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Médecine & Bio 5 min de lecture

Des tumeurs disparaissent entièrement après une simple injection sous-cutanée lors d’un essai clinique

Valisoa Rasolofo 2 juin 2026
injection-sous-cutanee-tumeurs-couv Carl Walsh, 56 ans, l'un des patients qui a participé à l'essai clinique, chez qui un cancer de la langue a été diagnostiqué en mai 2024. | ICR

Une injection sous-cutanée à base d’anticorps monoclonal a entraîné une élimination complète des tumeurs chez des patients atteints de cancers de la tête et du cou résistants à la chimiothérapie et à l’immunothérapie. Lors d’un essai clinique mené dans 11 pays différents, une réduction importante tumorale a été observée chez plus d’un tiers des patients, tandis que 15 d’entre eux ont vu leurs tumeurs disparaître complètement.

Les cancers de la tête et du cou constituent la sixième forme de cancer la plus fréquente. Également appelés cancers ORL, ils regroupent les cancers affectant les parties aérodigestives supérieures telles que les lèvres, la langue, le pharynx, le larynx, etc. Ils peuvent être traités efficacement s’ils sont détectés suffisamment tôt.

Cependant, la plupart des patients atteints de cette forme de cancer ne sont généralement diagnostiqués que lorsque la maladie est localement avancée. Bien que de nombreux patients entrent en rémission, une importante partie d’entre eux récidivent avec des tumeurs résistantes aux thérapies standards.

« Il n’existe aucun consensus ni traitement standard au-delà de la thérapie de première ligne pour ces patients. Les taux de réponse objective des traitements de deuxième ligne actuels sont de 15 à 20 % et les options thérapeutiques sont limitées, ce qui représente un besoin considérable non satisfait au sein de cette population », explique Jessica Geiger, oncologue médicale au sein de l’équipe d’oncologie cervico-faciale de la Cleveland Clinic, dans un billet de blog de la clinique.

À l’occasion de la réunion annuelle de l’American Society of Clinical Oncology (Asco), les résultats de l’essai clinique de phase Ib/II OrigAMI-4 sur l’amivantamab offrent une nouvelle piste thérapeutique pour améliorer durablement la prise en charge des patients atteints de cancers ORL résistants, notamment en rapportant plusieurs cas de rémission complète.

« Il s’agit de réponses d’une force sans précédent chez des patients dont la maladie est devenue résistante à la fois à la chimiothérapie et à l’immunothérapie », explique en référence à ces résultats Kevin Harrington, professeur de thérapies biologiques contre le cancer à l’Institut de recherche sur le cancer de Londres (ICR), qui a codirigé les essais, dans un communiqué. « Ce groupe de patients a des options de traitement extrêmement limitées, ce qui rend ce niveau de bénéfice particulièrement remarquable. »

Un traitement à action triple

Développé par le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson, l’amivantamab est un type d’immunothérapie anticancéreuse appelée anticorps monoclonal bispécifique et est déjà approuvé pour plusieurs types de cancers tels que le cancer du poumon non à petites cellules avancé.

Il inhibe deux récepteurs clés surexprimés chez les patients atteints de cancer de la tête et du cou : le récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR), favorisant la croissance tumorale, et le récepteur du facteur de transition épithélio-mésenchymateuse (MET), utilisé par les cellules tumorales pour échapper aux traitements standards. Il active également une troisième voie de stimulation du système immunitaire afin de concentrer la réponse immunitaire sur les tumeurs.

D’autre part, contrairement à la plupart des traitements contre le cancer, l’amivantamab est administré par injection sous-cutanée plutôt que par perfusion intraveineuse, ce qui facilite significativement son administration autant pour les patients que pour les cliniciens.

L’essai OrigAMI-4 a recruté 102 personnes de 11 pays différents atteintes d’un carcinome épidermoïde récurrent ou métastatique de la tête et du cou (HNSCC) et dont le cancer avait continué à se développer malgré l’immunothérapie et la chimiothérapie à base de platine. Tous les patients ont reçu l’amivantamab seul à raison d’une injection toutes les trois semaines.

Des tumeurs complètement éliminées chez 15 patients

Une réduction des tumeurs a été observée chez 43 personnes. Parmi ces patients, 28 ont vu leurs tumeurs diminuer de manière significative (réponses partielles), tandis que 15 ont vu leurs tumeurs disparaître complètement (réponses complètes). D’après Kristian Helin, directeur général de l’ICR, « l’obtention d’un tel niveau de réponse tumorale et de résultats encourageants en matière de survie dans un groupe de patients aussi difficile à traiter représente un progrès considérable. »

« Je me sens désormais capable de mener une vie normale », témoigne Carl Walsh (en photo de couverture de cet article), 56 ans, originaire de Birmingham, qui a reçu un diagnostic de cancer de la langue en mai 2024 et a rejoint l’essai OrigAMI-4 au Royal Marsden en juillet 2025.

« Avant de commencer l’essai clinique, j’avais du mal à parler correctement et à manger à cause des gonflements et des douleurs. Depuis le début du traitement, les gonflements ont considérablement diminué et mes douleurs se sont nettement atténuées. Je ne ressens plus non plus les effets secondaires invalidants que j’avais pendant la chimiothérapie », raconte-t-il.

L’amivantamab est actuellement testé dans le cadre d’une soixantaine d’autres essais cliniques, principalement pour d’autres formes du cancer du poumon, mais également pour le cancer colorectal, du cerveau et de l’estomac. Une partie des patients d’OrigAMI-4 poursuivront également leur traitement, tandis que de nouvelles cohortes seront recrutées pour d’autres essais.

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