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Archéologie & Paléontologie • 5 min de lecture

Un herbivore vieux de 240 millions d’années pourrait réécrire l’histoire des premiers dinosaures

Valisoa Rasolofo • 18 septembre 2026
herbivore-ancien-dinosaure-couv Reconstitution de la vie de nouvelles espèces de dicynodontes. | Gabriel Ugueto

Une nouvelle espèce de synapside découverte en Tanzanie et datant d’environ 240 millions d’années suggère que les plus anciens dinosaures pourraient être plus jeunes qu’on ne le pensait, et invite à réévaluer la chronologie de leurs origines. Appartenant à un groupe de dicynodontes massifs herbivores, ce genre, désormais identifié en Tanzanie et en Amérique du Sud, fournit un élément de comparaison pour la datation des séquences rocheuses.

Il y a environ 60 ans, une vaste collection de fossiles de synapsides, les vertébrés de la lignée évolutive des mammifères, qui ont prospéré avant les dinosaures, a été exhumée en Tanzanie, dans les dépôts fossilifères de Manda, lors d’une expédition britannique de 1963. Ces fossiles ont par la suite été conservés au Muséum d’histoire naturelle de Londres, mais n’ont été que partiellement étudiés.

Ces travaux incomplets laissaient planer le doute quant à l’identité de certains de ces fossiles et sur ce qu’ils pourraient révéler sur les écosystèmes du Trias, il y a environ 240 millions d’années. En examinant l’un de ces fossiles non identifiés et en le comparant avec un fragment de crâne découvert plus récemment, des chercheurs ont identifié une nouvelle espèce de dicynodonte.

La nouvelle espèce, baptisée Dinodontosaurus isiyavamanda (en référence à la communauté Wamanda occupant la région), appartient au genre Dinodontosaurus, qui n’était auparavant connu qu’en Amérique du Sud. Cette découverte met en évidence un lien jusque-là non identifié entre les séquences rocheuses de deux continents différents.

« J’ai étudié ce squelette de dicynodonte pour ma thèse de maîtrise à l’University College London en 1994 et j’ai conclu qu’il s’agissait d’une espèce nouvelle pour la science, mais il m’a fallu près de 30 ans pour commencer le processus de rédaction en vue de sa publication », explique dans un communiqué de l’Université de Bristol, Nigel Larkin, chercheur invité à l’École des sciences biologiques de l’Université de Reading et co-auteur de l’étude décrivant la nouvelle espèce.

dicynodonte

Vue de face du crâne et de la mâchoire inférieure analysées dans l’étude. © Jonathan Jackson et Hady George

Deux continents, une même chronologie géologique

D’après l’étude publiée dans Journal of Vertebrate Paleontology, D. isiyavamanda ne présente pas les caractéristiques anatomiques habituelles des dicynodontes connus des couches de Manda, ni celles du dicynodonte sino-africain Shansiodon. Au lieu de cela, il présente plutôt des caractéristiques communes avec le genre sud-américain Dinodontosaurus.

« Notre découverte constitue la première preuve confirmée de la présence du genre Dinodontosaurus en dehors de l’Amérique du Sud. Cette découverte établit un lien entre les roches fossilifères tanzaniennes et sud-américaines, démontrant qu’elles sont d’âge équivalent », explique l’auteur principal de l’étude, Hady George, doctorant à l’École des sciences de la Terre de l’Université de Bristol.

« Cela contribue à confirmer que les plus anciens dinosaures découverts en Tanzanie ne sont probablement pas plus anciens que ceux d’Amérique du Sud, ce qui affine la chronologie des origines des dinosaures. Les projets de recherche à venir examineront le reste du matériel fossile et exploreront la biomécanique et l’écologie des dicynodontes du Trias. »

En effet, dater directement les roches continentales par le biais de la radiochronologie est généralement difficile. Les paléontologues se tournent alors vers la biostratigraphie, consistant notamment à identifier des fossiles repères (des fossiles très répandus à une période donnée) pour déterminer l’âge d’un site et des autres fossiles qui s’y trouvent.

La découverte de Dinodontosaurus en Tanzanie et en Amérique du Sud fournit un nouvel élément de corrélation entre les roches fossilifères des deux régions. Les datations radiochronologiques provenant d’Amérique du Sud suggèrent que certaines des séquences rocheuses concernées sont jusqu’à 10 millions d’années plus jeunes que les couches d’Afrique du Sud auxquelles elles étaient auparavant comparées.

Le calendrier des premiers dinosaures remis en question

Autrement dit, contrairement aux hypothèses antérieures, les roches triasiques de Tanzanie ne peuvent plus être considérées comme conservant les plus anciens fossiles potentiels de dinosaures, ce qui incite à réévaluer quand et où les dinosaures sont apparus pour la première fois. Cette nouvelle interprétation de l’âge des couches pourrait conduire à réévaluer l’âge des autres fossiles qui y ont été découverts.

En prochaine étape, l’équipe prévoit d’analyser les autres fossiles de Dinodontosaurus tanzanien, une grande partie d’entre eux restant à examiner, puis de les comparer avec les spécimens sud-américains. La biomécanique des squelettes des Dinodontosaurus et des dicynodontes apparentés sera également étudiée afin de mieux comprendre comment plusieurs espèces de grands herbivores ont pu coexister dans les écosystèmes du Trias.

Source : Journal of Vertebrate Paleontology

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