Satoshi Nakamoto, le mystérieux développeur du Bitcoin et auteur des bases théoriques des cryptomonnaies, aurait été démasqué par un journaliste d’investigation du New York Times. Plusieurs indices accumulés au fil des années pointeraient vers une personne : Adam Back, un entrepreneur et cryptographe britannique. Si l’entrepreneur a bien sûr fermement nié tout lien avec Satoshi, le journaliste aurait mis au jour certaines similitudes ainsi que des concordances chronologiques.
Satoshi Nakamoto est le pseudonyme utilisé par le ou les créateurs du Bitcoin, le ou les rédacteurs de son livre blanc et le ou les développeurs de son implémentation de référence originale. D’après Satoshi, l’écriture du code du Bitcoin a débuté en 2007, tandis que le nom de domaine bitcoin.org a été enregistré fin 2008.
Le fondateur a ensuite collaboré avec d’autres développeurs pour peaufiner le logiciel Bitcoin et effectuait lui-même les modifications du code source jusqu’à mi-2010. Il a ensuite confié le contrôle du dépôt de code source et de la clé d’alerte réseau à Gavin Andresen, le scientifique en chef de la Fondation Bitcoin, puis a transféré plusieurs domaines à des membres éminents de la communauté.
Puis, en 2011, Satoshi a écrit un courriel à son co-développeur Mike Hearn indiquant qu’il était passé à d’autres projets, avant de disparaître des réseaux. Il n’a jamais divulgué d’informations personnelles lors des discussions avec ses co-développeurs et son identité demeure à ce jour inconnue, donnant lieu à de nombreuses spéculations et à des années d’investigation de la part de journalistes et d’autres enquêteurs.
Les investigations du New York Times auraient mené à Back, même si celui-ci a fermement nié après la publication de l’article. « Je ne sais pas non plus qui est Satoshi, et je pense que c’est une bonne chose pour le Bitcoin, car cela contribue à ce qu’il soit perçu comme une nouvelle classe d’actifs, une matière première numérique mathématiquement rare », a-t-il écrit sur X en réponse à la publication de l’enquête.
Des indices chronologiques et linguistiques
Back est une figure éminente des cryptomonnaies et membre d’une communauté en ligne de cryptographes anarchistes appelée les cypherpunks, fondée au début des années 1990. Il est actuellement PDG de la société Bitcoin Standard Treasury Company (BSTR), qui détient plus de 30 000 Bitcoins.
L’enquête assistée par IA menée par John Carreyrou est basée sur l’analyse des styles d’écriture et de grammaire de 134 308 messages provenant de 620 candidats, parmi 34 000 utilisateurs ayant échangé sur trois forums actifs depuis 1992 consacrés à la cryptomonnaie, notamment Cypherpunks, Cryptography et Hashcash.
Le journaliste a apparemment mis au jour des similitudes notables entre Satoshi et l’entrepreneur, dont leur capacité à coder, leur langage, ainsi que des intérêts de niche partagés. Un point commun notable est que ce Satoshi ne semble pas être Japonais, malgré le pseudonyme, compte tenu de sa maîtrise de l’anglais et de l’utilisation de termes d’argot qui seraient typiquement britanniques.
En analysant les chronologies, le journaliste a constaté que Back a soudainement disparu des forums de cryptographie pendant quelques années, au moment où Satoshi est apparu — ce qui, selon lui, ne serait pas une coïncidence.
À noter que Back est le fondateur du système proof-of-work Hashcash, le protocole de validation des transactions via blockchain cité dans le livre blanc de Bitcoin. D’autre part, selon Carreyrou, quasiment toutes les fonctionnalités clés du Bitcoin sont décrites dans les données Cypherpunks entre 1997 et 1999, soit environ une décennie avant que Satoshi ne publie le livre blanc.
Back participait activement aux discussions sur les forums jusqu’à la fin de l’année 2008, période correspondant à la présentation du Bitcoin par Satoshi, avant de s’en éloigner. Il n’est revenu sur ces forums qu’en juin 2011, environ six semaines après la disparition de Satoshi.
Carreyrou a confronté Back avec ses éléments lors d’une récente conférence sur le Bitcoin au Salvador. L’entrepreneur aurait alors semblé nerveux selon le journaliste. Il aurait même commis des lapsus donnant l’impression de s’adresser à Satoshi lui-même. « Il avait dissipé tous les doutes qui subsistaient dans mon esprit : j’avais trouvé la bonne personne », a écrit Carreyrou.
Domer, un célèbre parieur de Polymarket, semble être du même avis. « Après avoir lu cet article, je dirais qu’il y a 99 % de chances que tu sois Satoshi. Des indices tellement flagrants (disparaître sans prévenir, c’est une erreur classique de débutant dans la mafia ou le monde des loups-garous) », a-t-il écrit en commentaire à la publication de Back.
D’autres sont cependant moins convaincus. « Il y a des indices qui laissent penser que c’est lui, mais il n’y a pas de preuve irréfutable », a par exemple déclaré Steven Murdoch, professeur d’informatique à l’University College London, au Guardian. Selon lui, Hal Finney, un développeur de logiciels et autre membre du réseau cypherpunk décédé en 2014, serait le candidat le plus probable, car il est connu pour avoir reçu la première transaction de Bitcoin de Satoshi.
« Ce n’est pas impossible, mais je parierais toujours sur Hal Finney. Il est d’usage de tester un système en s’envoyant quelque chose à soi-même », a indiqué l’expert au journal. D’autres candidats potentiels ont également été proposés, notamment Nick Szabo, un informaticien hongro-américain « reclus », ainsi qu’un « génie australien inconnu » qui s’est avéré être un imposteur.
Il est également possible qu’il s’agisse de plusieurs personnes, les mises à jour du code du Bitcoin suggérant la participation de plusieurs développeurs. Néanmoins, s’il s’agit effectivement de Back comme l’affirme Carreyrou et qu’il redevenait propriétaire de 1,1 million de Bitcoins d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de livres sterling, il pourrait devoir le déclarer à la Securities and Exchange Commission, selon la réglementation applicable, car cette fortune pourrait avoir un impact significatif sur le marché du Bitcoin. En d’autres termes, Satoshi, quel qu’il soit, ne retirerait aucun intérêt à révéler sa véritable identité.




