Trust My Science
Planète & Environnement 5 min de lecture

Vers un El Niño extrême ? Les scientifiques redoutent un épisode historique

Valisoa Rasolofo 11 mai 2026
el-nino-intense-prochain-couv | Unsplash

Alors que notre système climatique évolue actuellement d’un effet La Niña vers un régime neutre, les prévisions suggèrent qu’il y a 70 % de chances de voir le retour d’El Niño d’ici le mois de juin. Les estimations semblent indiquer qu’il pourrait s’agir d’un « super El Niño », potentiellement l’un des plus intenses depuis la fin du XIXe siècle. Les vagues de chaleur et les inondations risqueraient donc d’être encore plus dévastatrices dans certaines régions du globe.

Les effets El Niño et La Niña figurent parmi les phénomènes météorologiques les plus surveillés au monde. Ils se produisent selon un cycle de deux à sept ans et influencent les différents régimes climatiques à travers le globe. El Niño se manifeste lorsque les régions du Pacifique équatorial se réchauffent, déplaçant la chaleur vers l’est et redistribuant cette énergie vers d’autres régions.

La Niña est le phénomène inverse. Il se produit lorsque les températures océaniques sont inférieures à la moyenne. Elle contrebalance les effets d’El Niño en refroidissant les régions précédemment réchauffées. On parle de « régime neutre » lorsque ni El Niño ni La Niña ne dominent et que les températures océaniques restent proches des normales.

La transition d’un phénomène à l’autre se produit généralement entre les mois d’avril et de juin, et le nouvel épisode n’atteint sa pleine intensité que plus tard dans l’année ou au début de l’année suivante. Le réchauffement et le refroidissement associés à El Niño et La Niña peuvent varier de 1 °C à 3 °C, provoquant des changements importants dans les régimes de précipitations, de chaleur, d’ouragans et d’autres phénomènes météorologiques.

D’après les dernières prévisions du Centre américain de prévision climatique, la planète évolue actuellement de La Niña vers un régime neutre. Les prédictions semblent cependant indiquer une transition rapide vers El Niño, ce qui suscite une attention particulière chez les climatologues. « Je pense que nous allons assister à des phénomènes météorologiques inédits dans l’histoire moderne », a déclaré Jeff Berardelli, météorologue en chef et spécialiste du climat de la chaîne WFLA-TV, en Floride, à l’Associated Press.

Un El Niño potentiellement très intense ?

L’Institut international de recherche sur le climat et la société de l’Université Columbia estime qu’il y a 70 % de chances qu’El Niño se développe d’ici le mois de juin et 94 % de probabilité qu’il persiste jusqu’à la fin de l’année. Si une marge d’incertitude subsiste quant à son calendrier et à son intensité réelle, l’évolution actuelle du réchauffement des océans laisse envisager un épisode potentiellement très intense.

« Il est de plus en plus probable que cet événement se situe dans la partie supérieure de la fourchette historique. Les scientifiques nous indiquent qu’il pourrait s’agir de l’épisode El Niño le plus puissant de ce siècle », indique le Met Office britannique dans un communiqué publié à propos de ses prévisions du 15 avril. Certains modèles suggèrent qu’il pourrait rivaliser avec l’épisode de 1877, selon le Washington Post.

En 1877, un épisode El Niño particulièrement intense avait été marqué par des sécheresses et des vagues de chaleur extrêmes. Ces événements avaient provoqué des conséquences sociales de grande ampleur auxquelles les systèmes féodaux de l’époque étaient mal préparés. Ils avaient entraîné des famines faisant des millions de victimes dans des pays comme l’Inde, la Chine, le Brésil et l’Égypte, suivies d’épidémies et d’autres catastrophes frappant de manière disproportionnée les populations les plus pauvres du monde, rappelle le New York Times.

Cet événement historique offre peut-être un aperçu de ce qui pourrait nous attendre au cours des prochaines années. Les super El Niño sont des épisodes très intenses caractérisés par une hausse de plus de 2 °C de la température de surface de la mer par rapport à la moyenne. Une hausse de cette ampleur s’est produite plusieurs fois depuis les années 1950, mais les températures n’ont dépassé les 2,5 °C qu’une seule fois dans certaines régions de référence du Pacifique équatorial, selon le Guardian.

À noter toutefois que chaque épisode El Niño possède ses spécificités et entraîne des conséquences très variables selon les régions et les saisons. On ignore encore comment les différentes régions du monde seront affectées par le prochain épisode, compte tenu de l’évolution actuelle des températures.

Néanmoins, « il semblerait que les modèles prédictifs soient sur la bonne piste », a déclaré Daniel Swain, climatologue à l’Institut californien des ressources en eau, à l’Associated Press. « En effet, le volume et l’intensité des anomalies d’eau chaude en subsurface — ou afflux d’eau anormalement chaude, un élément clé du phénomène El Niño — sont parmi les plus importants jamais observés », a-t-il ajouté.

Les effets d’El Niño ont généralement tendance à intensifier les vagues de chaleur en Australie, en Afrique australe et centrale, en Inde et dans certaines parties de l’Amérique du Sud. De fortes précipitations pourraient être observées dans le sud des États-Unis, certaines régions du Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. El Niño modifie également les régimes cycloniques, freinant la formation de cyclones dans l’océan Atlantique tout en augmentant l’incidence de fortes tempêtes tropicales dans le Pacifique.

Similaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *