Un homme a retrouvé sa capacité à produire des spermatozoïdes grâce à une transplantation de tissus prélevés sur l’un de ses testicules et congelés pendant 16 ans. Le prélèvement a été effectué avant un traitement chimiothérapeutique qu’il devait subir lorsqu’il était enfant et qui avait de fortes chances de le rendre stérile. Aujourd’hui adulte, le patient participe à un protocole d’évaluation visant à déterminer si cette transplantation peut restaurer sa fertilité.
Près de 14 000 nouveaux cas de cancers chez l’enfant et l’adolescent sont diagnostiqués chaque année en Europe. Les avancées en matière de traitement contre le cancer ont considérablement amélioré les taux de survie, qui dépassent aujourd’hui les 80 % pour les lymphomes, les leucémies lymphoïdes, les néphroblastomes et les rétinoblastomes.
Cependant, cette survie à long terme implique un besoin de meilleures stratégies de prise en charge pour les effets indésirables des traitements anti-cancéreux. En effet, s’ils peuvent éliminer les cellules cancéreuses et offrir des rémissions durables, les traitements lourds contre le cancer peuvent provoquer des séquelles à long terme.
Les jeunes garçons soumis à des traitements gonadotoxiques (toxiques pour les organes reproducteurs), par exemple, sont exposés à des risques élevés d’infertilité. Près d’un tiers des hommes ayant reçu un traitement gonadotoxique pendant l’enfance ne peuvent plus produire de spermatozoïdes (azoospermiques).
Compte tenu des impacts psychologiques et sociaux de la fertilité, des stratégies permettant de la préserver ou de la restaurer sont toujours plus explorées. En vue de ces traitements potentiels et étant donné que la spermatogenèse ne débute qu’à la puberté, les garçons prépubères peuvent bénéficier d’une cryoconservation de tissu testiculaire qu’ils pourront utiliser à l’âge adulte pour tenter de restaurer leur fertilité.
Une première démonstration chez l’humain
La conservation de tissus testiculaires sains transplantables une fois adultes est explorée pour tenter de restaurer la production de spermatozoïdes. Entre 2002 et 2022, plus de 3 000 garçons, dans 16 centres en Europe, en Australie et aux États-Unis, ont choisi de faire congeler des échantillons de leurs testicules dans l’espoir que, s’ils devenaient stériles, ces tissus puissent servir à restaurer leur fertilité une fois adultes.
Cependant, l’efficacité de ce type de procédure reste encore à prouver. En d’autres termes, rien ne prouvait jusqu’ici que la transplantation de tissus testiculaires pouvait restaurer la fertilité. Dans une étude présentée à l’occasion de la réunion annuelle de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie à Londres, la semaine dernière, des chercheurs rapportent pour la première fois qu’un patient humain est parvenu à produire des spermatozoïdes à la suite de l’autogreffe de tissu testiculaire immature et cryoconservé.
« Il s’agit d’une avancée majeure », a déclaré à la revue Nature Rod Mitchell, endocrinologue pédiatrique à l’Université d’Édimbourg, qui n’a pas participé à ces travaux. « Cela offre un espoir aux garçons prépubères qui doivent subir des traitements, tels que la chimiothérapie et la radiothérapie, pouvant affecter leur fertilité future. »
Des premiers signes encourageants
En 2008, des médecins de l’hôpital universitaire de Bruxelles ont prélevé un testicule chez un jeune garçon de dix ans avant qu’il ne doive subir une chimiothérapie susceptible de le rendre stérile. La chimiothérapie avait pour but de le préparer en vue d’une transplantation de cellules souches hématopoïétiques pour traiter sa drépanocytose. Les échantillons de tissu prélevés du testicule sain ont été congelés.
Dix ans plus tard, il est revenu consulter ses médecins pour savoir s’il pouvait encore avoir des enfants. Après un suivi de deux ans, il a été confirmé qu’il ne pouvait plus produire de spermatozoïdes et était donc stérile à la suite des traitements lourds qu’il a subis étant enfant. Pour tenter de restaurer cette capacité, les médecins ont transplanté 11 fragments du tissu des échantillons congelés au niveau de son testicule restant et sous la peau de son scrotum.
Les greffons ont été laissés dans l’organisme du patient pendant un an afin d’être exposés aux hormones et autres facteurs chimiques présents chez l’homme adulte. Une fois cette période d’incubation passée, les greffons ont été prélevés à nouveau pour être analysés.
Les analyses histologiques, détaillées dans l’étude prépubliée sur medRxiv, indiquent que les greffons intratesticulaires présentaient un parenchyme compact qui se distinguait nettement du parenchyme adulte environnant, plus lâche. Les greffons placés dans le scrotum étaient en revanche plus fibreux. Les chercheurs ont également constaté la présence de cellules souches spermatogoniales, les cellules fondatrices de la spermatogenèse et assurant la production continue de spermatozoïdes tout au long de la vie des hommes.
Des signes de reprise de la spermatogenèse ont été observés au niveau de plusieurs greffons intratesticulaires, dont l’un a produit un spermatozoïde mature. Les chercheurs ont interrompu leurs analyses après la fin de l’étude, mais ont conservé le reste du greffon dans l’espoir, ultérieurement, de pouvoir prélever davantage de spermatozoïdes qui pourront peut-être être utilisés pour une fécondation in vitro.
La prochaine étape consistera ainsi à déterminer si les spermatozoïdes produits à partir de cet échantillon pourront féconder un ovule et donner naissance à un enfant en bonne santé. En attendant, l’équipe de l’étude espère que les résultats pourront contribuer à inciter davantage de patients à revenir à l’hôpital pour tenter une transplantation de tissus testiculaires.



