites expérimentaux « Dodger Dog » liés aux futurs Starlink V3. L’un de ces satellites a filmé en direct le vaisseau spatial dérivant dans l’espace après le largage des satellites, avant de retransmettre la vidéo au sol via le réseau Starlink.
D’après Huot, cette procédure sera particulièrement utile pour les prochaines missions afin d’inspecter en temps réel l’intégrité du bouclier thermique du vaisseau. « C’est un objectif que nous poursuivons depuis un certain temps, alors c’est vraiment formidable de le voir se concrétiser », a-t-il indiqué.
Starlink, Lune, Mars : les ambitions inchangées de SpaceX
L’objectif à court terme de SpaceX pour Starship consistera à l’utiliser pour l’expansion de son réseau satellitaire Starlink, une étape clé qui pourrait également servir les ambitions d’Elon Musk autour de futures infrastructures de calcul dédiées à l’IA dans l’espace — un projet encore largement prospectif à ce stade.
Cette étape servira aussi les autres projets de l’entreprise, notamment la mission Artemis 4 de la NASA, actuellement prévue pour 2028, qui doit utiliser une version modifiée de Starship comme atterrisseur lunaire. Sur le long terme, Musk ne désemplit pas dans son ambition d’utiliser une flotte de Starships pour transporter les premiers humains vers Mars, une ambition qui continue d’attirer des investisseurs.




