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Une orque connue pour s’en prendre aux yachts retrouvée avec la nageoire criblée d’impacts de plombs

Valisoa Rasolofo 17 août 2026
orque-couler-yatchs-balles-couv Toñi, la matriarche d'un groupe d'orques "couleur de yatchs", a été aperçue avec la nageoire criblée de traces d'impacts de balles. | WeWhale.org et Iberian Orcas Guardians

La matriarche d’un groupe d’orques ibériques connu pour percuter des yachts a été aperçue dans le détroit de Gibraltar avec la nageoire dorsale criblée de traces de tirs de projectiles. Les traces suggèrent des tirs avec un fusil à plombs, selon les autorités locales, et certains projectiles sont encore incrustés dans la chair de l’animal, présentant un risque d’infection. Ces observations mettent en lumière une menace supplémentaire pour cette population en danger critique d’extinction.

Les orques ibériques (Orcinus orca) sont une sous-population d’orques du nord-est de l’Atlantique, qui fréquentent principalement le détroit de Gibraltar, le golfe de Cadix et les eaux au large de la péninsule Ibérique. Elles se distinguent des autres populations d’orques par leur taille ne dépassant généralement pas 6,5 mètres, tandis que certaines orques d’autres régions atteignent 9 mètres de long.

Cette sous-population migre généralement du détroit de Gibraltar vers le nord pendant l’été en fonction du déplacement des thons rouges de l’Atlantique (Thunnus thynnus), leur proie principale, avant de retourner dans le détroit à l’approche de l’hiver et d’y rester jusqu’au printemps. Les déplacements restent toutefois relativement imprévisibles, les groupes ne voyageant généralement pas ensemble, sans compter que les stocks de thon sont également soumis à la pression de la pêche.

Cette répartition restreinte à une zone maritime très fréquentée fait également que les orques ibériques font face à de nombreuses autres menaces liées aux activités humaines. L’espèce est aujourd’hui en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), comptant notamment moins de 40 individus encore en vie.

Depuis 2020, des orques ibériques sont impliquées dans un comportement inhabituel consistant notamment à percuter des yachts, arracher les gouvernails, briser les coques et faire pivoter les bateaux sur 180 degrés jusqu’à parfois les faire chavirer. Ces interactions impliquent principalement les mêmes groupes, qui ont depuis endommagé de nombreux bateaux et coulé au moins quatre.

Toñi, une doyenne blessée dans le détroit de Gibraltar

Les scientifiques et les autorités maritimes craignaient alors que ce comportement puisse se retourner contre les orques. Certains marins pourraient être tentés de s’en prendre aux orques malgré les réglementations strictes régissant la protection de l’espèce. Cette crainte semble aujourd’hui trouver un premier écho dans les observations faites sur Toñi : la matriarche d’un groupe d’orques connu pour avoir des interactions fréquentes avec des yachts, présente des marques compatibles avec des tirs au fusil à plombs au niveau de sa nageoire dorsale.

« Cette semaine, une orque ibérique a été découverte avec des marques, probablement dues à des plombs de fusil, sur sa nageoire dorsale. Cette orque, nommée Toñi, [âgée de 60 ans] est le plus vieux spécimen vivant de cette population », indique le ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique (MITECO), dans un communiqué.

Après enquête des autorités espagnoles et portugaises, les données de déplacement de Toñi et de son groupe indiquent qu’ils nageaient depuis les eaux de la ville portugaise de Faro vers le détroit de Gibraltar. Les marques ont été aperçues après que le groupe a quitté Faro.

« Nous connaissons Toñi. Nous étions avec elle il y a quelques semaines et elle n’avait pas ces blessures », a déclaré au Guardian Janek Andre, cofondateur de l’association Iberian Orca Guardians (IOG), qui surveille de près le groupe.

Au total, 10 blessures ont été repérées au niveau de la nageoire dorsale de la doyenne des orques ibériques. Si leur origine exacte reste à confirmer, elles correspondraient très probablement à des projectiles de plomb d’environ 9 millimètres, similaires à ceux utilisés dans les cartouches de chevrotine pour la chasse au sanglier, selon Euronews.

« Voir Toñi, la grand-mère, dans cet état est déchirant », a déclaré Andre au Guardian. « Si quelqu’un lui a délibérément tiré dessus au fusil, il ne s’agit pas seulement d’un acte d’une extrême cruauté envers un animal. C’est une attaque contre l’un des derniers représentants d’une population en danger critique d’extinction. »

Certains projectiles sont même restés incrustés dans la nageoire de l’orque, ce qui pourrait présenter un risque d’infection. IOG et l’association WeWhale continueront à la surveiller au cours des prochaines semaines afin de détecter tout signe de faiblesse.

Une espèce strictement protégée par la loi espagnole

La vulnérabilité de l’orque ibérique implique que tout dommage qui lui est causé constitue une grave infraction. L’article 57 de la loi 42/2007, en Espagne, relative au patrimoine naturel et à la biodiversité interdit toute action visant à tuer, capturer, poursuivre ou harceler l’espèce. Certaines zones marines sont également interdites d’observation pendant certaines saisons et tout manquement à ces réglementations peut valoir des amendes allant jusqu’à deux millions d’euros et à des poursuites pénales, selon le MITECO.

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Zones d’observation des orques dans le détroit de Gibraltar et le golfe de Cadix. © MITECO

Les navires ne sont d’ailleurs pas autorisés à les approcher à moins de 500 mètres, à les nourrir, à barrer leur passage, à les séparer de leur groupe ou à émettre des sons trop forts pour les attirer ou les effrayer. Et dans les cas où ce sont les orques elles-mêmes qui s’approchent des embarcations, l’événement doit être signalé dès que possible au Centre de coordination de sauvetage (CCS) le plus proche.

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