Des chercheurs sont parvenus à décrypter entièrement les 20 colonnes de texte dissimulées sur plus d’un mètre de longueur de papyrus carbonisé d’Herculanum sans avoir à le dérouler physiquement, en utilisant l’IA. Entièrement carbonisé à la suite de l’éruption du Vésuve il y a environ 2 000 ans, le rouleau a été déroulé et lu virtuellement, constituant désormais l’un des rouleaux de papyrus des bibliothèques d’Herculanum dont le contenu a pu être déchiffré.
L’éruption du Vésuve en l’an 79 de notre ère est célèbre pour avoir entièrement enseveli sous les cendres la ville de Pompéi, à une vingtaine de kilomètres de son sommet, et a figé dans le temps tout ce que contenait la ville, y compris une partie de ses habitants. Herculanum, plus petite et également plus proche du volcan, a cependant subi davantage de dégâts en recevant de plein fouet les nuées ardentes et la boue surchauffée.
Si Pompéi a reçu des pluies de pierres ponces et de cendres volcaniques, Herculanum a été envahie directement par des coulées pyroclastiques. La ville a été ensevelie sous une épaisse couche de roche et de boue solidifiée, offrant un scellage parfait pour préserver les objets en bois, les tissus et les rouleaux de papyrus qui composaient les bibliothèques d’antan.
Cependant, si les rouleaux de papyrus ont survécu aux coulées pyroclastiques, ils sont entièrement carbonisés et sont extrêmement fragiles. Tenter de les dérouler manuellement reviendrait à les détruire. Des centaines de rouleaux anciens sont ainsi restés scellés, leur contenu préservé mais jusqu’ici inaccessible.
Le Vesuvius Challenge, un concours international lancé en 2023 et financé par des philanthropes de la Silicon Valley, vise à tenter de décrypter certains de ces rouleaux en utilisant des technologies d’imagerie et d’autres outils comme l’IA.
Les derniers résultats du projet ont été présentés à l’occasion d’une récente conférence à Naples et révèlent les textes dont la lecture a été rendue possible grâce à l’IA, avant d’être examinés et transcrits par des papyrologues, du manuscrit nommé PHerc 1667. « Nous ne possédons pas le rouleau complet, mais l’objet qui nous est parvenu a été déroulé, et c’est un résultat très important car cela montre que nous sommes capables de dérouler complètement ces objets », explique Federica Nicolardi, papyrologue à l’Université de Naples Federico II qui participe au projet, au journal The Guardian.
Dérouler l’invisible sans altérer le manuscrit
Le manuscrit PHerc. 1667 n’a pas été entièrement conservé en raison de multiples tentatives de manipulation au XIXe siècle, puis en 1969 et dans les années 1980. Ces manipulations ont détruit ses couches externes, ne laissant subsister que le noyau interne compact, passant ainsi d’une hauteur initiale de 19 à 24 centimètres à environ 8 centimètres et deux centimètres de large.
Pour en décrypter le contenu, les équipes du Vesuvius Challenge ont utilisé la microtomographie aux rayons X à contraste de phase haute résolution, permettant de visualiser l’intérieur du rouleau sans devoir le dérouler ou le manipuler manuellement.
Les visuels obtenus ont permis de reconstituer la géométrie du rouleau et d’aplanir suffisamment sa surface pour obtenir des feuilles lisibles. Un algorithme d’apprentissage automatique a ensuite été utilisé pour décrypter les écritures à l’encre quasiment illisibles. Chaque lecture a ensuite été examinée et transcrite par des experts papyrologues.
D’après l’équipe de recherche, le rouleau contient 20 colonnes de texte écrites sur plus d’un mètre de papyrus. L’ouvrage, dont le texte est daté du IIe ou de la fin du IIIe siècle avant notre ère, aborde la philosophie stoïcienne en matière d’éthique, d’art et de comportement humain, ce qui en fait l’un des plus anciens textes conservés de la collection récupérée dans la bibliothèque d’une ancienne villa romaine à Herculanum.
Un passage du rouleau se lisait ainsi : « nous chercherons à comprendre quelque chose, mais nous ne le saisirons pas si, d’une manière ou d’une autre, nous nous éloignons de nous-mêmes et de notre propre nature. » Cette phrase suggère que la raison et l’inclination humaine innée à faire le bien étaient essentielles pour approfondir ses connaissances.
Les analyses des chercheurs suggèrent qu’il s’agissait probablement de l’une des œuvres du philosophe grec Chrysippe, le troisième chef de l’école stoïcienne, et d’autres de ses œuvres figurent dans la collection. Certains des textes feraient d’ailleurs référence à son neveu et disciple, Aristocréon.
Par ailleurs, un autre rouleau décrypté à l’aide de l’IA portait l’inscription « Philodème, Du Dieu, Livre 8 », révélant pour la première fois que le traité Du Dieu était une œuvre en plusieurs livres. « Ces rouleaux d’Herculanum non ouverts ressemblent à des livres morts, mais ils ne le sont pas. Ils recommencent à parler », conclut Nicolardi.
Vidéo montrant le rouleau déroulé virtuellement :




