Les États-Unis hypothèquent-ils leur avenir scientifique ? Depuis janvier, l’offensive budgétaire de l’administration Trump, pilotée par le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), fragilise profondément la recherche publique. Face à ce climat délétère, plus de 75 % des scientifiques interrogés par la revue Nature envisagent l’exil, majoritairement vers le Canada ou l’Europe, tandis que la Chine poursuit son ascension.
Ce climat d’inquiétude s’inscrit dans la continuité des orientations budgétaires adoptées depuis la réélection de Donald Trump, qui a fait de la réduction drastique des dépenses publiques un axe central de sa politique. La création en début d’année du DOGE, confié à Elon Musk, a intensifié les mesures d’austérité, visant en priorité les institutions scientifiques.
Les premiers effets sont déjà visibles. La NASA a ainsi annulé près de 420 millions de dollars de contrats, jugés non prioritaires. L’Agence de protection de l’environnement (EPA) est également touchée, notamment par la suppression de plus de 400 subventions environnementales.
Dans le même temps, les Instituts nationaux de la santé (NIH) ont commencé à réduire leur soutien à la recherche sur la COVID-19. Comme le rapportait le Los Angeles Times, au moins 68 subventions ont été récemment supprimées, affectant 46 institutions pour un montant total avoisinant les 40 millions de dollars.
Parallèlement à ces coupes budgétaires, une vague de licenciements frappe le secteur. Depuis février, la National Science Foundation a réduit ses effectifs de 10 %. Des chercheurs de la NOAA et de la NASA ont également été remerciés. Le 1er avril, les NIH se sont séparés de figures de proue de la recherche biomédicale, dont le Dr Richard Youle, spécialiste mondial des maladies neurodégénératives et lauréat du prestigieux Breakthrough Prize pour ses travaux sur la maladie de Parkinson.
« L’exil scientifique » : la voie choisie par les chercheurs pour sauver leur avenir
Cette série de mesures a plongé la communauté scientifique dans un climat d’incertitude, déclenchant une mobilisation croissante. Plus de 1 900 chercheurs ont signé une lettre ouverte dénonçant une « attaque sans précédent contre la science ». Pour beaucoup, l’exil semble être la seule option pour préserver à la fois leurs travaux et leur carrière.
L’enquête menée par Nature auprès de 1 608 participants révèle que 1 200 scientifiques déclarent être activement en recherche d’opportunités professionnelles à l’étranger, notamment en Europe et au Canada. Les jeunes chercheurs apparaissent comme les plus vulnérables face à cette crise. Parmi les 690 scientifiques en début de carrière interrogés, 548 envisagent de partir. Sur 340 doctorants, plus de 250 partagent cette intention. « N’importe quel pays qui soutient la science », affirme l’un d’eux. D’autres, plus fatalistes, disent vouloir retourner dans leur pays d’origine.
« C’est mon pays, je l’aime profondément », confie à Nature une doctorante en génomique végétale d’une grande université américaine. « Mais la plupart de mes mentors m’ont conseillé de partir, et vite », ajoute-t-elle, déplorant que sa spécialité ne soit plus considérée comme stratégique par l’administration actuelle.
De leur côté, plusieurs établissements étrangers s’organisent pour accueillir cette nouvelle diaspora scientifique. « Les universités sont des moteurs essentiels de l’innovation », rappelle Sabrina Howell, professeure à l’Université de New York, dans un entretien accordé au New York Times. « Ce que fait le gouvernement, c’est vraiment tuer la poule aux œufs d’or », déplore-t-elle.
En France, l’Université d’Aix-Marseille a lancé, le 7 mars, le programme « Safe Place for Science ». Cette initiative, qui vise à offrir un refuge aux chercheurs étrangers, a déjà reçu plus de 60 demandes, dont 30 dès les premières 24 heures. L’établissement travaille désormais avec d’autres universités et les pouvoirs publics pour structurer un véritable « asile scientifique » à l’échelle nationale et européenne.