Un vaccin à ARNm contre le mélanome a réduit le risque de récidive du cancer lors d’un essai clinique de phase III, mené sur plus de 1 000 patients. Combiné au pembrolizumab, un médicament immunothérapeutique, le vaccin aurait offert une survie sans récidive plus longue qu’avec le médicament administré seul. Il s’agit du premier traitement anticancéreux à ARNm à produire des résultats positifs dans un essai de phase III. Ces résultats pourraient favoriser le développement de traitements personnalisés dans d’autres cancers.
Popularisés par leur utilisation dans les vaccins contre la Covid-19, les vaccins à ARNm intéressent les scientifiques depuis des décennies pour la recherche en oncologie. Contrairement aux vaccins préventifs classiques, les vaccins à ARNm peuvent également être utilisés dans un cadre thérapeutique, notamment pour prévenir les récidives. Ils offrent une grande flexibilité pour concevoir des traitements adaptés aux caractéristiques de chaque tumeur.
Ils fonctionnent en entraînant le système immunitaire à reconnaître et à éliminer les cellules tumorales en se basant sur le profil génétique de la tumeur spécifique à chaque patient. Un échantillon de la tumeur est analysé et séquencé afin d’identifier les mutations susceptibles de produire des néoantigènes.
Des séquences d’ARNm sont ensuite conçues pour coder ces néoantigènes. Une fois administré, l’ARNm est traduit par des cellules de l’organisme, qui présentent ensuite les antigènes correspondants au système immunitaire. Cette réponse permet à celui-ci de reconnaître spécifiquement les cellules tumorales portant ces antigènes et de les éliminer, réduisant ainsi le risque de récidive. Cette spécificité et cette marge de personnalisation font que les vaccins à ARNm pourraient être utilisés pour la prise en charge de nombreux types de cancer.
Le développement des vaccins à ARNm contre le cancer se heurte cependant à de nombreux obstacles. La technologie à ARNm fait notamment face à un contexte de financement plus difficile depuis la pandémie de COVID-19. Les laboratoires Moderna et Merck ont néanmoins dévoilé des résultats encourageants sur leur dernier essai clinique sur un vaccin à ARNm contre le mélanome.
« C’est extrêmement enthousiasmant », a déclaré Seth Cheetham, chercheur spécialiste de l’ARNm à l’Université du Queensland à Brisbane, en Australie, à la revue Nature. « Il s’agit du premier essai à grande échelle » à publier des données concernant un vaccin anticancéreux personnalisé à ARNm.
Des résultats encourageants, mais encore à confirmer
L’essai clinique de phase III de Merck et Moderna a inclus 1 137 patients atteints d’un mélanome cutané de stade IIB à IV dont la tumeur avait été complètement réséquée. Pour créer le vaccin, baptisé intismeran, un échantillon de la tumeur de chaque patient a été séquencé afin d’identifier les néoantigènes.
Des outils d’IA ont ensuite été utilisés pour identifier les néoantigènes les plus susceptibles de déclencher une forte réponse immunitaire. Après sélection expérimentale, jusqu’à 34 néoantigènes ont été intégrés au vaccin pour chaque patient.
« Auparavant, nous n’avions jamais réussi à entraîner le système immunitaire d’un patient contre sa propre tumeur », explique Adnan Khattak, oncologue médical et investigateur de l’essai clinique mené à l’hôpital Hollywood de Nedlands, en Australie. Les participants ont reçu soit le vaccin combiné avec le pembrolizumab, soit le pembrolizumab seul.
D’après les laboratoires, le groupe ayant reçu le vaccin combiné au pembrolizumab présentait une survie sans récidive plus longue que celui ayant reçu uniquement du pembrolizumab. « L’association d’intismeran et de pembrolizumab pourrait instaurer un nouveau paradigme thérapeutique dans le traitement adjuvant du mélanome, permettant aux patients de rester en rémission plus longtemps », indique dans un communiqué Georgina Long, investigatrice principale de l’étude et directrice médicale du Melanoma Institute Australia, titulaire de la chaire d’oncologie médicale et de recherche translationnelle sur le mélanome à l’Université de Sydney. Les entreprises prévoient de présenter les données détaillées lors d’un prochain congrès médical international.
Il faut toutefois noter que davantage de travaux, ainsi qu’un suivi de plusieurs années, seront nécessaires afin de déterminer si le vaccin permet véritablement de réduire le risque de récidives. Le délai nécessaire à la conception et à la fabrication d’un traitement personnalisé pourrait aussi constituer une difficulté pour certains patients dont la maladie évolue rapidement.
Ces résultats pourraient néanmoins contribuer à améliorer la confiance du public envers les approches thérapeutiques personnalisées. « Ces résultats de phase 3 marquent un tournant décisif dans la recherche sur le cancer. Pendant de nombreuses années, l’idée de créer un traitement à ARNm spécifiquement adapté au cancer d’un patient donné est restée un rêve. Nous contribuons aujourd’hui à concrétiser cette vision », conclut Stéphane Bancel, PDG de Moderna, dans le communiqué.




